Textes du concours littéraire 2016

Des textes colorés à l'image de leurs auteurs!

Enfin arrivée à bon port!

L’été 1954, l’été de mes 12 ans, ma mère donna naissance à mon plus jeune frère Bruno, le numéro 10 de la fratrie.

Il lui fallait donc « placer » les plus grands de ses enfants pour les vacances. Une famille anglaise habitant Bath avait insisté longuement pour prendre une correspondante française qui passerait deux semaines avec eux et en retour, leur fille, Jennifer, viendrait  deux semaines dans notre famille.  Nous habitions dans la banlieue de Paris, une grande maison avec un beau jardin plein d’arbres fruitiers.

Cependant, ma mère hésitait beaucoup, car elle ne connaissait personne susceptible de m’accompagner. Finalement, me sachant très raisonnable et responsable, elle finit par accepter. Elle me laissa à la gare de Paris et me mit dans le train pour Le Havre où je devais prendre le bateau de nuit pour Southampton. Pendant la traversée, je parlais avec un jeune garçon guère plus âgé que moi, qui me demanda, en me quittant : « M’avez-vous aimé ?» 

Je le regardais, surprise, ne sachant que lui répondre. Je pense que ses parents avaient dû lui faire des recommandations quant à la politesse et qu’il voulait vérifier s’il avait été poli envers moi.

Arrivée tôt le matin, au port de Southampton, je n’avais aucune idée où se trouvait la gare. Finalement, en demandant autour de moi, un couple me prit en charge. « Nous y allons en taxi, voulez-vous nous accompagner ? ».  Pleine de reconnaissance, j’acceptai. 

Ma mère m’avait dit que le train pour Bath partait à 9 h du matin : sauf que, le samedi l’horaire était différent. La gare était vide; il n’y avait pas même un employé à qui s’adresser. Le couple me confirma que le train pour Bath n’était qu’à 11 h.

Je pris tout mon temps pour observer cette gare que je trouvais bien archaïque avec ses deux seaux d’eau accrochés au mur. « Pensaient-ils vraiment pouvoir éteindre un incendie – d’une locomotive par exemple, avec deux seaux d’eau… Peut-être que les Anglais ne connaissent pas les extincteurs !»  Pensais-je.

J’en étais là de mes réflexions quand le train arriva. Je montai dans un compartiment déjà occupé par quelques personnes et je mentionnai que je devais descendre à Bath. Puis épuisée je m’endormis. Je me réveillai au terminus, à Bristol.  « Ah oui, c’est vrai, me dit un passager, vous alliez à Bath. 

Et bien! Il vous suffit de prendre le train dans l’autre sens ».

 Bon! Je n’étais pas au bout de mes peines avec les quelques mots d’anglais que je connaissais.  Je finis par comprendre qu’il y avait un embarquement pour Bath à 14 h 40, soit 2 h 40 pm pour les Anglais. Je faisais dans ma petite tête des calculs savants en regardant l’horloge pour savoir à quelle heure, cela correspondait pour moi. On ne calcule pas sur 100, mais sur 50, je crois! Cela doit donc donner 3 heures moins 10 minutes. En étant sur le quai à 3 heures moins le quart, ça irait. Non! À 3 h moins le quart, pas de train. C’est seulement à ce stade que j’ai réalisé mon erreur. Le suivant était à 3 h 40 : cette fois je serai sur place à 3 h 30 afin de ne pas le manquer.

Devant les étals des restaurants de la gare, je n’osais rien acheter de peur de ne pas savoir compter ma monnaie en shillings et en pence.

Lorsqu’enfin je montai abord, je scrutai toutes les gares pour bien descendre à la bonne place. À Bath, je descendis tranquillement sur le quai avec ma valise. La famille de Jennifer, qui depuis le matin, était à la gare à chaque passage de train, m’y attendait comme le Bon Dieu. Ils furent grandement soulagés de me voir. Et moi-même, j’étais si heureuse d’être enfin arrivée à bon port. Par contre, je me sentais incapable de trouver les mots en anglais pour leur raconter mon aventure, car pour l’heure, ce que je désirais plus que tout, c’était …dormir.

Isabelle de Fontenay, Les Plumes d’Elles, Chertsey

Publié, juin 2016

Les Jumeaux

Je suis devenue en amour d’un charmant jeune homme à l’aube de mes 40 ans.

Je l’avais rencontré à mon travail. Banal comme situation!

Après plusieurs mois de fréquentation, il a décidé de se faire transférer dans son village natal. Un Gaspésien n’oublie pas ses racines et sa famille immédiate. Le tourbillon de Montréal est venu à bout de ses nerfs et de sa patience. Il a craqué et rejoint les siens.

Je n’ai pas voulu le laisser partir seul. Je voulais à tout prix continuer ou finir cette relation si bien commencée.

J’ai loué ma maison et demandé un congé sans solde. Mon patron n’était pas trop d’accord, mais il a compris mon désir et a finalement consenti à me laisser partir.

 

Je me suis donc retrouvée à Matane avec mes meubles et mes effets personnels. J’atterrissais dans un milieu très différent du mien. À ma grande surprise, coq, poules et lapins attendaient mon arrivée.

Eh oui, je me transformais en fermière, moi la citadine, et ce bien malgré moi.

 

Je ne travaillais pas à l’extérieur, alors la logique voulait que ce soit moi qui prenne soin des animaux. J’avais le temps, mais pas la compétence. J’ai appris par moi-même guidée par mon instinct et les conseils de mes voisins.

 

Dans un temps record, je suis devenue experte et très à l’aise dans mon nouveau métier non choisi. Tellement que je me suis passionnée pour les moutons, au point de me rendre aux différents séminaires dans le but d’acquérir une bergerie, bien à moi.

Je me sentais très à l’aise avec ses petites bêtes, tellement agréable à vivre et à soigner.

 

Le temps passait et la vie continuait. Comme j’avais une maison à payer, j’ai décidé de me trouver un travail. Pas facile de travailler dans une autre ville que la sienne. Il m’a fallu beaucoup de temps et de patience pour me faire accepter et faire comprendre que je ne désirais pas voler les « jobs » des gens du coin, mais travailler comme tout le monde.

 

J’ai travaillé dans différents milieux et j’ai effectué différentes tâches que je n’avais jamais accomplies auparavant. Lorsqu’on a besoin d’argent et d’indépendance, la débrouillardise se retrouve au premier plan.

 

Au fur et à mesure de la vie, le charmant jeune homme s’est transformé en un homme contrôlant et désagréable. Étant de nature très tolérante et patiente, j’ai laissé le temps faire son œuvre en espérant que l’homme désagréable se transforme en jeune homme plaisant. Ma réalité fut tout autre.

Pendant ce temps, la nature me fit cadeau d’une grossesse et comme elle est généreuse avec moi, je portais des jumeaux.

À quarante ans, ça tenait presque du miracle ou du moins de la magie.

Le jeune homme moins agréable, à l’annonce de cette nouvelle, se transforma en prince charmant.

Décidément, je vivais un conte de fées…

 

Il est vrai que devenir père crée chez plusieurs hommes une très grande fierté. La procréation a ses charmes!

L’attention et les gâteries de mon conjoint me touchaient au point d’oublier les mauvais jours d’antan.

 

Mais la nature revient au galop et le charme du début s’est subitement éteint pour faire place à la routine. Il devenait de plus en plus contrôlant, possessif. Il revenait du travail fatigué et intolérant. Il se transformait à nouveau aussitôt que quelque chose lui déplaisait. (Heureusement qu’il ne devenait pas vert, je me serais posé des questions)

 

À la longue, je me suis rendu compte qu’il devenait très changeant. Était-il atteint d’une maladie mentale ou simplement d’un caractère super désagréable?

 

Je ne suis pas restée assez longtemps pour savoir, j’ai préféré me protéger moi-même d’une violence verbale qui amène très subtilement à un désespoir et une perte totale de confiance en soi-même.

 

J’ai quand même eu droit à sa cuisine mentale.

 

Dans ma cage de verre, privée de ma famille, des quelques amis que j’avais réussi à me faire au fil du temps et alimentée par ses colères injustifiées, je poursuivais ma grossesse tant bien que mal. Un jour, après une visite chez le médecin, qui me confirmait que ma grossesse se portait à merveille, que les petits cœurs battaient normalement, je revenais à la maison heureuse de cette nouvelle. Et ce jour ce fut un de trop.

À l’arrivé de mon conjoint, de mauvaise humeur et m’engueulant pour rien, j’ai décidé de m’enfermer dans la salle de bain, question de me préserver de toute cette violence verbale.

J’y suis restée jusque tard dans la nuit, refusant de manger et de sortir de ma cachette.

 

Je venais de prendre conscience de ma réalité. Si je menais à terme ces enfants, jamais il ne me laisserait tranquille, il ferait tout pour me les prendre ou me compliquer la vie, jusqu’à ce qu’ils soient majeurs.

 

Dans quoi m’étais-je entrainée?

 

Je me sentais prise au piège, sans issue. Je ne pouvais rein faire. J’ai alors décidé d’interpeller ma mère décédée et tous les morts que je convoque lors de conflits graves ou pour prendre des décisions dans ma vie.

Le lendemain matin, très tôt, je suis sortie pour déjeuner, je ne me sentais pas très en forme. J’ai grignoté et je me suis couchée.

Le mois suivant j’avais rendez-vous pour mon échographie. Le médecin de l’hôpital semblait inquiet des résultats de l’examen, mais préférait que mon médecin m’en fasse part.

 

Mes bébés étaient morts dans mon ventre, elle ne comprenait rien et ne s’expliquait pas cette possibilité étant donné que tout était normal un mois plus tôt.

J’ai alors cru que ma mère avait accueilli mes petits et qu’elle m’avait épargné une vie de douleurs mentales, une vie compliquée et perturbée.

 

Bien sûr, j’ai eu beaucoup de peine, mais aujourd’hui avec du recul, je me sens si soulagée et reconnaissante de la vie et surtout de la liberté.

 

Inutile de dire que je suis revenue chez moi très vite et seule.

Ouf, quelle aventure…

 

Céline Fleury, Terrebonne

Publié, 1er juillet 2016

L’APPEL

 

                                                                          

Par un bel après-midi ensoleillé de l'été 1985, en congé de maternité de mon troisième enfant, je suis à la maison en train d'allaiter ma fille de dix mois, lorsque le téléphone sonne. Ne possédant pas d'afficheur, je ne peux savoir qui est au bout du fil.

Mon bébé suspendu à mon sein, je décroche le récepteur et, comme j'ai l'habitude de le faire, je réponds d'un ton jovial, « Oui, bonjour ! » J'entends des chuchotements mais je ne parviens pas à comprendre ce que la personne essaie d'exprimer. La voix ne me semble pas familière. Il faut dire qu'avec une marmaille de trois enfants âgés de dix mois, trois ans et huit ans, qui s'amusent, bougent et font du bruit, je dois porter une attention particulière aux paroles de l'interlocuteur afin de comprendre ce qu'il essaie de me dire et, de découvrir qui il est.

Tout à coup, je reconnais cette voix à peine audible. C'est celle de ma maman. Sa voix est feutrée, car m'explique t'elle, il y a des gens qui pourraient l'entendre. Mon cœur fait un triple saut. J'angoisse et je suis apeurée. En l'espace de quelques secondes, dans ma tête se déroule des scénarios horrifiants. Maman est en danger !

J'arrive à me recomposer et je la questionne afin d'évaluer la situation et des moyens à prendre pour la sauver.

— Que se passe-t-il ?

— Bon, la vitre de la porte arrière est brisée qu'elle me répond.

— Ca vient d'arriver maman ?

— Non, c'était comme ça.

— Depuis quand, rétorquai-je ?

— Je ne peux pas parler.

— Tu es seule ?

— Oui ma fille.

 

J'avais compris ou plutôt remarqué que maman n'allait pas trop bien ces derniers mois. Je suis bouleversée. C'est la première fois que je suis témoin des effets concrets de la maladie mentale sur ma mère.

J'essaie, tant bien que mal, de la sécuriser en attendant de voler à toute vitesse à son secours. Elle me signifie qu'à mon retour à la maison, je devrai donner le bain aux enfants. Je lui demande la raison : « A cause des bibittes, me répond t'elle. »

Mon conjoint est au bureau et je prends la décision de ne pas le déranger. De toute façon, l'attente de son arrivée me serait insupportable. Je préfère donc me rendre chez ma mère, seule avec les enfants. Je les prépare comme si on partait à l'aventure. N'ayant aucune idée de la durée de celle-ci, je remplis le sac à couches de collations, de jus, de vêtements de rechange et évidemment de couches.

Je pleure dans ma tête. Mon corps effectue des soubresauts. Je me dois de contrôler mes émotions devant mes enfants qui ne peuvent comprendre la situation dans laquelle ils se retrouvent malgré eux, des acteurs. Ma progéniture à bord, je démarre la voiture. Les enfants sont contents. Nadia, huit ans, adore sa grand-mère. Sofia, trois ans, pratique la question qu'elle aura pour sa grand-maman lorsqu'elle nous ouvrira la porte de son appartement. Caroline, la cadette, est comme à son habitude, toujours souriante. Elle est encore au stage des balbutiements mais elle reconnait le mot grand-maman et en associe la personne. Ce n'est pas une idée de génie d'amener les enfants avec moi dans cette périlleuse aventure car rien ne me garantit l'état physique et psychologique de ma mère.

Il est trop tard ! Nous sommes déjà en route et le temps compte. Toutes les secondes comptent. Je prie afin que mes enfants ne soient pas traumatisés par cette situation rocambolesque. Je suis forte, je suis forte, je suis forte, des mots que je ne cesse de me répéter dans ma tête. Je me sens comme un zombie, vidée de toute ma substance intellectuelle.

Je me permets de verser quelques larmes car les filles occupent la banquette arrière de la voiture et ne peuvent apercevoir mon visage abîmé par cette eau salée qui coule sur mes joues. Je conduis sans vraiment me concentrer sur la route trop longue. Il me semble que je n'y arriverai pas. La distance entre Gatineau et Hull me parait interminable quand, en fait, à partir de mon domicile, ce n'est qu'un trajet d'une trentaine de minutes.

 

Nous sommes enfin arrivées à destination ! Je décroche et empoigne fermement le banc d'auto de ma cadette et fais sortir de la voiture mes deux autres filles en les semant de se dépêcher. Nadia aime entendre le bruit du carillon. Elle pèse sur le bouton de la sonnette. Tout au haut de l'escalier, la porte s'ouvre et le visage fantomatique de maman apparait. Sofia dit à sa grand-maman : « Comment elle va ma poupoune ? » Maman lui sourit. C'est la question qu'elle même pose à chaque fois qu'on vient la visiter, mais sa petite-fille prend un vilain plaisir à la devancer.

 

On gravit les 23 marches de l'escalier. Je laisse les enfants jouer et je demande à maman ce qui ne va pas. Elle m'explique que tout va bien mais l'image que projette son corps, me renvoie un tout autre portrait. Ma mère est toute menue, plus qu'à l'habitude, sans aucun gras sur ses os qui semblent vouloir se briser en milles morceaux à tout moment. Ses yeux hagards, sa peau rugueuse causée par l'utilisation de produits toxiques pour son hygiène personnelle, son sourire fabriqué pour la visite, ma maman devient une autre personne qui m'est totalement inconnue.

 

Je téléphone papa qui se trouve au travail afin de lui annoncer que maman est partie pour l'hôpital car, elle nécessite des soins physiques et psychologiques. Elle se fera soigner et elle nous reviendra comme avant, avec un vrai sourire.

 

Ouf ! Quelle aventure...

Suzanne Gratton, Orléans, Ontario

Publié, 15 juillet 2016

« Atlantic city »

Le temps des vacances s’en vient. Isabelle, est propriétaire d’un service de garde à la

maison et commence à avoir hâte de se reposer.

Un des parents d’une enfant de la garderie lui offre de passer ces vacances dans son condo à Atlantic City. Isabelle est heureuse! Des vacances au bord de la mer, quel bonheur ! Ce dit-elle.

Le condo est en occupation double, elle pense donc à demander à Josée et Alain,

sa belle-sœur et son beau-frère de les accompagner. Elle se dit qu’ils pourraient partager  la facture! Une petite discussion avec son conjoint s`impose.

