Concours d'écriture de JMV 2019

Sous le thème: Et la vie continue...

*Tous les textes du concours 2019 sont à lire dans les archives 

Voici le dernier texte du concours 2019.

Edna Hall a atteint l'âge vénérable de 80 ans.

Toujours active, elle pose ici un regard sur la vieillissement du corps avec beaucoup d'humour.

Et la vie continue…

 

 

Je viens d’avoir quatre-vingts ans. Mes cheveux sont tous blancs.

Mais, ai-je toutes mes dents ?

 

Quand je me regarde dans le miroir, j’observe ma peau; j’ai des points noirs, des rides et des pattes d’oie au coin des yeux. Comment arriver à faire le deuil de ma jeunesse envolée alors que le masque de l’âge s’installe ?

Une pensée me dit: ravale.

 

À mon âge, il y a un avantage. Mes yeux, mon regard sont moins pointus; ils amenuisent et adoucissent ma vue. Mes rides ne sont pas absolues, parfois elles me semblent même disparues. Mais, si je sors ma loupe grossissante et me regarde… des pieds à la tête je deviens toute frissonnante !

 

Pourtant l’autre jour, j’ai vu le regard d’un homme sur moi. Portant des lunettes à double foyer, il me regardait sans émoi. Mais, qu’a-t-il vu en approchant son visage du mien ?

Couperose, rides profondes, crevasses; moins que rien...

Soudain, il m’envisage, me dévisage avec attention. 

 

Et voilà, partit le train de mon imagination. Des soupçons, en veux-tu ? 

Et, si cet homme est un dermatologue…comment me voit-il ?

Comme un catalogue !? Consultations en vue, puis améliorations, bien entendu ! 

Que d’interrogations saugrenues !

Je lui fis du charme et lui souris pour lui faire oublier mon visage vieilli. On a beau le dénier, il se dirige assurément vers l'éternité, Malgré tout il resplendit de beauté et de santé 1

 

Me regarder vieillir, c’est voir mon visage, si cher à mon cœur se transformer par des rides surprenantes; comme celles de la marionnette…

Voir apparaître des taches brunes importunes, soit de sagesse ou de cercueil ( oui, oui… vous avez bien lu) qui se hasardent à s’épanouir en toute liberté. J’ai accepté cette nouvelle image à projeter, ce paraître à afficher, cette beauté différente qui s’impose à moi… et aux autres. Que d’ouvrage en perspective !

Cependant, je crois que le naturel est la voie à suivre, car mon visage exprime mon vécu, les peines et les souffrances de mon enfance. Mes attitudes et mes regards actuels sur une vie sans artifice. 

Malgré ces bonnes pensées, ma peau continue de se ratatiner, de se rabougrir, de se flétrir et s’amuse à m’affubler de chairs molles. C’est un défi de tous les jours; accepté de vieillir…

À moins que… des exercices réussissent à la maintenir à flot. Mais, j’ai conscience que cette peau a besoin de se laisser aller. Elle, qui a résisté à toutes les intempéries de ma vie, à tous les multiples produits de maquillages et d’embellissement. Aux sourires avenants et aux grimaces des souffrances de mes accouchements…

 

Vieillir, c’est ressentir des douleurs, des crampes et des craquements inattendus. Ils me surprennent là où je m’y attends le moins. Comme en tentant de me lever après m’être agenouillée pour ramasser quelque chose… à la sortie d’un bon bain chaud, ou lors de la montée et descente d’un escalier sans rampe. 

Un jour, mon arrière-petite-fille de quatre ans a demandé à sa grand-mère (ma fille) pourquoi il n’y avait pas de rampe à l’escalier pour descendre au jardin potager. Je lui avais posé la même question, à une semaine près.

 

Et oui, voilà qu’il me faut réapprendre à me situer dans l’espace comme un enfant. À me déplacer sans danger comme un retour à l’enfance. Tout me semble clair et précis dans cette anecdote…

 

Vieillir, ce n’est plus m’inquiéter du futur, mais, profiter du moment présent dans toute son instantanéité. C’est être là où je suis, où je vis et non plus rêver d’être ailleurs. Ne pas traîner et remettre à plus tard les choses que j'ai envie de faire

Où serais-je demain ? 

Suivre mes intuitions qui m’éclairent et me guident afin de savourer tous les petits bonheurs quotidiens.

Suivre mes intentions, la lecture dans le silence et la quiétude, l’écriture, faire la cuisine en solitaire ou en groupe, les sorties entre amis(es), les promenades à pied pour garder la forme et le bénévolat pour partager ce que j’ai reçu. Et, j’en passe !

 

Vieillir c’est prendre le temps de m’écouter et d’écouter l’autre patiemment sans être bousculé par les gadgets de la technologie: le téléphone intelligent, la tablette et l’internet. Et alouette !

Ah! Mais c’est aussi me permettre une sieste à l’occasion afin de mieux repartir; le sommeil de la nuit n’étant pas toujours réparateur… parfois, mon esprit se met à rouler comme un hamster dans sa roue interminable avec des petits tiraillements qui s’installent dès que je mets la tête sur l’oreiller.

 

Vieillir, c’est me croire encore solide à accomplir des tâches au-delà de mes forces. Maintenant, je me dois d’arriver à accepter mon corps tel qu’il se présente à moi tous les matins. Je l’aide un peu tout de même: des respirations, quelques exercices légers (mais soutenus), des relaxations, des méditations sont essentiels à le maintenir en santé. Sans oublier de lui offrir ma gratitude pour tout ce qu’il accomplit !

Heureusement, organiser mon bien-être face à cette dégénérescence naturelle me conduit vers une douce transmutation spirituelle.

 

Vieillir n’est pas à la mode dans notre civilisation où tout se rapporte à la jeunesse, à la beauté du corps exploitée jusqu’à son ultime potentiel. Aujourd’hui, on peut se choisir un corps « à la carte » : avoir une chirurgie du nez, des seins, du ventre et même des fesses, afin d’être plus belle… plus sexuellement désirable. Ou… pour satisfaire son regard sur soi-même.

 

Vieillir est une étape très importante. On devrait s’en préoccuper dès la ménopause ou tout au moins vers la soixantaine, alors qu’on réalise les effets de l’âge qui commence… à nous rentrer dans le corps !

 

Mes filles sont maintenant à cette étape de leur vie. La mise en forme est leur priorité. L’engagement communautaire prend aussi tout son sens et la prise de conscience d’une démarche spirituelle leur donne de nouvelles pistes. Elles ne sont pas juste un Corps, mais un Être d’une dimension plus profonde venues sur cette planète pour apprendre à Aimer.

À s’aimer soi-même, à aimer les autres. Leur beauté est unique et leurs personnalités si différentes en font ma fierté !

 

Je sais que je vieillis bien. Je le dis avec humilité, car j’ai la chance d’avoir l’aide de mes enfants, de mes frères et mes sœurs. J’ai aussi des amis(es) à mes côtés. Et j’ai la santé.

Je conduis encore mon auto, je cuisine dans le plaisir, j’écris mes réflexions, j’écris ma Vie…

Je suis à l’écoute de mes guides et de la présence de « JE SUIS » . Ce Maître en moi qui m’accompagne depuis la nuit des temps, dans le scénario de ma vie jusqu’à ce que la mort vienne m’envoûter, tout en douceur: je me le souhaite.

Mais seul Dieu en décidera…

 

 

Texte de Edna Hall, Chertsey

Publié le 1er juillet

Note: Cette fois-ci, la photo est bien celle de Edna Hall. Resplendissante à quatre-vingts ans... et toutes ses dents !

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