Celui-ci est ravi face à cette idée, il téléphone à son frère rapidement. C’est Josée qui  répond :
- Allo 

- Bonjour, c’est moi ton beau-frère, êtes-vous occupés pour les vacances? dit Claude.

Josée répond : « Nous n`avons rien de planifié encore, pourquoi ? »

- Nous avons une offre à vous offrir, je te passe Isabelle, elle va t`expliquer.

 - Allo Josée ! Imagine-toi donc, qu’un parent de ma garderie nous propose de nous louer

son condo à Atlantic city pour 4 personnes, il nous ferait un bon prix et on partagerait la

facture. 7 jours au bord de la mer !  Est-ce que cela t’intéresse ?

-Wow!  Combien cela couterait ?

- 600$ chaque couple.

- C`est très intéressant! Merci !,  j`en discute avec Alain et je te rappelle pour confirmer.

 Alain fut tout de suite d’accord. Alors les deux couples partirent pour Atlantic City avec

en main, les bagages, les  passeports ainsi que l`adresse du fameux condo.

Ils quittèrent au petit matin pour pouvoir arriver dans la même journée. Ils roulèrent en utilisant le téléphone intelligent d`Isabelle pour le trajet. Ils atteignirent finalement leur destination en voyant les lumières des hôtels illuminées, les spectacles à l’affiche et les casinos. Ils ont tous les yeux grands ouverts ! La ville a une allure de Las Vegas. Ils sont heureux et fous de voir que le condo se  trouve au 18e étage d’un édifice de 20 étages.

Ils sont impressionnés d`avoir à monter ci haut dans un ascenseur. Aussitôt arrivés dans leur appartement, ils se mettent au lit, épuisés, et dorment tous à poings fermés.

Le lendemain matin, ils enfilent tous leur maillot de bain et se rendent à la plage. Josée et

Alain partent dans l’eau tandis qu’Isabelle et Claude restent dans le sable chaud. C’est la

première fois qu’Alain et Josée se baignent dans cette partie de  l’océan, ils se laissent

flotter au gré des vagues, la vie est belle ! Ils ne se rendent pas compte qu’ils partent à la

dérive…

Tout à coup, des sauveteurs, vêtus de leur uniforme rouge vif, arrivent dans leur

chaloupe blanche munie de bouées de sauvetage. Ils sont deux ou trois et ils attrapent

  le couple en deux temps, trois mouvements, ils sont de retour sur la plage; ils voient

le regard ébahi d’Isabelle et de Claude. Tous sont sous le choc de ce qui vient d’arriver.

Ils sont restés un petit moment encore,  puis après avoir repris leurs idées claires, ils  sont

allés explorer les alentours.  Le ‘’ bord  walk ‘’devant l`hôtel est brisé, on devine que le

devant d’un bateau s'est cogné dessus. Ils se rendent vite compte qu’il y a quelques

kilomètres de bord walk suspendu au-dessus de la mer, c`est fabuleux, le soleil brille de

plein feu! À partir du lever du soleil, allant jusqu’à dix heure, les bicyclettes peuvent

rouler dessus, ensuite  toute la journée, des milliers de piétons marchent  pour

magasiner, se divertir, se nourrir et prendre du bon temps!

Il y a aussi les casinos, les deux couples y passent une belle soirée à jouer à la roulette  avec le même 50$ sans même se ruiner. Ils partent sans être plus riches, mais ce qui compte  c’est de s’amuser!

Le lendemain soir, ils décident de ne pas aller au restaurant, ils vont plutôt visiter une

épicerie s`y acheter chacun un bon repas à faire cuire dans le condo. Au menu, filet de

poisson pané dans la noix de coco, des steaks, des crevettes à l`ail, des oignons et des

champignons. Miam! Ça va être bon! Il y a plusieurs choses à cuire, mais la ventilation

dans le condo n’est pas adéquate… De la fumée commence à envahir la cuisine, et

rapidement, tout le condo est emboucané! Ils essaient d`ouvrir les fenêtres,  mais elles ne

s’ouvrent pas assez. C’est alors que le système d’alarme se déclencha.

« Dring ! Dring! Dring! », entendait-on.  Et l’ascenseur qui s`arrête dans  tout l’immeuble…

Le gérant de l`hôtel doit monter les 18 étages à pied pour venir vérifier  pourquoi le

système d’alarme s'est déclenché.

Isabelle, qui ne parle pas bien anglais, tente d'expliquer à celui-ci pourquoi : «The ventilator is not ok, he go not outside blow in my face».

 Au même moment, on entend la sirène des pompiers. Par la fenêtre du haut du 18e étage, on les voit venir vers le condo! Les pompiers entrent dans l’édifice et montent les étages eux aussi ! Un pompier habillé de son ensemble imperméable jaune fait son entrée dans le condo et nous aperçoit, l`air surpris, en arborant notre joli souper.

Il dit : « Just for this ? ». Josée lui répond : « I am sorry… ». La pauvre toute décontenancée.

 

Finalement, les pompiers repartent rapidement et l’ascenseur se remit en marche. Étonnés

par cet évènement inattendu, retardant un peu leur souper, ils explosèrent de rire!!! La

semaine de vacances est maintenant terminée, ils repartent pour le Québec, dans leur coin

de pays plus tranquille. Suite à leur périple, Isabelle reçut une facture internet salée, pour

avoir utilisé ‘’Google  Maps’’. Quant à Alain lui, reçu une contravention pour avoir

raccourci leur trajet en prenant des chemins plus rapides, sans avoir obtenu le permis

autorisé. Quelques belles surprises les attendaient à leur retour, ils étaient pourtant tous

partis en pensant être bien organisés !!

Louise Foucault, Cowansville

Publié, 1er août 2016

Une fin de semaine de pêche

Par un beau vendredi matin de juillet, nous sommes prêts pour aller à la pêche à notre camp de chasse qui est situé en Abitibi sur la rivière Laflamme.

Dès neuf heures, nous roulons sur la route 117 en  direction  de Mont-Laurier. 

La route est belle et il n’y a pas trop de circulation. À midi, notre faim se faisant sentir, nous arrêtons à la halte routière des Chutes du lac Roland dans la réserve faunique La Vérendrye. 

Assis à la table de pique-nique, nous mangeons les sandwichs et salades que j’ai préparés la veille. 

Avant de partir, je descends l’escalier et je longe les trottoirs en bois aménagés à travers les rochers et qui passent par-dessus les chutes. De là, un superbe paysage s’offre à moi.

On reprend la route, partout il y la forêt ainsi que des lacs parsemés de terrains de camping. Au loin, nous apercevons des gens dans leur embarcation en train de pêcher. Ah! Que j’ai hâte d’arriver à destination. 

Il nous reste au moins trois heures de route à parcourir.

À la sortie du parc, nous arrivons à Louvicourt, ensuite nous tournons sur la route 113, direction Senneterre.  Un arrêt est nécessaire pour faire le plein d’essence  et nous en profitons pour prendre une collation, un bon sandwich à la crème glacée. Nous continuons notre route et juste avant d’arriver à Lebel-sur-Quévillon, nous prenons le chemin de Barraute. Enfin nous  parvenons à notre petit chemin de terre qui parfois est cahoteux et inondé d’eau mais par chance que notre véhicule possède une traction quatre roues motrices. Vingt minutes plus tard, nous arrivons à l’endroit où notre bateau est mis à l’eau car aucun chemin n’est accessible sur terre  pour nous rendre au camp.  Nous stationnons notre camion et mettons tous nos bagages dans la chaloupe.

Il nous reste encore  douze kilomètres à parcourir en chaloupe. Parfois nous voyons un ours qui est sur la rive, une autre fois un loup et si on a de la chance, un orignal. Nous avons toujours des surprises. J’aime regarder la végétation, les grands pins et surtout les rosiers sauvages qui longent la rivière dont les eaux sont brunes. Nous naviguons environ 40 minutes à vitesse moyenne avant de voir la pointe de l’île qui mesure cinq kilomètres de long par seulement trois cents mètres de large.

Il est environ 16h30.  Après vérifications, nous constatons que nous  n’avons pas eu la visite de squatteurs pendant notre absence  et surtout que  le camp est propre. Nous débarquons nos bagages et nous nous installons.  Je défais les valises et je monte le lit pendant que mon mari coupe les grandes herbes en avant du camp car c’est la première fois de l’année que nous venons. Ensuite je prépare le souper et nous décidons de nous coucher tôt pour être en forme le lendemain matin pour la pêche.

Difficile de dormir quand il y a un animal qui gratte en arrière du mur, juste où notre tête de lit est située.  Gaétan décide d’allumer sa lampe de poche et de regarder par la fenêtre.  Il voit un énorme porc-épic qui le dévisage.  Nous ne sommes pas pour passer la nuit à entendre ce bruit, alors mon mari a une idée. Il prend son sac à dos et en sort une bouteille à vaporiser de poivre de Cayenne; c’est un répulsif  qu’il garde en cas d’une mauvaise rencontre avec un ours.  Il vaporise la bête à travers la moustiquaire. 

Ce qu’il ne sait pas, c’est que ce vaporisateur projette un nuage conique de gaz poivré à une distance d’environ 10 mètres et à une vitesse de plus de 100 km à l’heure. 

La durée des effets varie de 15 à 60 minutes.

Mes yeux brulent, les larmes coulent sur mon visage, j’ai de la difficulté à respirer, j’étouffe, mes voies respiratoires sont bloquées, j’ai peine à parler, je panique. J’ai juste le temps de  dire: ‘’Je vais mourir’’.  En un éclair, mon mari ouvre la porte et m’entraine en courant jusqu’au bord de la rivière où nous sautons dans la chaloupe. J’essaie de me calmer et de reprendre peu à peu mon souffle. Une chance qu’il  y a une petite brise  au bord de l’eau, l’air est plus frais. Nous avons attendu au moins une heure avant que notre respiration redevienne  normale.

Nous revenons au chalet, mon mari s’approche et il voit le porc-épic qui gratte le plafond de la galerie qui est fait avec un panneau de contreplaqué;  ces animaux adorent la colle de ce revêtement. Mon mari n’a pas le choix, il trouve un bâton et lui assène un bon coup sur la tête. Il entre ensuite dans le chalet pour vérifier si les vapeurs du poivre de Cayenne se sont dissipés et il fait aérer le camp avant de me faire entrer.

J’ai vraiment eu peur!

Quelle fâcheuse expérience! J’ai fait promettre à mon mari de ne plus jamais réutiliser ce moyen pour faire fuir les petites bêtes. Pour un ours, c’est autre chose. J’ai compris pourquoi les policiers ou les gens utilisent ce produit pour se défendre, c’est vraiment efficace.

Enfin, nous avons retrouvé notre lit et nous avons bien dormi le reste de la nuit. Heureusement que nous avons eu deux autres belles journées et que j’ai taquiné le poisson à mon goût. J’ai pêché un gros brochet et plusieurs dorés et surtout nous n’avons pas eu d’autres visiteurs inattendus.

Ouf! Quelle aventure! Elle restera longtemps gravée dans ma mémoire!

Texte de Marrielle Duplessis, Rivière-rouge

publié le 15 août 2016

   UNE SEMAINE DE VACANCES ROCAMBOLESQUE

 

Année après année, mes parents se rendent à leur territoire de chasse et pêche, situé à quelques 160 kilomètres de Senneterre, dans la pittoresque région de l'Abitibi.

À l'été 1990, mon mari et moi sommes invités à les accompagner pour une semaine de pêche aux dorés. Curieux de connaître ce coin de pays qui, selon mes parents, offre un contact inégalé avec la nature, mon mari et moi acceptons l'invitation avec empressement.   

 

À la date convenue et tôt le matin, nous rejoignons mes parents à Mont-Laurier. À notre arrivée, ils sont déjà à l'extérieur de la maison et nous attendent avec impatience. Ils sont équipés d'un camion, d'une petite roulotte, d'un véhicule tout-terrain et d'une embarcation. De notre côté, nous avons un camion, une tente de toile et une embarcation.

 

Sans plus tarder, nous empruntons la route 117, traversons la réserve faunique de La Vérendrye et continuons vers Senneterre.  Après avoir dîner dans cette localité, nous nous enfonçons dans la forêt sur un chemin de gravier très sinueux. Une vingtaine de kilomètres avant d'arriver à destination, mon père s'arrête et nous informe qu'il installe sa roulotte à cet endroit.

Le lendemain matin, il veut aller voir son camp de chasse situé non loin de là. Pour s'y rendre, il doit mettre sa chaloupe à l'eau et remonter une petite rivière. Il nous invite à installer notre tente. Pas très enthousiastes à l'idée de monter la tente pour une nuit seulement, nous lui demandons de nous conduire à l'endroit convenu.

Il enfourche son véhicule tout-terrain et nous conduit jusqu'au lac dont j'ignore le nom. Plus on s'enfonçait, moins le chemin était carrossable.

Finalement, nous y arrivons et le temps presse pour monter la tente avant la noirceur. Le lendemain matin, nous prenons le temps de s'installer convenablement; après tout, nous y passerons une semaine. Il fait un soleil radieux, le lac est comme un miroir et on y entend que le gazouillis des oiseaux.

Quelle belle semaine en perspective! 

 

Tout de suite après le diner, nous décidons d'aller taquiner le doré. À peine avons-nous eu le temps de pêcher dans ce magnifique lac que le vent s'élève, le lac s'agite, de grosses vagues déferlent, les nuages sont de plus en plus noirs, le tonnerre gronde au loin et de gros éclairs annoncent qu'un orage est imminent. Je propose à mon mari de retourner à notre campement; il  suggère plutôt qu'on se rende sur la galerie d'un vieux "chack"  situé sur le bord de la berge, le temps que l'orage passe.  Pour moi, pas question de demeurer à cet endroit. Il n'a d'autres choix que de rebrousser chemin.  

 

Lorsque je mets les pieds dans la tente, je trouve sur la table un message laissé par ma mère et qui se lit ainsi: « Ton père éprouve des malaises qui s'apparentent étrangement à des problèmes cardiaques.  Viens me rejoindre au plus vite ».

 Ma mère ne possède pas de permis de conduire; elle est venue en véhicule tout-terrain. 

 

Sans plus tarder, on se rend à la roulotte et effectivement, mon père est assis sur le bord du lit, le teint gris, une douleur à la poitrine et au bras gauche et il semble souffrant. Nous n'avons rien à lui donner pour le soulager.

Aucun moyen de communication à notre disposition et il n'y a per­sonne dans les parages. Par contre, ma mère se rappelle avoir vu un vieux camp forestier à quelques 30 kilomètres de là. Nous partons donc, mon mari et moi, en direction de ce camp en espérant y trouver de l'aide. À l'approche du camp, je constate qu'il y a un camion de télécommu­nications à la porte. Déjà, je suis rassurée. J'entre et j'explique la situation aux deux seuls hommes qui s'y trouvent. Un des deux a un ami, à Val-D’or, qui est propriétaire d'hélicoptères. Sans perdre une minute, il le contacte et il accepte de venir, à mon grand soulagement d'ailleurs. Mon mari retourne immédiatement auprès de mes parents. 

 

Entre-temps, j'appelle mon frère Denis qui est en vacances en Abitibi, à la pourvoirie Berthelot. Denis connaît très bien le territoire de chasse et pêche de mes parents. Mon frère communique avec le pilote d'un hydravion qui se trouve au Berthelot et le convainc de venir amerrir sur la rivière située à quelques centaines de mètres de la roulotte. 

 

Environ une heure plus tard, l'hélicoptère arrive au camp forestier et le pilote est accompagné de deux ambulanciers. Je tente de lui expliquer, au meilleur de ma connaissance, l'endroit approximatif où est installée la roulotte. Après quelques consignes de sécurité sur la façon d'ap­procher l'hélicoptère, le pilote m'invite à monter à bord; nous décollons.

Comme nous allions passer tout droit à la roulotte, le pilote de l'hydravion à bord duquel mon frère se trouve, commu­nique avec celui de l'hélicoptère et l'invite à modifier quelque peu sa trajectoire.  L'hélicoptère descend dans le chemin, tout près de la roulotte. Sans perdre de temps, les ambulanciers installent mon père sur une chaise et l'emmène dans l'hélicoptère. Personne de la famille ne peut l'accompagner.  Ils partent vers l'hôpital de Val-d'Or alors que la noirceur approche à grand pas.

 

Quant à mon frère, il passe à travers du bois pour venir nous joindre. Mon mari et moi allons démonter la tente, embarquer la chaloupe et revenons à la roulotte.  

Entre-temps, mon frère et ma mère ramassent tout et nous attendent. Nous descendons jusqu'à Senneterre. 

Il fait nuit;  il est 2 heures.  Je me rends aussitôt dans une cabine téléphonique pour appeler à l'hôpital. 

On m'informe que mon père a fait un infarctus, qu'il est aux soins intensifs et que son état est stable. 

On décide alors de prendre un motel afin de se reposer un peu. Bien que tous très fatigués, personne n'arrive à dormir. L'inquiétude est omniprésente.  Au lever du jour, on reprend la route à destination de l'hôpital.

 

Après une visite à mon père, ma mère convainc la sécurité de l'hôpital d'installer sa  roulotte dans le stationnement;  n'ayant pas de place pour nous, nous louons une chambre d'hôtel à Val-d'Or, le temps que mon père sorte des soins intensifs et que son état s'améliore.  Quant à mon frère, il retourne à la pourvoirie joindre sa famille.  Ma mère passe 7 jours dans sa roulotte après quoi mon père est transféré en ambulance à l'hôpital de Mont-Laurier pour 4 jours.  C'est mon frère Denis qui est allé chercher la roulotte.

 

Finalement, mon père s'en est bien tiré mais au lieu d'une belle semaine de vacances, ce fut plutôt une semaine rocambolesque, éprouvante et très onéreuse. 

 

Texte de Aline Leblanc, Rivière-Rouge

publié le 1er septembre 2016  

J’ai toujours aimé partir à l’aventure.

 

Partir au diable vert ou pour Vancouver.

Toute petite, j’allais chez ma tante Anny qui habitait la maison en face de celle de mes parents.

Déjà, je frôlais l’aventure! Car tout était si différent; le décor, l’atmosphère, les odeurs…

 

Je rêvais aussi de partir en train. Avec ceux qui passaient juste à côté de chez moi. Je me cachais dans le fossé de la voie ferrée pour les voir défiler et je m’imaginais embarquer pour Dieu sait où dans un de ces engins bruyants et bringuebalants.

 

Plus tard, je poussais l’audace jusqu’à traverser à pied le pont de chemin de fer, malgré la peur qui me terrassait. La peur d’entendre le train soufflant et grinçant, qui sous sa force et son poids faisait trembler le lourd échafaudage de bois. Quand cela arrivait, je courrais comme une folle me réfugier dans l’un des abris qui jalonnaient l’énorme structure de la compagnie du CN. Puis, enfin, j’atteignais l’autre côté de la rivière. Ouf! Quelle aventure!

 

Avec mes parents, les dimanches nous partions en voiture pour des no-where. Nous prenions une destination inconnue qui nous permettait de découvrir de nouvelles routes, de nouveaux paysages, de nouvelles architectures et quelques fois de nouveaux visages. Mon père cherchait surtout à trouver un ruisseau, ou une petite crique pour y pêcher; ma mère lui tenait compagnie et moi je rêvais d’aventures et surtout d’être ailleurs…

 

À l’adolescence, lorsque j’ai commencé à sortir avec des amis de mon âge, les restaurants m’offrirent mes premiers voyages. Chez les Grecs et les Italiens, les posters de monuments en ruine, les nappes à carreaux, les grappes de raisins en plastique et la musique d’ambiance mettaient la table. Chez le Chinois, c’était le décor kitsch avec son papier peint reluisant de tâches de sauce soja, mais surtout, les aquariums desquels on pêchait les crabes et les poissons-chats qui me fascinaient et m’emmenaient à des lieux à la ronde. Ah! La Ronde… Que dire, de La Ronde sinon qu’elle me fit tourner la tête.

 

Bien loin des tombolas de mon enfance, La Ronde constituait le parc d’attractions le plus gros et le plus exubérant qu’on n’avait jamais vu. La merveille des merveilles! Le fabuleux joujou de Terre des Hommes.

L’Expo 67 restera l’événement le plus marquant de ma jeunesse: le tout premier frémissement d’une longue passion pour les voyages et d’une insatiable curiosité envers le monde…

Terre des Hommes, quelle aventure!

 

Car si la Ronde nous offrait tous ces frissons-là, Terre des Hommes, nous ouvraient tous les horizons. J’avais seize ans, toutes mes dents et beaucoup d’appétit pour la vie!

 

J’allais partager cette découverte avec mon amie Sylvie qui habitait Saint-Jean, pas très loin du Club Nautique, où je me rendais souvent soit en courant sur le pont du chemin de fer ou encore à la nage, traversant la rivière. J’aimais y voir les magnifiques bateaux qui partaient vers les États-Unis : les embarcations de riches qui voguaient du fleuve aux rivières, puis des lacs à la mer. Mon penchant pour les voyages de luxes date probablement de cette période où ces rafiots somptueux et majestueux attisaient ma convoitise et mon envie. Ah! Vous dire combien cela me faisait rêver ! Sylvie, elle, venait rêver à la vue des corps rutilants et attrayants des jeunes femmes bronzées qui se vautraient sur les ponts des voiliers ou des yachts aux profils effilés, ou qui déambulaient en tanguant sur les quais de la marina. Ce n’est que beaucoup plus tard que je réaliserai que mon amie Sylvie cachait un goût inavouable pour le sexe féminin.

 

Nous montions dans l’autobus au terminus de Saint-Jean, direction Longueuil. De là nous prenions le métro: ce nouveau mode de transport qui d'après mes parents, était une invention du diable. Même pour moi, habitué aux trains d’enfer, le métro affichait des airs fantasmagoriques, tout droit sortis d’un film du futur. J’en ris aujourd’hui, mais en 67, j’étais ébahie. Il me fascinait! Les gens le considéraient avec respect et admiration, mais aussi avec quelques appréhensions. De Longueuil il filait à une vitesse vertigineuse dans le gouffre de son interminable tunnel creusé sous le majestueux fleuve Saint-Laurent jusqu’à l’île Notre-Dame. Cette île tout juste sortie de l’eau par la volonté des hommes.

 

Terre des hommes... là où des dizaines de peuples s’étaient rassemblées afin d’exhiber leurs mœurs, leur culture, et leur héritage; un dépaysement sans mesure.

 

L’exposition durerait six mois. Sylvie et moi allions utiliser notre passeport jusqu’à l’usure. Sans quitter notre terre natale, à quelques milles de distance de nos domiciles respectifs, nous avions l’opportunité de visiter quelque 62 pays. Sans parler de la Place des nations où chaque jour un pays différent était à l’honneur, et déployait tel un kaléidoscope ses plus belles images, ses trésors, ses secrets, sans oublier les délices de sa cuisine. Nous nous sentions comme des girouettes étourdies par tant de choix.

        

Le Pavillon de la France à l’architecture magnifique nous impressionna d’emblée. Toutefois, les hôtesses si minces dans leurs jolies petites robes bleues nous intimidèrent plus que tout. Elles « perlaient » un français tellement pointu que nos langues fourchaient de peur d’émettre des mots rudes et sans grâce. Nous étions persuadées que notre langue ressemblait à une toile grossière : la leur était si soyeuse!

 

Cependant, la soie, nous l’avons découverte au pavillon de l’Inde!

 

Les femmes indiennes pulpeuses et souriantes à souhait, conversaient dans une langue tantôt chantante, tantôt gutturale qui nous fascinait. Des tissus aux coloris des plus chatoyants les enveloppaient d’une sensualité à peine retenue; j’appris alors qu’on nommait ces vêtements des saris. Leurs mets parfumés et savoureux étaient aussi colorés que leurs habits. Mes papilles salivent encore d’un plaisir gourmand lorsque j’y pense. Et que dire des bijoux! Mes premiers bracelets, je les ai achetés dans une boutique indienne : depuis j’en achète un à chacun de mes voyages, peu importe la destination.

 

Puis, il y eut, la Chine et sa ravissante pagode aux dentelles dorées. Là encore, la splendeur des tenues que portaient les délicates hôtesses chinoises nous éblouit et influença à jamais nos goûts vestimentaires. La cuisine chinoise ne nous était pas totalement inconnue, mais celle qu’on y mangea alors dégageait une finesse que le chic Chinese Garden de Saint-Jean n’avait jamais été en mesure de nous offrir. Que de raffinement!

 

La Thaïlande nous recevait dans une réplique de sanctuaire bouddhiste aux couleurs éclatantes. Au pied d’un majestueux escalier s’étendait un bassin d’eau où flottait une splendide barque royale.

 

Ensuite, ce fut le Japon et ses jardins qui prolongeaient l’espace et intégraient la nature aux minuscules pièces épurées représentant les demeures nipponnes. Espace si précieux qu’on vénère toujours dans ce pays. De grandes portes coulissantes s'ouvraient pour laisser entrer la lumière, offrant vus sur des jardins minimalistes d’une sobre beauté. J’étais bouche bée devant de l’exquise politesse de ces poupées vivantes: les geishas. Je revois les splendides kimonos juxtaposés savamment les uns sur les autres et drapés de longues bandes de tissu en guise de ceinture. Je me souviens de la fière allure des rudes samouraïs; de la réserve et de la retenue de ce peuple habité par tant de dignité.

Trente-quatre ans plus tard, j’aurais l’ultime privilège de visiter le Japon et l’émerveillement sera encore au rendez-vous.

 

Il y eut aussi l'Italie, l’Allemagne, la Grèce et les États-Unis avec son immense structure en forme de dôme qui nous apparut tout à coup, sous un jour bien différent de celui de la plage de Plattsburgh.

 

Le pavillon de la Grande-Bretagne me rappelait une autre formidable aventure que j’avais vécue trois ans auparavant : la venue des Beatles au Forum de Montréal! Les Anglais y avaient affiché des photos géantes de mes idoles et les chansons des célèbres garçons tournaient en boucle tout au long de la visite. Ici, les hôtesses ressemblaient toutes à la filiforme Twiggy et portaient avec impudence la fameuse mini-jupe que nous allions rapidement adopter.

 

Combien de fois, avons-nous fait le trajet du site en mini-rail ou dans le petit train « la balade »!

 

Mes souvenirs de l’Expo 67 sont toujours vifs et palpitants. Juste de passer les tourniquets en compagnie de centaine de personnes inconnues, moi qui habitais une rue où la majorité des gens provenaient de ma famille, me remplissait d’une excitation sans borne. Chaque visite me faisait vivre une nouvelle aventure et… Ouf! Quelle aventure!

Texte de Joane Seney, Chertsey

Publié, le 21 septembre 2016

Ouf! Quelle aventure … qu’exister!

Je crie, je gueule à en perdre la voix! Je suis dans une chaloupe en bois d’environ 10 (dix) pieds par 4 (quatre) pieds, de forme carrée, à fond plat, usée par le temps.

Beaucoup d’eau l’a envahie.  Mais elle ne coule pas. C’est l’essentiel! 

Ou plutôt, horreur! Je réalise que je ne suis pas dans la chaloupe, mais bien accrochée à l’arrière de cette dernière, ne me retenant que par le bras droit.  Comment me suis-je retrouvée dans cette fâcheuse et dangereuse position?

Mon bras faiblit de plus en plus.  Je ne pourrai pas me retenir plus longtemps.  En fait, j’ai l’impression que des milliers de bras semblent vouloir m’attirer au fond de la Rivière des Outaouais, dont, à cet endroit, le courant majestueux en impose.  

De gros bouillons m’entourent, m’aspirent.

D’autres cris accompagnent les miens et m’encouragent.  Sortant de ma torpeur, j’entends et surtout vois mon conjoint debout dans la même chaloupe, tentant de couper la corde déjà usée du rafiot, tendue d’environ 10 (dix) pieds.  Cette dernière est attachée à quelque chose  ressemblant à un barrage.  Je reprends mes esprits.

Je crie de plus belle! Jamais je n’ai autant crié de ma vie.  Je crie mon désespoir, je crie me semble-t-il, mes derniers moments.

Comme dans un rêve,  je vois mon époux essayant de se diriger vers moi, tel un ivrogne titubant, au pas chancelant, se déplaçant tant bien que mal, dans cette embarcation retenue que par le bout de cette corde effilochée.                                                                                                1.

En sourdine,  je l’entends me crier : « Tiens bon, ses mains en porte-voix, tentant de couvrir le bruit des bouillons énormes et indomptables, rugissant de la rivière. J’arrive! »

Puis, retentissent d’autres cris provenant du rivage à environ 30 (trente) pieds de nous.  Spectateurs impuissants devant notre combat ultime!

« Coupez la corde, clament-ils, plusieurs fois tous en cœur!  Coupez cette foutu corde! »

L’espace de quelques secondes, désespérément,  nos yeux se croisent et se questionnent. Devons-nous nous séparer d’elle justement?  Je pense plutôt que sans ce fil d’Ariane, nous aurions déjà coulé à pic. 

Je suis enceinte de 16 (seize) semaines.  J’y vois un signe, un genre de prémonition.  Un peu comme si je me disais : « Ce bout de corde nous retient encore à la vie.  Comme le cordon ombilical de mon tout petit fœtus grandissant en moi. »

 Malgré les cris des gens sur le rivage, j’intime mon conjoint de ne pas la couper!

Puis, l’affluence d’eau cesse comme par magie.  Je réalise soudain ce qui vient de se passer.  En quelques minutes, notre vie a failli basculer par-dessus bord.  Nous sommes attachés à une des 8 (huit) petites portes de l’Écluse du barrage de Carillon, situé près de la frontière du Québec et de l’Ontario, sur une partie du rivage dans le Village de Pointe-Fortune.

Nous participions au tournoi de pêche annuel, de la Compagnie où travaille mon conjoint.  Nous avons en fait, sans faire de jeux de mots, collaboré en quelque sorte à notre infortune.

                                                                                                                                                                                                                                   

N’ayant pas de bateau motorisé, mais seulement la chaloupe empruntée sur le site de l’Hôtel, un ami habitant dans le Village, nous suggéra le remorquage près dudit barrage pour y pêcher, parce que, disait-il, s’y retrouvaient les plus grosses carpes.  Et que de toute  façon, Hydro-Québec  n’ouvrait les vannes qu’après avoir activé un système d’alarme sonore, au moins 1(une) heure à l’avance. Laissant amplement le temps aux intrus, dont nous étions, de déguerpir, même à la rame!

Ce ne fut pas le cas cette fois.  A peine nos lignes lancées, mes souliers enlevés pour faire trempette, quelques 10 (dix) minutes plus tard, j’entends un bruit comme celui d’un gros paquebot, genre de ``VOUOUOUOU``.

Surprise par le flot me projetant par-dessus bord, le temps me manqua pour aviser mon conjoint que j’avais l’intuition que les portes s’ouvriraient.

Mes cris stridents alarmèrent le préposé au barrage.  Il referma aussi vite qu’il le pu le gros robinet du débit d’eau.  Dès lors, le temps fit le reste. 

Les amis du tournoi, attendant sur le rivage, ont pu, grâce à leurs barques à moteur, venir nous secourir dans l’immédiat.

Notre petit bout de corde avait réussi un exploit.  Nous maintenir à flot, étant donnée le poids de la chaloupe, notre propre poids et surtout, la masse d’eau provenant de l’écluse ouverte, qui ne cessait de se rajouter à l’intérieur de l’embarcation.

                                                                                                                                    3.

Arrivés au site de l’Hôtel sur le bord du rivage, nous avons été choyés et entourés comme jamais!  Nous avions perdu nos coffres et articles de pêche, épuisettes, souliers, et chéri, ses lunettes.  Nous étions sonnés bien sûr, mais étions bien vivants.

Ce qui nous a par-dessus tout touchés, c’est que dans la soirée, durant le souper de remise des trophées pour le tournoi, à notre insu, parmi les personnes présentes, une collecte de fonds avait été organisé. 

Nous ne voulions pas accepter.  Le groupe nous présenta alors, un beau grand coffre tout neuf, y incluant plusieurs articles pour la pêche.

Le Président du Club nous demande alors de bien regarder à l’intérieur, ce que nous nous empressons de faire. Bien ficelée à l’aide de fils de pêche, nous reconnaissons la corde jaune à qui nous devons la vie.

Ma grossesse se poursuivit après quelques contractions et un repos obligatoire de quelques jours. 

Aujourd’hui, notre fils a 40 (quarante) ans.  Il connait l’histoire de la corde magique que nous gardons précieusement dans une boîte spéciale.

Fait cocasse, fiston n’a jamais aimé suivre des cours de natation, ni se baigner ou pêcher. Il paniquait à chaque occasion. Après consultation, nous avons appris qu’il avait … la phobie du clapotis produit par le mouvement des vagues.

Ouf! Quelle aventure … qu’exister!

Ouf! Quelle aventure … qu’exister!

Je crie, je gueule à en perdre la voix! Je suis dans une chaloupe en bois d’environ 10 (dix) pieds par 4 (quatre) pieds, de forme carrée, à fond plat, usée par le temps.

Beaucoup d’eau l’a envahie.  Mais elle ne coule pas. C’est l’essentiel! 

Ou plutôt, horreur! Je réalise que je ne suis pas dans la chaloupe, mais bien accrochée à l’arrière de cette dernière, ne me retenant que par le bras droit.  Comment me suis-je retrouvée dans cette fâcheuse et dangereuse position?

Mon bras faiblit de plus en plus.  Je ne pourrai pas me retenir plus longtemps.  En fait, j’ai l’impression que des milliers de bras semblent vouloir m’attirer au fond de la Rivière des Outaouais, dont, à cet endroit, le courant majestueux en impose.  

De gros bouillons m’entourent, m’aspirent.

D’autres cris accompagnent les miens et m’encouragent.  Sortant de ma torpeur, j’entends et surtout vois mon conjoint debout dans la même chaloupe, tentant de couper la corde déjà usée du rafiot, tendue d’environ 10 (dix) pieds.  Cette dernière est attachée à quelque chose  ressemblant à un barrage.  Je reprends mes esprits.

Je crie de plus belle! Jamais je n’ai autant crié de ma vie.  Je crie mon désespoir, je crie me semble-t-il, mes derniers moments.

Comme dans un rêve,  je vois mon époux essayant de se diriger vers moi, tel un ivrogne titubant, au pas chancelant, se déplaçant tant bien que mal, dans cette embarcation retenue que par le bout de cette corde effilochée.                                                                                                1.

En sourdine,  je l’entends me crier : « Tiens bon, ses mains en porte-voix, tentant de couvrir le bruit des bouillons énormes et indomptables, rugissant de la rivière. J’arrive! »

Puis, retentissent d’autres cris provenant du rivage à environ 30 (trente) pieds de nous.  Spectateurs impuissants devant notre combat ultime!

« Coupez la corde, clament-ils, plusieurs fois tous en cœur!  Coupez cette foutu corde! »

L’espace de quelques secondes, désespérément,  nos yeux se croisent et se questionnent. Devons-nous nous séparer d’elle justement?  Je pense plutôt que sans ce fil d’Ariane, nous aurions déjà coulé à pic. 

Je suis enceinte de 16 (seize) semaines.  J’y vois un signe, un genre de prémonition.  Un peu comme si je me disais : « Ce bout de corde nous retient encore à la vie.  Comme le cordon ombilical de mon tout petit fœtus grandissant en moi. »

 Malgré les cris des gens sur le rivage, j’intime mon conjoint de ne pas la couper!

Puis, l’affluence d’eau cesse comme par magie.  Je réalise soudain ce qui vient de se passer.  En quelques minutes, notre vie a failli basculer par-dessus bord.  Nous sommes attachés à une des 8 (huit) petites portes de l’Écluse du barrage de Carillon, situé près de la frontière du Québec et de l’Ontario, sur une partie du rivage dans le Village de Pointe-Fortune.

Nous participions au tournoi de pêche annuel, de la Compagnie où travaille mon conjoint.  Nous avons en fait, sans faire de jeux de mots, collaboré en quelque sorte à notre infortune.

                                                                                                                                                                                                                                   

N’ayant pas de bateau motorisé, mais seulement la chaloupe empruntée sur le site de l’Hôtel, un ami habitant dans le Village, nous suggéra le remorquage près dudit barrage pour y pêcher, parce que, disait-il, s’y retrouvaient les plus grosses carpes.  Et que de toute  façon, Hydro-Québec  n’ouvrait les vannes qu’après avoir activé un système d’alarme sonore, au moins 1(une) heure à l’avance. Laissant amplement le temps aux intrus, dont nous étions, de déguerpir, même à la rame!

Ce ne fut pas le cas cette fois.  A peine nos lignes lancées, mes souliers enlevés pour faire trempette, quelques 10 (dix) minutes plus tard, j’entends un bruit comme celui d’un gros paquebot, genre de ``VOUOUOUOU``.

Surprise par le flot me projetant par-dessus bord, le temps me manqua pour aviser mon conjoint que j’avais l’intuition que les portes s’ouvriraient.

Mes cris stridents alarmèrent le préposé au barrage.  Il referma aussi vite qu’il le pu le gros robinet du débit d’eau.  Dès lors, le temps fit le reste. 

Les amis du tournoi, attendant sur le rivage, ont pu, grâce à leurs barques à moteur, venir nous secourir dans l’immédiat.

Notre petit bout de corde avait réussi un exploit.  Nous maintenir à flot, étant donnée le poids de la chaloupe, notre propre poids et surtout, la masse d’eau provenant de l’écluse ouverte, qui ne cessait de se rajouter à l’intérieur de l’embarcation.

                                                                                                                                    3.

Arrivés au site de l’Hôtel sur le bord du rivage, nous avons été choyés et entourés comme jamais!  Nous avions perdu nos coffres et articles de pêche, épuisettes, souliers, et chéri, ses lunettes.  Nous étions sonnés bien sûr, mais étions bien vivants.

Ce qui nous a par-dessus tout touchés, c’est que dans la soirée, durant le souper de remise des trophées pour le tournoi, à notre insu, parmi les personnes présentes, une collecte de fonds avait été organisé. 

Nous ne voulions pas accepter.  Le groupe nous présenta alors, un beau grand coffre tout neuf, y incluant plusieurs articles pour la pêche.

Le Président du Club nous demande alors de bien regarder à l’intérieur, ce que nous nous empressons de faire. Bien ficelée à l’aide de fils de pêche, nous reconnaissons la corde jaune à qui nous devons la vie.

Ma grossesse se poursuivit après quelques contractions et un repos obligatoire de quelques jours. 

Aujourd’hui, notre fils a 40 (quarante) ans.  Il connait l’histoire de la corde magique que nous gardons précieusement dans une boîte spéciale.

Fait cocasse, fiston n’a jamais aimé suivre des cours de natation, ni se baigner ou pêcher. Il paniquait à chaque occasion. Après consultation, nous avons appris qu’il avait … la phobie du clapotis produit par le mouvement des vagues.

Ouf! Quelle aventure … qu’exister!

                                                                                                                                                                                                                                   

Texte de Monique Paquin

Publier, le 15 octobre 2016

 

 

Ouf! Quelle aventure!

 

 

Il y a quelques années, une grande aventure s’est présentée à moi.  Une aventure qui a transformé radicalement ma vie.  Une expérience qui m’a fait évoluée de façon incroyable.  Elle m’a fait découvrir, tout au fond de moi, des forces et des ressources dont je ne soupçonnais même pas l’existence.  Grâce à elle, j’ai appris à me tenir fermement debout et à affronter tous les obstacles que je rencontrerais sur mon chemin.  Elle m’a enseigné à être forte et à croire en mes capacités.  Cette aventure, qui aurait pu m’anéantir m’a au contraire donné la force de continuer d’avancer sur le chemin de la vie.  Cette grande aventure a débuté lorsque je suis devenue une mère mono-parentale.

 

Devenir une mère monoparentale ne faisait pas partie de mes plans, des plans que nous avions, en tant que couple, lorsque nous avions projeté de fonder une famille.  Cette grande aventure qu’est la vie a fait en sorte que notre couple s’est désintégré un peu plus chaque jour pendant de nombreuses années jusqu’à ce qu’un immense fossé nous laisse chacun sur une rive sans aucune possibilité de se rejoindre.  Nous sommes donc allés chacun de notre côté, en nous éloignant le plus possible de ce fossé, en nous éloignant le plus possible l’un de l’autre.

 

Mais voilà qu’à mon côté un petit garçon, mon petit garçon de presque quatre ans, magnifique, souriant, blond aux yeux bleus, glisse sa main dans la mienne et chemine près de moi.  Il est là, fragile, vulnérable, il dépend de moi et il possède une confiance totale en moi.  Pour lui, je me dois d’être forte, solide et présente en tout temps.  Je lui dois le meilleur de moi.  Lui qui est là, grâce à mes choix, grâce à mes décisions doit pouvoir compter sur moi inconditionnellement. 

 

Être faible n’est pas une option, vouloir renoncer non plus.  Il doit savoir, sans l’ombre d’un doute, qu’il peut compter sur ma présence, ma patience et mon amour dans tous les domaines.  Nous sommes donc devenus une famille, mon fils et moi, une famille comptant seulement deux membres mais comptant oh! combien d’amour!

 

Alors voilà que je me dois de porter les chapeaux maternel et paternel.  Bien que constamment présente, je veux offrir à mon enfant la chance de grandir et d’évoluer de la même façon qui si nous étions encore une famille intacte.

 

Porter le chapeau maternel se fait naturellement pour moi;  les devoirs, les leçons, l’aide pour surmonter cet immense défi qu’est la lecture, les repas, tout l’entretien intérieur et extérieur de notre maison sans compter mes obligations professionnelles comblent chaque minute de mon quotidien.  Cependant, de merveilleuses récompenses me sont offertes régulièrement;  des sourires, des câlins, les mots « je t’aime maman » prononcés spontanément.  Tous ces gestes reçus, plusieurs fois dans une journée, remplissent mon âme de bonheur.  Tout comme à chaque crépuscule, blottis l’un contre l’autre dans le lit de son enfance, je raconte à mon fils une histoire qui l’amènera au pays des rêves.  Le lendemain, au lever du soleil, bien reposé et tout souriant, j’entends ses petits pas sur le plancher de bois venir vers mon lit où il se glisse pour me réveiller.

Le chapeau paternel, pour sa part, est difficile à porter.  Sa taille, sa forme et sa couleur ne me conviennent pas.  Je l’essaie d’une façon puis d’une autre et parfois je réussi à le coiffer pendant quelques heures.  C’est à ce moment que nous chaussons nos patins ou encore escaladons la colline pour la dévaler en traîneau.  C’est aussi quand j’encourage mon fils, vêtu de son kimono, lors de sa découverte des arts martiaux.  C’est également lorsque nous pratiquons des randonnées en montagne et découvrons la nature.  Et c’est enfin, lui enseigner l’art et les subtilités de la conduite automobile.

 

Depuis plus de douze ans maintenant que nous sommes, mon fils et moi, seuls tous les deux.  Au cours de cette vie que nous avons bâtie pour nous, j’ai été témoin de ses apprentissages, de ses découvertes et de son évolution.  J’ai eu le privilège de le voir grandir et de devenir un adolescent confiant en l’avenir, respirant la joie de vivre et la foi en l’avenir.  Je possède, tout au fond de moi, le bonheur et la fierté de connaître le rôle que j’ai joué dans la vie et dans l’éducation de mon fils ainsi que de lui avoir permis d’avancer sur le chemin de la vie.  Je sais que j’ai enseigné à mon fils la détermination, la patience et le travail sur soi.  Je lui ai également démontré l’importance d’être fier de tout ce que l’on entreprend ainsi que de faire de son mieux.  De même qu’un échec n’est jamais que négatif s’il nous permet d’apprendre de nos erreurs.

 

Maintenant âgé de seize ans, il entrevoit ses études professionnelles et son avenir avec sérieux et optimisme.  Bientôt cet adolescent entreprendra le premier pas de sa vie d’adulte en avançant sur le chemin qui lui est propre et qui l’amènera à découvrir cette grande aventure que sera sa vie. 

 

Et pour ma part, une nouvelle vie, une nouvelle aventure s’annonce pour moi;  je me retrouverai seule sur mon chemin avec la possibilité de découvrir qui je suis devenue.  Après avoir consacrée toutes ces années à mon fils, à nous, je réapprendrai ma vie.  Je suis prête à déployer mes ailes et à m’envoler vers de nouveaux défis, à prendre la place qui me revient et à ouvrir mon cœur à l’amitié et à l’amour.  Le livre de ma vie s’ouvre maintenant sur un nouveau chapitre de mon histoire.  Et l’aventure continue…

 

Texte de Nathalie Lussier, Duhnam

Publié, le 1er novembre 2016

Les adorables fofolles

 

 

Après deux à trois jours de négociation intense, car nous sommes six personnes avec des personnalités bien assises, et c’est très bien ainsi, nous arrivons enfin à nous entendre sur une sortie !

Comme le dit la chanson : « Le temps est beau, la route est belle.. », nous partons donc, toutes les six tôt le matin, munies de nos jolies petites sandales et de nos petites robes d’excursion !

De vraies adolescentes !

Aventure oblige, nous prenons l’autobus public ! Un dollar !

Nous transitons donc avec les « locaux » ! Un jeune homme joue de la guitare dans le bus, un air sud-américain, bien sûr ! L’atmosphère est dosé juste à point. Tout concorde : le soleil, la chaleur, la bonne humeur, l’amitié et les rires nous accompagnent de façon grandiose.

Les étoiles sont bien alignées. Nous allons avoir une journée fantastique.

Rendues à Puerto Morelos, nous descendons du bus, traversons la rue et entrons dans une petite boutique sur le bord de la lagune pour aller faire valider notre billet.

Petite attente, quelques photos et notre bateau surgit inopinément !

C’est l’embarquement… Nous allons toutes nous asseoir, sans même nous consulter, à la proue du navire,  à l’extérieur.

La demi-heure que dure la traversée jusqu’à l’île, m’est des plus agréable. Je me sens bien, très heureuse et encore une fois… privilégiée ! Je dis merci à la vie qui me permet d’être en forme et de pouvoir goûter encore à tous ces plaisirs !

Lorsque nous arrivons à destination, c’est le branlebas de combat ! Il y a foule et chacun trépigne d’impatience ! Il y a des familles, des jeunes dans la mi- vingtaine, des couples et …nous six !

Mais l’activité est très bien organisée. Nous prenons place dans la file afin d’aller mettre  notre maillot et laisser nos vêtements dans un casier. On nous remet ensuite une ceinture de sauvetage que l’on enfile avec multiples exclamations ! C’est la coutume dans notre groupe. Rien ne se passe avec inertie ! Le moindre événement mérite un sursaut d’émotions, parfois même des acclamations joyeuses et explosives, mais presque toujours des rires et des fous-rires communicatifs !

Et j’adore ça !!!

Et nous voilà, telle des petites filles bien sages, nous dirigeant en file indienne sur le quai. Et c’est là que nous les apercevons…

Les charmants, les fabuleux dauphins… !!!

Dans quelques minutes, nous allons faire plus ample connaissance avec eux. Nous allons nous en approcher. Nous allons même les chevaucher ! J’y crois à peine.

Nous descendons maintenant dans un large bassin, délimité par des quais et des bouées afin qu’il n’y ait pas trop de vagues. Ici, l’eau est assez froide et cela nous surprend !

L’eau de la mer, près de notre hôtel était très chaude !

L’une de nous six tremble tellement qu’elle a peine à articuler quelques mots. Je sais que ce n’est pas seulement la température de l’eau qui la fait tressaillir de la sorte, mais plutôt la peur ! Et je la trouve très, très courageuse d’affronter ainsi ses démons !

L’animateur nous démontre ce que nous allons vivre dans quelques minutes et nous fait pratiquer quelques manœuvres avec notre petite planche en styromousse.

Notre corps s‘acclimate tout doucement à la température de l’eau ambiante et le plaisir revient. Car, je dois dire, qu’en sautant dans l’eau, nos sourires se sont estompés quelque peu ! Certaines parmi nous sont plus braves que d’autres.

Pour ma part, j’essaye de faire bonne figure mais je dois dire que j’appréhende mon escapade et j’espère de tout coeur que mon dauphin sera  des plus « compréhensif » !!!

La peur, je la sens, est tout près ! Mais l’aventure c’est l’aventure, comme on dit et, surtout devant les copines : « The show must go on ! » Comme l’orgueil nous amène parfois à nous dépasser et nous porte à accomplir des choses dont on se pensait incapable!

C’est merveilleux ! J’ai l’impression que c’est une autre qui est à ma place ! Fantastique!

 

C’est finalement rendu à nous. J’observe chacune de mes copines qui agrippent, tour à tour, la nageoire du dauphin en criant très fort !

Leur figure exprime tantôt le plaisir, tantôt l’étonnement. Mais, toutes reviennent sur la petite plate-forme en métal où nous attendons notre tour, le visage empreint de joie et de satisfaction !

Je suis la quatrième et… c’est « déjà »mon tour !

Lorsque le dauphin s’approche de moi, je n’ai plus peur. J’ai même hâte ! J’ai l’impression d’avoir à nouveau vingt ans ! Il est presque aussi gros que moi ! Sa peau est très douce et très agréable au toucher.

Il se laisse faire et je l’attrape avec frénésie. Je suis toute collée à son dos et, chose bizarre, je me sens comme en sécurité. Il sait très bien ce qu’il fait. Il est très bien entraîné.

Il me transporte de l’autre côté du bassin pas  trop rapidement, ce qui me laisse le temps de réaliser ce que je suis en train de vivre et aussi, d’entendre crier tout au loin, mes cinq fofolles d’amies !

Le dauphin se dégage. Je me retrouve tout-à-coup seule de l’autre côté du bassin, près des bouées. Mes amies m’apparaissent soudain toutes petites et je me sens très vulnérable. Je ne suis pas du tout une très bonne nageuse et c’est une chance qu’il y ait eu auparavant cette répétition ! C’est à mon tour de sentir poindre au plus profond de moi-même un léger tressaillement. Serait-ce la peur qui m’assaille soudainement ?

Mais, je me reprends juste à temps, en attrapant ma planche. Tout se passe maintenant très rapidement ! Je sens qu’il est derrière moi. Il nage en faisant de grands cercles. Je l’ai vu faire auparavant quand c’était le tour des autres ! Il se prépare à prendre son élan ! Je tiens ma petite planche avec ferveur et tellement fort que j’ai l’impression qu’elle va se craquer en mille morceaux ! L’animateur nous a bien dit de ne pas bouger rendue là et, de se laisser faire. Le dauphin fait le reste !

Et comment !!! Je le sens subitement se glisser sous moi. J’ai la moitié du corps hors de l’eau en appuie sur ma petite planche ! Je ris tellement fort que ce ne sont que des cris que j’entends sortir de ma bouche ! C’est un plaisir si grand qu’il me fait vivre des sensations indescriptibles ! Un immense poisson qui me prend en charge ! Incroyable !

Je sens les vagues qui se frappent fortement sur mes cuisses et nous filons maintenant à toute vitesse, mon charmant dauphin et moi ! Mais, la chevauchée est trop courte et se termine hélas trop rapidement. J’ai déjà rejoint mes amies et je me sens étourdie de plaisir, remplie d’une émotion que je n’ai jamais ressentie auparavant et dieu sais si j’en ai vécu des aventures dans ma vie!

Nous revenons toutes sur le quai, un peu vacillantes mais réjouies au plus haut point !

Il faut dire que pour des petites vieilles comme nous, pour certaines d’entre elles  frôlant la soixantaine et en ce qui me concerne, déjà bien installée dans cette décennie avec mes soixante deux ans bien sonnant, notre épopée mérite bien le nom de grande aventure !!!! 

Texte de Francyne Lalonde, Montréal (Ile Bizard)

Publié le 15 déc. 2016

Ouf! Quelle aventure

 

Nous sommes vendredi le 5 janvier. Le téléphone sonne, c’est André, mon frère.

- Salut, Eugène, es-tu libre dans les prochains jours?

- Pourquoi?

- Je dois aller à Winnipeg.

- Qu’est-ce que tu veux aller faire là? Les oiseaux ne volent même pas jusque là.

- J’ai acheté deux chiens toujours la même race, Cavalier King Charles et je dois aller les chercher.

- Oui! Tu ne peux pas en acheter au Québec?

- Tu sais que les chiens pour l’élevage sont très rares.

- Oui, mais Winnipeg, ce n’est pas à la porte.

- Ok, je te rappelle, les négos ne sont pas encore finies avec mon contact.

 

Je raccroche et discute avec Mimi, ma conjointe. Je lui raconte le projet de mon frère André. Elle me répond :

- Six chiens, ça va lui faire tout un élevage! 

- Oh! Que oui!

Deux jours plus tard, ça y est, les négos sont terminées. Nous nous fixons un rendez-vous de départ. « C’est samedi le 9 janvier », me dit André.

 

C’est alors le commencement d’une aventure de 2350 km. Durant les premières heures, tout va bien et les kilomètres s’accumulent;  le dialogue est concentré sur les chiens et l’itinéraire.

Nous nous arrêtons dans une petite ville pour manger. Une ville si petite que sur le même panneau, on peut y lire les inscriptions : « Bienvenue » et « au revoir ». Bien installés sur la banquette du seul restaurant du village, nous remarquons

que même au milieu de l’Ontario, les gens autour de nous parlent français.

À ce moment-là, nous sommes environ à 4 heures de Sault-Sainte-Marie.

 

Nous échangeons avec la serveuse qui nous avise que la météo sera mauvaise, on annonce de la neige et du grésil.

Notre repas terminé, nous continuons d’accumuler les kilomètres et nous arrivons finalement à Sault-Sainte-Marie. Dix heures de route, c’est assez pour la première journée. Nous trouvons un motel et nous nous y installons confortablement pour la nuit.

 

À 7 heures, nous nous levons et faisons un saut au restaurant préféré de mon frère : le Tim Horton. Le propriétaire du motel nous avait bien spécifié que les dernières stations-service se trouvaient à Wawa. C’est ce que nous faisons et nous en profitons aussi pour faire le plein de super café. Nous figurons rouler pendant 16 heures, nous arrêter pour dormir et nous serons alors à 4 heures à Winnipeg. Ce qui nous donnera la possibilité d’être à notre rendez-vous chez le vétérinaire, le lundi à midi, où nous allons chercher les chiens et les faire examiner du même coup.

Je regarde mon frère et lui fais part qu’il pourrait se faire examiner en même temps que les chiens.

« Très drôle! »

Je lui dis : « Merci, ça m’arrive! »

 

Il y a environ 2 heures, que nous sommes partis de Wawa. Je fais remarquer à André que nous n’avons reçu aucun appel téléphonique depuis un bon bout de temps. Nous faisons les vérifications et effectivement, aucune onde n’est disponible dans ce secteur éloigné. Il n’y a qu’arbres, neige et la route.

 

Au loin, on aperçoit un village, Nipigon, au milieu du désert.

Hop! Que ce passe-t-il?

À un kilomètre du pont, il y a une congestion de véhicule. Bien assis dans l’auto, nous attendons. Après 30 minutes, je décide d’aller voir ce qui se passe. Je mets manteau, tuque, foulard, et bottes et je me mets à marcher vers le pont.

Les gens sont sortis de leur véhicule et discutent. Je m’approche et leur demande ce qui se passe. Ils me répondent que le pont est sorti de ses ancrages. Il est soulevé de 2 pieds. Une auto-patrouille arrive sur les lieux et je m’adresse au policier. Il me confirme que personne ne peut passer sur ce pont. Les réparations peuvent durer entre 24 heures et 3 semaines…

C’est difficile à confirmer.

Catastrophe, nous sommes à 11 heures de Winnipeg.

Je demande au policier s’il y a une autre route que nous pouvons emprunter.

- Non. 

- Il s’agit de la seule route disponible?

- C’est bien cela.

- Si je comprends bien, c’est la seule route qui traverse cette rivière?

  Le Canada est donc coupé en deux?

- Yes!

 

Je le regarde droit dans les yeux et lui dit avec mon petit sourire en coin :

- Ça y est, le Québec et l’Ontario ont décidé en même temps de se séparer du reste du Canada.

J’ai rarement entendu un rire comme celui-là. Il me répond : « Pas une autre comme celle-là, sinon, je t’embarque comme terroriste. »

 

Nous nous sommes laissés comme cela, avec un beau sourire. Mais le problème n’est pas réglé pour nous. Nous sommes toujours très loin de Winnipeg. De retour au véhicule, je dis à André que nous avons un gros problème.

- Il n’y a plus de pont! C’est un attentat!

- Tu me niaises! me répond André.

- Oui! Mais on a plus de pont. Regarde, l’OPP * va passer à chaque véhicule pour les avertir, qu’est-ce qu’on fait?

 

On a fait 1500 km et on est à 11 heures de Winnipeg. On retourne à Wawa, ça n’a pas d’allure. Si on retourne là-bas, il va être environ 20 heures. On va coucher là et on avisera parce qu’ici, on n’a pas d’ondes téléphoniques. Le temps de s’installer dans la chambre, nous ouvrons la télé pour les nouvelles. Entre-temps, le pont est rouvert aux piétons.

 

Ok, plan B. André, au téléphone demande au vendeur des chiens : « Est-ce que c’est possible pour toi de te déplacer jusqu’au village de Nipigon? Nous pourrions y faire l’échange. »

Texto à 2 heures du matin : OK, c’est possible.

Mon frère et moi sommes debout à 7 heures.

Déjà sorti de la douche, bonne nouvelle, le pont est à nouveau accessible; mais seulement sur une voie. On retourne à Nipigon.

Quatre heures dans le désert, mais cette fois-ci, on a une grosse réserve de café.

Quatre-cents kilomètres plus loin, on arrive à Nipigon. Nous voyons encore le fameux pont, nous attendons notre tour. Nous roulons à base vitesse, 10 km/heure, nous sortons notre téléphone et prenons des photos à profusion.

 

« Wow ! Quelle technique, les ingénieurs ont trouvé une méthode pour baisser le pont. Ils ont empilé des séparateurs de route en ciment pour le poids. Nous comptons 40 blocs.

Nous sommes passés. Kevin, le vendeur des chiens, nous recontacte et demande si c’est possible de faire l’échange à Thunder Bay.

C’est parfait, enfin notre rendez-vous est là. Notre rendez-vous a eu lieu une journée plus tard.

 

Après notre transaction, nous repartons en direction du Québec et nous sommes heureux que le Canada soit de nouveau réuni. On arrête à Sault-Sainte-Marie avec nos deux recrus. C’est dodo.

Première nuit avec les deux chiens, tout va bien. Debout à 7 heures, direction Rawdon.

Le voyage de retour s’est passé sans anicroche et même un peu plate : il n’y a plus de pont suspendu à traverser…

Les chiens sont arrivés à destination.

 

Après 5 jours, je suis à la maison avec des images exceptionnelles dans la tête et beaucoup d’histoires à raconter.

 

 

 

*OPP (Police provinciale de l’Ontario)

 

Texte de Eugène Roussel, Rawdon

Publier le 15 janv. 2017

                                                           Bal des finissants

 


Pour souligner la fin des ateliers, tous avaient été conviés au majestueux ¨Château de l’Île des Moulins¨ pour la plus invraisemblable des réceptions, ¨ Le Bal des Légumes! ¨

L’action se passe dans la magnifique cour arrière de ce somptueux bâtiment. Je suis aux premières loges et je vous relate une partie de cette étonnante garden-party.
Certains participants sont tout en élégance tandis que d'autres, plus excentriques, nous font réaliser qu’une telle fête se veut insolite, voire même éclatée.
Monsieur Avocat est le premier arrivé sur les lieux. Ayant revêtu sa queue-de-pie et portant son haut de forme, il vient y faire son frais. Il apparaît en limousine, chauffeur privé bien entendu, accompagné de la diva Endive, endimanchée de fines soies et une voilette arc-en-ciel garnie ces cheveux afin de jeter de la poudre aux yeux à toute la colonie.
Puis, vint Artichaut le gringalet, endossant son plus beau costume-cravate au volant d’un éblouissant cabriolet. Il n’y voit que du feu, car il donne le bras à Asperge Blanche élégamment enrubannée de ses plus beaux atours et voilée d’une vaporeuse mousseline.
Asperge Verte arrive à son tour parée d’un fourreau noir en cuir et d’un haut à pois rehaussé d’un ceinturon garnissant sa taille de guêpe. Elle se présente en compagnie de son ami de longue date, le plus beau des petits choux, Bruxelles. Fidèle à lui même dans sa tenue vestimentaire, car il est toujours en sobriété. Tous les deux chaussés de leurs bottes de sept lieues se déplacent en bécane, car ils ont l’esprit d’aventure. Lui, il se mire dans les yeux de cette belle depuis longtemps et essaie de gagner son cœur par tous les moyens.
Ail! Ail! Ail! Quelle ne fut pas la surprise de voir débarquer de leur rutilante Packard, Échalote vêtue d’une verte tunique princesse marquant sa fine silhouette recouverte d’une écharpe écrue et escortée par la ravissante Betterave dans une splendide longue robe satinée et drapée de couleur cardinale.
Voici donc que Cubanelle et Pleurote se manifestent à leur tour dans leurs habits de tous les jours. Ils sont venus à pied et ils avaient enfilé une gabardine juste au cas où dame nature aurait préparé un mauvais coup, car pour eux, l’habit ne fait pas le moine.
Un autre bien nanti, Haricot Vert qui voyage dans l’éblouissant taxi de Monsieur Maïs arrive
costumé d’une redingote à doubles boutonnières et d’un pantalon rayé. Il est en compagnie de la toute discrète Zucchini habillée d’un tailleur en toile opaline et coiffée d’une gracieuse capeline à l'Élizabeth de couleur paon.
La très timide Aubergine fringuée d’une simple petite laine se tient dans le cadre de la porte pergola ne voulant pas être trop à la vue. Tentera-t-elle un rapprochement avec Chou-fleur ou Brocoli?  Elle se camoufle entre les deux afin de ne pas être trop dans la mire, car son imagination lui laisse croire que souvent elle sert de second violon.
Devant la présence impromptue d’Oignon, des larmes se mettent à couler sur les joues de Carotte et Panais qui se faisaient de la bille sur le sort de leur cousin Navet. Ils ne l’avaient pas encore vu rôder aux alentours et pourtant, il les avait bien dépassés sur la route conduisant sa vieille bagnole qui semblait tousser à rendre l’âme. Tous étonnés et ravis de son arrivée en grande pompe, entonnèrent :
¨ Tous les légumes au clair de lune…¨ Ils étaient vachement contents de voir que tout allait diablement mieux, car ce cousin racine finissait une fâcheuse maladie appelée, ¨ tavelure ¨.


C’est maintenant l’arrivée de Miss Boston en Cadillac cuivrée avec son chauffeur personnel, toilettée de velours et de taffetas. Et curieux hasard, voilà qu’au même moment se pointe Salsifis dans son attirail des jours de fête, se trémoussant à qui mieux-mieux tentant de séduire la belle à tout prix, même qu’il est fin prêt à mettre le paquet bien décider à la charmer.
Salade, Épinard, Tomate, Concombre, de même que Céleri, Champignons, Pois Vert et Radis, tous sur leur trente-six, arrivent par autobus, car ils ont un but ultime. S’amuser, fêter, danser, boire un coup et profiter de cette magnifique réjouissance et par la suite, rentrer en toute sécurité.
Passant par-là en clopinant, car ils demeurent dans les environs, Persil et Ciboulette un peu indécis ne se sentant pas tout à fait de la famille, mais ébahis de voir tout ce monde surprenant, font un arrêt et décident de se mêler à cette légumineuse en effervescence.
Le DJ Topinambour avait ouvert le bal et sans plus tarder tous s’étaient mis à swigner la compagnie et en peu de temps le diable était dans la cabane.


Invité à la fête, le directeur Poireau, paré de son smoking garni d’un nœud papillon et accompagné de son adjointe Pomme de Terre, complètement enveloppée de sa singulière robe des champs taupe, s’évertuaient d’être bons joueurs tout en se gardant une certaine réserve, car leur position exemplaire ne leur permettait pas un laisser-aller avec cette populace en état d’ébullition mirifique et d'amusements folichons. Ils semblaient guetter le moment opportun pour s’éclipser en douce.


 Ciel qui n’en pouvait plus de se retenir se mit à se dandiner. Les Nuages pour leur part titubaient de long en large avec les yeux pleins d’eau devant le Soleil qui se pavanait en se trémoussant. Le Vent se mit de la partie décrochant une rafale sablonneuse et pour en finir, l’apparition de Dame Lune en plein jour entourée de millier d’Étoiles sautillantes causa toute une frénésie et fit dire aux fêtards qui étaient tous morts de rire : ça, c'est ce qu'on appelle rire aux larmes!

Cet époustouflant rassemblement fut mémorable et la soirée unique en son genre, car à la fois ludique, bizarre, et magique!


J'aimerais bien vous faire croire qu'à la fin de cette incroyable réception mondaine dans ce splendide jardin, chacun, chacune reprendront leur vie comme au temps d'avant. Mais non, détrompez-vous. Il s'avère bien évident qu’un jour ou l’autre, toutes ces savoureuses et tous ces succulents que nous aimons tous infiniment, finiront bon gré mal gré en hors-d’œuvre, salade, potage, bouilli, purée, en accompagnement, voire même en conserves et pourquoi pas en dessert?                                                                                                              

 

 

Texte: Suzanne Coulombe, Terrebonne

Publié le 1er février 2017

Le monde est petit finalement.

1er juillet 2010. Il grêle, il y a du verglas partout. Il est seulement 16 : 30, mais déjà les premiers signes du crépuscule apparaissent. Je suis seule avec ma petite voiture louée depuis à peine trois heures. Celle-ci est uniquement chaussée de pneus quatre saisons, et ce à des milliers de kilomètres de chez moi. Pour ajouter à la difficulté, ici la conduite est à droite. Tout un changement de coordination pour le cerveau. Je vous laisse imaginer.

Non, le diable n’est pas aux vaches, le diable est en Tasmanie où je suis. La Tasmanie est une province insulaire au sud du continent australien et en ce moment, c’est l’hiver et je m’apprête à entrer dans un parc national où peu de touristes le fréquentent à cette période de l’année. Moi et mes idées d’aventure, je n’en demandais pas tant.

Je roule prudemment. Par chance, je suis à peu près seule sur ce trajet ressemblant à aller de La Tuque aux Lac St-Jean, pour ceux qui connaissent. La nature sauvage à l’état pur. Tout ça, parce que j’ai lu sur un blogue, que dans cette réserve faunique, les kangourous y habitent librement. La chance unique d’observer des kangourous comme ici on voit des ravages de chevreuils. Avouez que l’aventure est tentante. Bref, au détour d’une courbe, un habitué de la place avec son VUS décide de doubler la touriste roulant péniblement à 60 km/heure.

Je l’aperçois à la dernière minute... sur ma droite. La panique me prend et j’applique trop fortement les freins. Malheur, me voilà qui valse allégrement. Je termine mon chant du cygne dans l’accotement avec deux roues en équilibre sur un mini ravin d’un côté dans du sable-verglas mou de l’autre. L’imbécile qui a provoqué ma déroute... continue sa route en me laissant seule au milieu de nulle part dans la noirceur totale.

Premier réflexe, appeler du secours, mais il n’y a aucune réception... déception. OK, j’ai le choix de peu ou ne pas bouger pour ne pas basculer. Cependant si, et bien si, quelqu’un passe, me verra-t-il? That’s the question? comme disent les Anglais. Les idées se bousculent dans ma tête. Quoi faire? Je décide de sortir de l’auto délicatement pour éviter sa chute côté ravin. Une fois à l’extérieur, impossible de revenir à la voiture, sa situation gravitationnelle s’avérant trop précaire.

Et me voilà dehors, morte de peur à entendre tous les bruits de la nature qui lorsque l’humain se tait ou va se coucher, eux se réveillent. Évidemment, ma folle du logis amplifie tous les sons. Mon cerveau répète en boucle : « Ici au moins, il n’y a pas d’ours, de renard ou autre bête qui aimeraient bien m’avoir pour leur souper. Non, ici il n’y a que de gentils kangourous, des diables de Tasmanie (criards, mais inoffensifs en soi, mangeur de charogne, pas d’humains vivants!) »

Une heure s’écoule. Il fait de plus en plus froid, j’ai faim. Je viens de descendre au plus bas de la pyramide de Maslow. Aucune voiture n’est passée pendant tout ce temps. Finalement, je crois apercevoir une lueur. Je me précipite au beau milieu de la route et gesticule avec de grands signes avec mes bras, tout en sautillant. Avec du recul, c’était complètement idiot et dangereux. Mais qui a dit que le désespoir faisait bon ménage avec l’intelligence?

Un gentil couple s’arrête. Le monsieur regarde la position de ma voiture et tente de trouver une solution. Son verdict tombe comme un couperet.

- Rien à faire darling, cela prendra une remorqueuse.

Ils m’expliquent résider à Darwin au nord de l’Australie, là où il fait chaud. Comprenez qu’ici tout est inversé.

Pour nous, la Floride se situe au sud, pour eux, c’est au nord que le climat est tropical! Bref, ils fêtent leurs 30 ans de mariage et rêvaient depuis toujours de connaitre le froid. Ils ont donc réservé dans une auberge dans le parc à environ cinquante kilomètres d’ici. En entendant le nom, je réalise qu’ils sont à moins d’un kilomètre d’où j’ai loué une petite cabine dans un camping... fermé l’hiver.

Ils m’offrent gentiment de m’accompagner jusqu’à l’auberge. Le monsieur, Tom, me recommande fortement de ne rien prendre dans l’auto pour éviter qu’elle bascule. Au diable la brosse à dents, le pyjama et le reste. J’ai mon sac à main, mon téléphone, l’essentiel quoi!

J’arrive à l’auberge. Ici, je vous épargne toutes les démarches (car on est le soir) pour rejoindre la compagnie de location et trouver une remorqueuse. On passera me dépanner demain. Demain quand? La réponse me plonge en plein découragement, si c’est possible de l’être plus. : « Lorsque le soleil aura fait fondre le verglas » m’annonce-t-on. Je n’ai plus vraiment envie de ma petite cabine au camping. Malheureusement, l’auberge annonce complet, puisqu’un congrès, s’y tient. Ce sera le directeur général de l’auberge qui viendra me reconduire.

Il me laisse à l’entrée du camping, où sans surprise la réception est fermée. La chance me sourit cependant. Une enveloppe à mon nom m’attend avec un set de clés et un plan du site et d’autres informations. Je remercie mon bienfaiteur et part courageusement dans le noir total puisque ma lampe frontale est évidemment, restée dans l’auto.

Je trouve finalement la minuscule cabine munie de chauffage, de bons draps et couvertures. Malgré la peur et la profonde solitude, je m’endors de fatigue. Au matin, en ouvrant la porte des dizaines de wallabies se dressent devant moi. Les wallabies sont d’ADORABLES petits kangourous. Je suis comblée.

Je décide d’explorer les alentours. À moins de 500 mètres, je découvre l’entrée de la réserve faunique. Il y a là le poste d’accueil, un petit resto et une boutique. Le niveau de stress diminue, je me sens presque chez moi dans une SÉPAQ.

La serveuse remarque mon accent et me demande d’où je viens. J’ai l’habitude en voyage. Il faut toujours commencer large alors j’énumère : « Canada, Québec. Montréal » Elle répond : Montréal?

   -  Oui, Montréal...

   -  J’en reviens.

   -  Pardon?

   -  Oui, oui, je me suis fait un amoureux par Internet à Montréal. J’arrive de 6 mois là-bas et j’y retourne dès que je peux, nous allons nous fiancer.

   -  Où à Montréal?

   -  Anjou.

   -  Où à Anjou?

Elle me dit l’endroit, c’est à 3 rues de chez mon frère. Je crois rêver. J’ai envie de me pincer. Jennifer (c’est son nom) m’énumère tout ce qu’elle a fait, visité, aimé au Québec et sa volonté de s’y établir. Je bois ses paroles réconfortantes qui me font oublier mon infortune.

Je prends un copieux déjeuner et demande d’emprunter le téléphone. Je veux vérifier où en est la remorqueuse et l’on m’informe : « Pas avant le début de l’après-midi ». J’en suis quitte pour boire une tonne de café et converser avec Jennifer.

La remorqueuse arrive enfin et nous nous rendons là, où j’ai laissé l’auto. J’avoue qu’en plein jour, c’est impressionnant de la voir ainsi en équilibre précaire. Je me trouve chanceuse qu’elle n’ait pas basculé. Il sort la voiture de sa fâcheuse position, mais refuse que je la conduise sans qu’elle ait été inspectée. Il craint que le dessous ait été endommagé. Puis, voilà qu’en direction du garage, ce chauffeur à l’accent indescriptible (je sais qu’il parle anglais par contre) me déclare :

   - The Queen’s dead.

   - What? Et je me dis dans ma tête : « Quoi, la reine est morte? ». Non pas que j’ai un attachement très fort pour Sa Majesté, mais elle tapisse tout de même notre paysage culturel. J’ai été coupée pendant à peine 24 heures de toutes civilisations et communications et c’est le moment qu’elle choisit pour lever les pattes.

Tout de même!

Et il me répète : « Yah, Queen’s dead ».

Il doit trouver que je fais un drôle de faciès et devant mon visage ahuri soupçonne peut- être que j’ai un lien de parenté avec ladite dame. Puis, il continue à baragouiner je ne sais quoi. Mon cerveau parvient à déchiffrer quelques bribes.

Je finis par comprendre, que non, la reine n’est pas morte. Sachant que j’étais Canadienne il a associé le 1er juillet (fête du Canada), non pas au décès de la reine (dead), mais au jour de la Reine (Queen’s day). L’accent Australien doublé à celui de la Tasmanie ressemble à du Gaspésien doublé de celui du Saguenay en anglais. Je vous laisse imaginer.

Je m’esclaffe et lui explique mon quiproquo. À son tour de me faire un air à la Obélix signifiant: ils sont fous ces Canadiens comme Obélix disait: «Ils sont fous ces Romains ».

Ouf... quelle aventure! 

Texte Florence Hally, Rawdon

Publier le 13 février 2017

Bozo le clown

 

« Quel jour sommes-nous? », demande Bozo le clown.

« Depuis mon arrivée dans cette maison, je ne sais plus quel jour de la semaine nous sommes.  Elles sont toutes interminables, ces journées sans couleur. 

Le seul jour que je reconnaisse est le lundi – jour de branle-bas. 

D’abord, on vient changer mon lit!  M’en extirper relève de trapèzes de cirque: le préposé m’assoit sur une balançoire, puis me soulève en l’air – montée périlleuse, s’il en est une: la balançoire tangue, tantôt à droite, tantôt à gauche, pour enfin me déposer, tant bien que mal, sur mon fauteuil roulant, qui m’attend.

Ensuite, on dirige mon fauteuil vers la piscine intérieure – grand bain – où j’ai encore droit à un tour de trapèze, pour m’asseoir dans la chaise, qui sera descendue dans le bain.  Le préposé me tend le savon pour me laver, sans oublier le champoing pour mes cheveux gris.  La remontée par trapèze suit et le préposé m’aide à me sécher, avant de m’installer dans mon fauteuil roulant et de me ramener dans mon lit. 

 

J’ai beau faire toutes les grimaces de mon répertoire, mon auditoire ne rit pas une fois!  Les enfants riaient beaucoup de mes grimaces, de mes pirouettes, de mes culbutes dans la pataugeoire, par exemple.  Les enfants ne rient plus – ils ne sont même plus là.

Mes enfants viennent me voir régulièrement, mais leurs visites sont toujours de courte durée,  faute de temps, et durant la visite, ils consultent leur montre deux à trois fois! 

 

Depuis que je n’ai plus l’usage de mes jambes, il n’y a plus de pirouettes ou d’enjambées fantaisistes.  Le clown est à la retraite! ».

 

Une fois bien installé dans son lit, il est difficile pour Bozo d’oublier ce temps, pas encore très lointain, où il pouvait encore faire lui-même sa toilette, quotidiennement. 

 

Personne ne s’aperçoit que Bozo le clown pleure!!!

Texte de Claire Samson Vallyfield

Publié, 1er mars 2017

Ouf, quelle aventure!

 

Moi qui rêvais de devenir journaliste! Me voici en poste au journal local La Gazette de Maniwaki.

Pour réaliser mon rêve, il a fallu m’exiler en Vallée-de-la-Gatineau, puisque je suis native et résidente de la région métropolitaine de l’Outaouais. Qu’à cela ne tienne! Je suis encore jeune et nulle attache ne peut brimer ma liberté! J’ai donc tôt fait de louer un petit appartement installé au sous-sol d’une maison, où logent, au rez-de-chaussée, un papa et ses deux enfants.

 

Le premier ministre québécois de l’époque, Robert Bourassa, vient présenter son petit boniment. Il faut dire que la ville de Maniwaki a connu ses heures de gloire lorsque l’industrie du bois battait encore son plein.

Aujourd’hui, on espère retrouver cette manne d’autrefois, mais l’avenir semble plutôt sombre.

Finalement, Maniwaki, un mot algonquin signifiant « terre de Marie », conservera son statut de vile en devenant le siège des principaux services offerts en cette région.

 

Drôle de coïncidence; alors que je fais mes premières armes à Maniwaki en tant que journaliste, maman Claudette a fait les siennes à titre d’enseignante. Elle s’y est mariée, le 27 décembre 1958.

Mais, venons-en au fait. Que s’est-il produit ce soir-là alors que je réside à Maniwaki et y œuvre à titre de journaliste depuis déjà quelques mois? Il faut dire que je travaille une centaine d’heures par semaine et que je ne sais pas encore qu’un tel train de vie ne me convient pas.

Ce soir-là donc, je rentre chez moi. Je suis certainement fatiguée, mais l’adrénaline m’empêche de relaxer. Je décide donc d’aller faire un tour de voiture pour m’aider à tout oublier.

Je saute dans ma Mazda 323, ma première bagnole. Je démarre et mets la musique à fond. Je pars et emprunte une route que je ne connais pas et qui serpente dans la campagne environnante. Il fait noir et tout repose en paix. C’est justement de cela dont j’ai besoin : un sentiment de liberté et la parfaite tranquillité. Il N’y a que ma voiture qui fait du bruit.

Tout à coup, la route bifurque à 90 degrés. À cause de la noirceur, je ne vois pas ce virage abrupt. Pour la première fois de ma vie, et la dernière, j’espère; je perds totalement le contrôle de mon véhicule.

Celui-ci zigzague sur le cordon d’asphalte. Tout va très vite. Je ne peux rien arrêter.

 Je n’arrive pas à reprendre le contrôle de ma voiture qui soudain pique du nez dans le fossé.

Là, tout s’arrête. Moi-même, je ne bouge plus. Le choc de l’impact m’a engourdie. Tranquillement, je reviens à la surface du monde réel. Je comprends que je viens de vivre un accident.

Je tâte mon visage et découvre que mes lunettes n’y sont plus. Je dois les dénicher, car sans elles, je ne vois vraiment pas grand-chose. Je ne pourrais même pas retrouver ma route!

Dieu merci, je récupère rapidement mes verres. À ce moment-là, je prends le temps de constater que je suis dans la voiture, dans le fossé. Dieu merci, encore une fois, je ne montre aucun signe de saignement. Aucune blessure, pas même une égratignure!

 

Je sais qu’il me faut sortir de la voiture et obtenir de l’aide! Je quitte donc le véhicule en charpie, en passant par la fenêtre du conducteur, car la voiture est tombée sur le côté du passager. Je me retrouve debout sur l’asphalte. Il fait noir et nous sommes en pleine campagne. Inutile de préciser que le nombre de maisons est fort limité!

 

Mais devant moi, il y en a une. Sans perdre une seconde, je me dirige vers celle-ci en espérant y trouver de gentils habitants. Parvenue à la maison, je frappe à la porte de côté. Un couple, visiblement inquiet, accepte de m’ouvrir après quelques minutes d’hésitation.

Lorsqu’ils reconnaissent enfin la petite journaliste de « la Gazette », l’inquiétude

quitte leurs visages et se transforme en confiance mutuelle. Je leur raconte ce qui m’est arrivé. Ils se font rassurants et appellent la dépanneuse qui sortira ma voiture de ce bourbier.

On me demande, puisque celle-ci fonctionne encore, de ramener moi-même ma voiture chez moi. Cela exige beaucoup de courage de ma part, mais je réussis. J’ai une bonne voiture et certainement, un excellent ange gardien.

 

En effet, la voiture a encaissé toutes les conséquences de l’accident. De plus, j’ai évité, et de peu, un immense tuyau de ciment. Ma voiture ayant dérapé juste avant de percuter ce mastodonte des temps modernes. Ouf, je l’ai échappé belle!

Je me souviendrai longtemps de cette mésaventure!

D’autant plus que j’ai le loisir de me pavaner dans les rues de la petite ville de Maniwaki dans la décapotable rouge du propriétaire du seul concessionnaire Mazda de la région!

Texte de madame Rachel Bergeron, Gatineau

Publier le 17 mars 2017

Ouf, quelle aventure… eh ! oui, toute une aventure !

 

En l973 mes parents fêtent, tous deux 70 ans, au mois d’avril.

Je demeure à Montréal tandis qu’ils vivent dans notre petit village des Préalpes suisses. Que pourrais-je bien leur offrir, 70 ans c’est un anniversaire important. En fait, ils n’ont besoin de rien et vivent paisiblement dans leur maison, entourés de quelques bons amis. Parfois même, ils reçoivent mes amis d’antan qui vont leur dire un petit bonjour, histoire de me remplacer un brin, ce qui me touche. Et lorsque je les remercie, ils me disent : « Mais tu sais, on y va pour se faire du bien, ils sont tellement sympathiques ».

Je me creuse la tête, des semaines durant, mais aucune idée géniale ne fait surface. Et ma sœur ne sait trop que me conseiller, elle-même embarrassée par un choix à faire. Finalement la lumière jaillit : ce sera moi, le cadeau ! Je décide de me déclarer malade à mon travail, pour une semaine en avril. De connivence avec ma sœur, nous choisissons de ne pas révéler mon plan à nos parents. Nous prétextons qu’un ami du Québec va passer leur dire bonjour de ma part, et leur apporter un petit cadeau d’anniversaire. Il va arriver lundi, le 8 avril, au train de l7h30. Il faudra aller le chercher à la gare, car il ne connaît pas le chemin pour se rendre à la maison. Mes parents questionnent ma sœur, à savoir ce qu’il faudra préparer à manger pour cet invité. Élaine leur fait quelques suggestions de mes mets préférés. « Vient-il juste pour un soir ou va-t-il rester quelques jours ? ».  Et Élaine leur suggère de réserver la semaine complète, car elle ne sait trop combien ce visiteur va leur accorder de temps. Ça, c’était pour s’assurer que mes parents ne choisissent pas cette semaine-là, pour aller visiter leurs amis en Belgique ! Beaucoup d’excitation dans la maison. Et les voisins sont tous au courant de la prochaine venue de cet invité surprise.

Le lundi 8 avril à l7h30, mon père est sur le quai de gare. Lorsqu’il réalise que la seule personne à débarquer du train se trouve être sa fille, il fige sur place, bloqué par l’étonnement et l’émotion. Je me précipite vers lui : « Bonne fête, papa, c’est moi le cadeau, pour une semaine ! ». Et là il éclate de rire. Ouf ! j’ai eu la frousse de ma vie, craignant qu’il ne fasse un arrêt cardiaque. Les embrassades sont bonnes après tant de mois de séparation. Puis nous prenons gentiment la route qui monte vers notre maison. Ma mère guette, derrière le carreau de la fenêtre. Il fait froid, à la montagne et j’ai mis mon manteau de mouton à capuchon, manteau qu’elle ne connaît pas. Alors elle ne parvient pas à reconnaître cet étrange visiteur. Lorsqu’elle nous entend monter les escaliers, elle nous ouvre la porte et là, c’est elle qui m’a fait peur aussi. Elle est devenue rouge comme une tomate et s’exclame : « Oh ! Chatet » ( le petit nom de mon enfance), c’est pas vrai... » et je cours dans ses bras avec ma ritournelle : « Bonne fête, maman, c’est moi le cadeau, pour une semaine. Je reste tous les jours avec vous. ». « Eh ! bien – dit-elle, - ta sœur est une bonne complice, on a cru à toutes ses histoires ! ». Et mon père qui se tordait de rire à voir sa femme réagir aussi fort que lui, tantôt.

L’odeur du saucisson et du lard fumé embaumait la cuisine. Et la tarte aux pommes, sur le coin du buffet, nous attendait pour le dessert. Alors je replongeais d’un coup sec dans tous mes souvenirs d’enfance. Et mes émotions étaient au diapason des leurs. Quel plaisir de partager ce repas qui n’en finissait pas, tant nous avions de choses à nous conter. Et réaliser que j’allais rester avec eux une semaine, alors qu’ils avaient davantage l’habitude de me voir passer comme un courant d’air… ils n’en revenaient pas. Une fois mon père m’avait dit : « Pourquoi tu fermes la porte, Caroline, tu vas quand même ressortir tout à l’heure ! ».

Une semaine pleine de surprises, avec les voisins qui défilent pour partager notre joie. Chacun y allant de ses questions, tous riant de mon accent qu’ils trouvent québécois. Et moi, me régalant des derniers potins du village. Il y a toutes sortes d’histoires truculentes et rocambolesques dans cette petite communauté ou tout le monde se connaît. Un petit verre de blanc par-ci, un petit digestif par-là, un bon café peut-être… « On t’a apporté des bricelets, tu ne dois pas en manger souvent là-bas ». Chacun y va de ses petites gâteries et moi je déborde de reconnaissance face à tous ces personnages qui ont meublé mon enfance.

Une semaine de rêve pour nous trois et, je crois sans prétention, que ce fut leur plus beau cadeau d’anniversaire !

Texte de madame Danielle Isoz, Montréal

Publier le 1er avril 2017

 

La démesure d'un rêve étrange

 

Couchée tôt dans mon lit douillet, bien enveloppée dans mes couvertures, mon corps et mon esprit s'embrouillent et me projettent dans une rêverie sans égale.

J'aperçois au loin dans l'espace infini une immense carte blanche fluorescente dont je ne peux en saisir ni la provenance ni la  dimension réelle.

Des lumières dorées l'encadrent et leur scintillement m'attire, m'intrigue et m'excite à la fois. J'y vole à grands bonds vaporeux pour essayer d'en percer les moindres détails. Je rebondis dans cet espace d'un bleu nuit profond comme une astronaute qui flotte parmi  les milliers d'étoiles de ce monde sidéral.

 

Où suis-je? Où vais-je?

 

Malgré ces questionnements existentiels, je me laisse aller dans une confiance absolue pour y découvrir, avec mes yeux télescopiques, le tableau représenté. En périphérie de la carte, des montagnes de couleurs sépia, ocre, rouge, orangée et grise forment un cercle de protection ou de camouflage autour d'une grande vallée désertique qui m'inspire des trésors enfouis depuis des temps immémoriaux, des rivières souterraines asséchées, des animaux préhistoriques et des plantes assoiffées qui exhortent certainement le ciel de les désaltérer.

Plus je me rapproche, plus j'en perçois la perspective et la profondeur inscrites en son centre: des édifices à hauteur démesurée comme un jeu de blocs géants défiant l'espace et la Voie lactée par la brillance de ses lumières multicolores ressemblant à des étoiles perdues dans cette immensité de nulle part.

 D'autres précisions se démarquent. Un point lumineux en plein centre de la carte m'incite à vouloir m'y loger pour en connaître les autres réalités cachées. Enfin, tout en douceur, je m'y dépose. Je suis devenue, moi-même, un minuscule point dans ce centre où règne vraiment........je cherche le mot......... LA DÉMESURE.

Autant dans la richesse architecturale de ses gratte-ciels que dans l'abondance de l'eau, qui s'étale dans les moindres recoins de cette ville débordante de jardins luxuriants, de lacs artificiels, de grandioses fontaines musicales et de piscines hollywoodiennes.

LA DÉMESURE!

Autant dans la concupiscence et la volupté des fantasmes sexuels, à portée de publicité gigantesque, que dans le bruit infernal et le clinquant des machines à sous qu’attirent les humains comme des mouches à miel.

LA DÉMESURE!

Autant dans le gargantuesque des repas et des boissons alcoolisées à coûts exorbitants que dans le flux et le reflux incessant des touristes à la recherche de plaisirs et de bonheurs éphémères.

Trop de monde, trop de bruit et pas assez d'air.

Cependant, de magnifiques ponts de dentelle enjambent une grand-rue linéaire où roulent des limousines cossues et princières. Ici même, dans cette démesure, l'humain peut y trouver une importance à sa mesure. Une vision qui m'éblouit, mais  mon esprit se demande:"Suis-je dans une réalité qui peut exister vraiment? ou suis-je dans un rêve étrange?

On me chuchote à l'oreille:"C'est LAS VEGAS" et Céline Dion me chante: "Ce n'était qu'un rêve". 

Texte de Edna Hall, Chertsey

Publié le 15 avril, 2017

Au Paradis

Je séjournais à Buenos Aires en Argentine cinq mois pour pratiquer mon español.  Je vivais chez une veuve du nom de Lula.  Son défunt mari avait travaillé auprès des services secrets de la dictature militaire en Argentine de 1973 à 1983, responsable des horreurs et des tortures infligées aux opposants du régime.  J’ignorais le passé de Lula à mon arrivée.  Ce n’est que plus tard qu’elle m’a raconté son attachement à son mari et au pouvoir politique qui l’avait favorisée.  Sa vision de cette époque n’avait rien en commun avec les documents officiels qui prouvaient que la junte militaire était responsable de près de 30 000 opposants torturés, morts ou disparus et de quelques 500 bébés enlevés aux parents « desparecidos » et donnés aux familles sympathisantes du pouvoir.  Étant du bon côté de la clôture au bon moment, il en est résulté que Lula habitait maintenant un bel appartement au coeur de Buenos Aires (BsAs) dans l’élégant quartier Palermo. 

En ce sens, j’étais bien tombée, l’appartement faisait mon affaire.  Situé près des Bois de Palermo remarquables pour ses lacs, ses roseraies et sa piste pédestre, je pouvais m’adonner à la course à pied que j’avais l’habitude de pratiquer quotidiennement.  Je n’ai pas tardé d’y rencontrer des coureurs avec qui j’ai participé à plusieurs courses dont une, où j’ai remporté un trophée de deuxième place et une mention dans un journal.  Après la course, on m’a offert le maté, infusion qui se boit dans une calebasse munie d’un tube métallique, la bombilla.   Les Argentins, accueillant et généreux, savourent le maté en le passant de main en main et en buvant à la même bombilla.  J’aurais voulu faire comme eux, mais j’ai décliné l’offre, tout en espérant un jour goûter à ce partage sublime. On m’a aussi proposé de participer à un demi marathon qui devait se tenir dans le Parc national Los Alerces.  Un autobus nolisé nous y amènerait.  Je n’avais pas idée de la distance entre Bs As et ces hautes montagnes de Patagonie.  Seule la perspective de courir me poussait à me joindre à ce groupe sympathique en qui j’avais confiance.  Je me suis enquise de l’essentiel : la date, le coût du voyage et le type de logement.  Le prix était plus que raisonnable et on devait dormir dans des chalets rustiques.  L’image que je me faisais d’un chalet correspondait à ceux que j’avais connus au Canada : construits en bois et comprenant des chambres à coucher individuelles avec une salle de séjour.  Quelle chance de passer des vacances en Patagonie dans un chalet entouré de montagnes !

Le soir venu, le cœur rempli d’espoir, je suis arrivée à l’heure convenue, mais le départ de l’autobus tarda jusqu’à  22h.  On m’a désigné une place libre à côté d’un coureur du nom de Carlos qui justement voyageait seul.  Étonnamment, l’autobus offrait un luxe peu ordinaire avec siège inclinable pour dormir.  Je me suis installée de manière à faire comprendre à mon compagnon que je voulais délimiter mon espace et le sien.  Précaution inutile, car la bonté et la personnalité engageante de Carlos se firent sentir dès cette première nuit ténébreuse et somnolente qui nous enveloppait tous les deux. Un rapprochement s’installa.

Le lendemain nous nous sommes arrêtés pour luncher à Neuquén, capitale de la province du même nom.  Le chauffeur d’autobus nous a demandé de ne prendre que 30 minutes pour manger ce qui fut fait y compris le temps d’une photo de groupe où j’apparaissais tout à côté de mon compagnon chéri.  De retour à l’autobus,  le chauffeur nous apprenait que le système de climatisation était tombé en panne.  Impossible de continuer ainsi dans une chaleur de 35 degrés.  Par ailleurs, le chauffeur avait pris tout son temps pour manger avant de s’occuper de la réparation.  L’attente s’allongeait et pesait au chaud soleil, mais personne ne se plaignait.  Mon naturel canadien m’indiquait de téléphoner à la compagnie responsable pour qu’elle dépêche un autobus en bon état. J’ai enfin compris que le groupe s’entendait pour ménager les susceptibilités du chauffeur, car il était également responsable de la préparation du repas après la compétition.  Si on voulait se sustenter, valait mieux patienter.  J’ai donc fait comme tout le monde.  D’ailleurs, j’en ai profité pour me tenir près de Carlos, car je sentais physiquement sa présence qui me faisait grand bien.

Nous sommes remontés dans l’autobus climatisé et nous sommes enfin arrivés à destination uniquement le lendemain matin.  Comme les Argentins ne mangent pas au lever, j’ai dû me contenter d’un café.  Le voyage avait duré plus de 20 heures.  Après coup, j’ai su que nous avions parcouru 1 998 kilomètres.

Les femmes et les hommes dormaient dans des bâtiments séparés.  Me voilà donc devant le chalet rustique.  J’ouvre la porte et je vois un dortoir dont l’ameublement se résumait à  des rangers de lits superposés : des draps, des taies d’oreillers volaient de tous côtés, un vrai fouillis. Les coureuses tentaient de se choisir un lit, autant que possible celui du bas, car personne ne voulait être juché sans confort dans un lit du haut.  Cette course à l’installation me repoussait.  Je suis aussitôt allée voir le deuxième chalet.  Encore une fois, j’assistais au même spectacle.  Dans la cohue générale, j’aperçois un lit de camp installé le long du mur.  Je m’élance et j’y dépose mon sac à dos presque en même temps qu’une autre coureuse. Je suis demeurée ferme, assise, sans bouger du lit.  Devant mon attitude, elle a dû se rabattre sur le lit qui restait, soit un lit du deuxième, bien juché en haut.  Un autre fait étonnant survint. La seule prise de courant se trouvait sur le mur au-dessus de mon lit.  Cinq coureuses avec portable sont venues tout naturellement utiliser mon lit en guise de table pour charger leurs piles.

Un autre bâtiment se composait d’une pièce pour les douches communes et une autre pièce mettait trois toilettes à notre disposition soit pour une cinquantaine de femmes : une toilette était bouchée, l’autre avait perdu sa porte et la troisième fonctionnait.  Les éviers étaient installés dehors à l’air frais attenant au bâtiment.  Tout ceci n’était pas très commode surtout dans les cas de besoins en pleine nuit fraîche.

Ce soir-là nous avons eu un bon souper réconfortant.  Heureusement, car le grand jour du demi marathon appelé « Aller au Paradis » avait lieu le lendemain matin. J’ai voulu m’assoir à côté de Carlos au souper, mais il s’esquivait.  J’ai pensé qu’il hésitait sans doute à s’engager dans une relation. L’inscription coûtait 20 pesos soit 1,85$ CAN.  Quelle aubaine, chez-nous la même course de 21 kilomètres coûte 103$.

Au déjeuner, comme d’habitude, seul le café était au menu.  Le départ a eu lieu le 17 février 2010 sur la  route nationale qui traverse le Parc national Los Alerces.  Le coup de fusil fut donné.  Les coureurs d’élite en tête du groupe passèrent à l’attaque vers le paradis, les autres suivirent.  Je trépignais d’émotion en attaquant ce 21 kilomètres faisant partie d’un peloton de 600 coureurs tous Argentins, moi, la seule Canadienne.  Quantité de coureurs me dépassaient, mais je maintenais le cap, chronomètre au bras.  Au 10e kilomètre je traînais de l’arrière.  Ces marathoniens étaient donc tous plus aguerris que moi!  Au 15e kilomètre je me retrouvais vraiment seule à courir sur la route, circonstance inhabituelle pour une coureuse médaillée.  Une voiture de touristes s’arrêta pour m’offrir de l’eau que j’ai acceptée avec plaisir.  Mon estomac étant vide de nourriture, l’eau creusait davantage mon ventre qui criait famine.  Dans cette nature sauvage, aucun spectateur au bord de la route ne venait soutenir ma volonté de maintenir la cadence.  Cependant, les sommets couverts de neiges m’accompagnaient tout au long et me donnaient force et énergie.  Cette nature immense me soulevait d’enthousiasme et je faisais corps avec elle.    

En atteignant le 20e kilomètre, mon cœur se gonfla d’espoir.  Mon émotion augmenta d’intensité à la vue au loin de la grande enseigne en caoutchouc gonflé qui disait :  « Llegada » soit, l’arrivée.  Encore 5 minutes et j’y étais.  En dépassant le fil d’arrivée,  je me suis laissée tomber sur le gazon, les bras en croix regardant l’immensité du bleu du ciel.  J’étais comblée, j’étais au Paradis. J’avais mis 3heures et 7 minutes pour accéder à la récompense céleste après avoir tout donné.

Soudainement, j’ai vu au-dessus de moi le visage de Carlos me souriant en me disant : «¡Mi Vida! » 1.  Il est donc là pour moi!

Dans le journal du lendemain, on annonçait : « Tous les coureurs sont entrés au Paradis » 

Après avoir fêté, nous reprenions la route pour  BsAs.

Ouf! Quelle aventure ce voyage au Paradis.

Je pensais encore aux péripéties des derniers jours, mais j’étais heureuse de la distance conquise pas à pas où pendant des heures j’avais senti cette nature sauvage me pénétrer.  Dans l’autobus, je tenais la main de Carlos et je vivais le bonheur. 

  1. Mi Vida signifiant ma vie, mon tout 

La valeur du pain…

 

Ouf ! Quelle aventure… Trente ans après, j’en frissonne encore.

En bref, voilà les circonstances.

Mon mariage eut lieu à Athènes, en Grèce, en 1973. Une très belle cérémonie, toute la communauté grecque de Khartoum (capitale du Soudan) en congé d’été y assista. C’était la coutume, là-bas, étant donné qu’ils se connaissaient tous.

 

On arrive à Khartoum en octobre 1973 après notre mariage. Je connaissais bien mon époux et nous avons vécu des années de bonheur. Mais moi, je venais d’ailleurs… d’Égypte.

 

Tout allait très bien! La belle vie, les soirées en famille, les invitations de part et d’autre; mon

époux et sa famille bien connus par la communauté, même par les Soudanais eux-mêmes…

Mais voilà, année après année les choses commencèrent à se détériorer.

 

 Le pays, avec Nimeiri comme président, vécut plusieurs révolutions; des petits combats internes, des changements de gouvernement, des conflits de toutes sortes. Peu à peu, la belle vie se transforma en une angoisse quotidienne. Une tension et une inquiétude journalière: la peur du lendemain. Chaque année, cela empirait.

Les années ont passé, mais le souvenir en reste vivant.

 

Puis en 1981, les denrées et le pain quotidien vinrent à manquer, et c’est là que commença mon aventure.  

Eh! Oui, mes enfants avaient besoin de pain. Ainsi chaque matin à l’aube, juste avant le lever du soleil, j’entreprenais ma routine.

Je devais réveiller les garçons. Georges, l’ainé en premier. J’y allais doucement.

— Jeojeo, lève-toi, chéri. Il faut aller chercher le pain. Il est quatre heures, on ne doit pas être en      retard.                               

— Toi aussi, Dimitri, mon amour. Lève toi, il faut faire la queue pour le pain. 

— Levez-vous mes amours! Je promets, ce ne sera pas long, allez!

 

Georges, l’ainée avait six ans et Dimitri, le plus jeune, deux ans. Ils étaient habitués à ce réveil matinal. Heureusement, dans les pays chauds, ce n’est pas difficile. Il n’y avait qu’a d’enfiler un short et une chemise; ils étaient prêts en un rien de temps.

 

Puis, on se mettait en route. La boulangerie n’était pas loin de chez nous.  On devait traverser la rue principale où les voitures allaient et venaient sans cesse, puis, virer à gauche. Là c’était plus calme, pas de trafic. Puis tout droit sur un kilomètre de marche environ.

Mais, avec le petit dans les bras, tenant l’autre fortement par la main, ce n’était ni facile ni très agréable. Je dois dire que Georges était un petit diable. Très turbulent, toujours, à courir et sauter; continuellement en mouvement. Je pressais le pas, lui courait à mes côtés. J’avais surtout hâte d’arriver avant que le guichet n’ouvre.

Le guichet, c’était là tout le drame!

Qui serait le premier, à tendre la main au vendeur? Qui aurait cette chance? L’argent, que je tenais dans la main, allait-il le convaincre? Allait-il m’écouter?

Oh! Mon Dieu, ce matin-là, c’était la foire à notre arrivée. Une foule y était déjà rassemblée. Des femmes, pour la plupart, qui se bousculaient. J’essayais à mon tour de me frayer un passage. Je poussais comme tout le monde. Certains se faufilaient pour avancer, les autres criaient pour un peu d’ordre, mais qui écoutait?

Personne!

Et moi, au milieu de tout ça, je tenais mes enfants collés à ma jupe. J’avais peur de les perdre. Je leur criais : « Attention! Quoiqu’il arrive, tenez ma jupe, ne me lâchez pas. »

— Hey! Hey! C’est mon tour.

 

Finalement, le vendeur ouvrit le guichet. La distribution commença et, ce fût la bousculade. Les gens se pressaient les uns sur les autres. Tous se hâtaient d’approcher afin d’obtenir leur part. En une heure, la quantité limitée fût vendue et à mon désespoir, le guichet, « clic-clac » fut fermé. Une voix d’homme, forte et arrogante, dominant le vacarme nous annonça:« Le pain est fini. Venez dans une heure, une autre quantité sera prête. »

Bon! ça, c’était le soldat, qui au « garde-à-vous » essayait de maintenir l’ordre.

Et voilà, que « boum » on nous refermait la porte au nez.

-  C’est pas vrai?

Le guichet fermé, les gens criaient, s’insultaient, se révoltaient, mais cela ne fît rien. C’était peine perdue. Le vendeur avait plié bagage et... fini. Je n’en revenais pas… que faire?

Retourner à la maison et revenir à nouveau? Attendre, puisque j’étais maintenant la sixième en ligne, car, si je quittais je perdais mon tour. Toutes ces questions occupaient mes pensées! Tout à coup, je reviens sur terre. Jetant un coup d’œil à droite, à gauche, je m’affolai… 

  -Jeojeo, Georges, où es-tu?  

  

Je paniquais. Je criais, plus fort. Les gens autour de moi essayaient de me calmer. Madame, ne vous inquiétez pas, me disait un monsieur en ligne juste devant moi. Mais, je criais plus fort encore, hystérique.

 - J’ai perdu mon fils, mon fils Jeojeo.

— Jeojeo où es-tu?

Et comme si je n’étais ni vue ni connue; je m’avançai et, je me mis à taper sur le guichet, je cognai du pied la porte. Rien! Personne ne répondait. Mes larmes coulaient, je sanglotais et, là… l’idée m’ait venue : son père, il fallait que j’avise son père, mon mari.

Sur ce, le petit toujours dans mes bras, je courus vers la maison. La peur et l’inquiétude me donnaient des ailes. Une fois arrivée, j’ai téléphoné au magasin où travaillait mon époux.  

          

— Allô! Oui, c’est moi. Viens vite, vite, j’ai perdu mon fils. Ils l’ont volé, quelqu’un l’a  enlevé! Laisse tout et vient, je ne le trouve pas.

— Mais non. Calme-toi, as-tu cherché, as-tu demandé aux alentour, me dit-il?

Je pleurais à chaude larme.

— Je suis terrifiée, rejoins-moi à la boulangerie lui dis je. Et fais vite!

Je commençai à prier, à supplier tous les saints. «Mon Dieu, ramène-le-moi!»

Je rebroussai chemin, Dimitri toujours dans mes bras; le soleil était bien haut, il faisait jour à présent.

Le guichet et la porte de la boulangerie toujours fermée. Mais, les gens commençaient à revenir et la ligne s’allongeait à nouveau. Quelques-uns me regardaient, me prenant en pitié. Ils essayaient de me tranquilliser, mais je n’écoutais plus.

Enfin, mon mari était là, il était venu en voiture : il parlait à un groupe rassemblé autour de lui. Bien sûr...il était connu de tous…

Mais cela ne faisait que m’énerver!  Je voulais mon fils. Où était mon fils?

Rien, aucune réponse, personne n’avait vu ce petit bout de monsieur.

Oh! Tout le monde s’en mêlait, chacun donnait son idée, une opinion. Épuisée, j’éclatai à nouveau en sanglots!

 Il y avait un tel vacarme. Chacun voulait se faire entendre, mais tous parlaient en même temps et finalement personne n’écoutait personne...

Puis comme par magie, le guichet s’ouvrit. Le silence se fit. Et dans un calme total, le soldat tira la porte et une petite voix s’éleva.

— Mamy. Mamy, voilà ton pain, et il courut vers moi.

— Oh, mon Dieu, c’est mon fils. 

Je ne savais, si je devais rire ou pleurer.

— Où étais-tu?

— Quand le soldat criait, je suis passé à l’intérieur. Comme je suis petit, il ne m’a pas vu. Je me suis caché.

— Moi, je te cherchais partout. J’ai crié, j’ai pleuré, j’ai eu peur. Pourquoi as-tu fait ça?

— Quand le soldat m’a découvert, il a voulu me faire sortir. Mais j’ai dit : « Je veux du pain pour maman, on est venu si tôt…» alors, le boulanger a dit au soldat: «Laisse-le, c’est un enfant. » Et à moi, le boulanger a dit: «Dès que le pain sera prêt, toi le premier, en auras pour ta maman. Mais ne bouge pas et pas un mot.

Je ne sus que dire. Je pleurais et riait en même temps, encore sous le choc.

La foule l’applaudissait pour son courage. Je courus vers la voiture de mon époux, tenant mes deux garçons bien serrés contre moi. Il nous ramena à la maison.

Tout ça pour quelques baguettes … 

Texte de Jeanne Falaris

Publié le 14 avril, 2017

Ouf! Quelle aventure…

 

Durant la belle saison estivale, mon époux et moi voyageons en pratiquant le camping. Nous profitons de cette activité pour explorer les sentiers de notre grande province. Donc en juin 2005 nous campons dans Lanaudière plus exactement à Ste-Émilie pour une semaine.

 

Un beau matin, nous optons pour une randonnée afin de parcourir le Parc Régional

Chute Monte-à-peine, par l’entrée de St-Jean de Matha, sentier totalisant 17 km, dont trois parcours possibles selon nos capacités et nos ambitions.

 

Ouf! Quelle aventure… inconnue… de nous deux!

 Nous empruntons une des pistes qui nous est conseillée, la plus facile, soit 1.8 km, d’une durée de deux heures environ.  Après avoir déboursé les frais d’accès, nous débutons vers dix heures, cette grande marche à travers la forêt. Nous sommes équipés chacun de notre sac à dos, remplis de collations santé et bouteilles d’eau ainsi que bien chaussés d’espadrilles. Tout en me baladant et rêvant, je ne regarde pas trop où je dépose mes pieds, étant trop absorbée par les chants des oiseaux et la cime des arbres que j’admire, et vlan!  Je trébuche sur les racines qui sortent assez grossièrement de la terre et je tombe, pas trop de mal, mon conjoint m’aide à me relever et nous rions ensemble de ce petit incident.

 Ouf! Quels imprévus nous attendent encore!

 

Nous découvrons par la suite, une immense chute d’eau, splendide, par sa grandeur et mélodieuse par son déversement, dans cette douce nature pittoresque. Nous voyons aussi un endroit avec tables pour pique-niquer, avec vue sur cette immense cascade. Nous nous déplaçons toujours en gravissant cette gigantesque montagne et plus nous avançons, plus c’est ardu. Les maringouins nous accompagnent par leur bourdonnement et leur essai de nous attaquer aussi. On pourrait bien s’en passer, c’est juin, mois de leur éclosion, ce sont des habitués des lieux, nous les intrus les dérangeons par la répétition de nos pas. Il faut faire avec ce désagrément, même si nous avons les protections- aérosols prévues. Nous enjambons de grosses roches décorées de racines, il y en a tellement de géantes, que mes courtes jambes ne peuvent les escalader ; c’est grâce aux forts bras de mon partenaire que je réussis à les enjamber. Plus nous marchons, plus nous sommes essoufflés, par cette longue pente, ce à quoi nous ne nous attendions pas, on croyait cela plus aisé. Nous continuons cette aventure en nous promenant sur des passerelles en milieu humide le long de la rivière Assomption, quelle agréable senteur que cette nature boisée. Nous montons toujours, il n’est pas question de rebrousser chemin, même si parfois nous glissons un peu sur ces travées en zone humide.

Nous voulons tous les deux aller jusqu’au bout de ce périple.

 

La curiosité de nos yeux, nous motive à demeurer dans cette forêt et surtout d’arriver au bout de cette escalade. Tout en poursuivant encore, nous grimpons des escaliers détrempés par la rosée du boisé, pour aller de plus en plus haut. Nous espérons atteindre le ciel.

Nous avons, en plus, des enflures de bestioles québécoises qui n’ont pas cessé de nous poursuivre.

Ouf! Quelle aventure…nous transpirons.

 

Nous prenons un moment de repos, bien assis sur un tronc d’arbre et en profitons pour déguster notre collation et boire un peu, afin de conserver nos forces et notre énergie pour atteindre le but final de cette grande exploration de la nature en forêt. Tout en se déplaçant, je perds encore pied à cause de petits suisses qui passent assez vite entre mes jambes.

Heureusement je réussis à garder mon équilibre. En chemin nous croisons des gens qui abordent leur retour, nous les saluons et leur demandons s’ils aiment leur expédition, ils nous répondent : Merveilleuse.

 

Voilà le mot magique pour nous relancer dans cette deuxième partie que nous entamons

avec plein d’espoir. Nous arrivons enfin vers le haut : un beau lac se présente  à notre vue, nous apercevons au loin, un barrage de castor, quelle superbe construction que ces animaux nous dévoilent, c’est de l’art forestier. Après une longue ascension dans ce sentier nous atteignons enfin le sommet et nous escaladons un belvédère de bois, pour découvrir à nos pieds ce schéma extraordinaire de la région de Lanaudière avec ses lacs et toute sa faune verte. Fantastique ce paysage qui s’étend tout naturellement. Nous sommes assez haut perchés maintenant, je n’ai aucun vertige, mon conjoint par contre, regarde que quelques minutes : pour lui des étourdissements se manifestent. Vite la bouteille d’eau pour rafraîchir ses malaises éphémères.

 

Le chemin du retour  sera difficile pour nous. Nous rencontrerons encore les mêmes embuches en plus de notre épuisement général. Je peux affirmer que cela valait la peine d’aller jusqu’à la crête de cette montagne, pour graver en mémoire le portrait  inoubliable de ce beau territoire.

Quelques fois en descendant nous patinons sur des racines, la boue engendrée et accumulée sous nos semelles, dans cette étendue humide, rend nos espadrilles plus pesantes. Nos jambes plus lourdes sont fatiguées, mais notre moral est à la joie et à la satisfaction d’avoir réussi cet exploit qui finalement aura duré quatre heures au lieu de deux à cause des obstacles non prévisibles.

 

Ouf! Quelle aventure!

 

Nous avons bien apprécié cette magnifique journée de plein air remplie de défis, dans cet espace naturel. Nous nous promettons de prospecter à nouveau d’autres pistes, la prochaine fois au même endroit si corsé de surprises environnantes.

 

Notre mémoire retiendra toujours cette longue randonnée en forêt et c’est pourquoi je peux maintenant vous la décrire avec autant de précisions.

Il y aura, d’autres excursions, pour notre bonheur de randonneurs, tout en voyageant encore dans notre belle province qu’est le Québec.

 

 

Texte de Ginette Bernard st-Pierre

Publiéle 8 juin 2017

Et... Voilà ! À l'année prochaine.

*D'autres photos se retrouveront sous peu dans les pages de vos régions respectives.

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