Concours d'écriture de JMV 2020

Sous le thème: Et la vie continue...

*Tous les textes soumis au concours 2020 seront publiés à tour de rôle sur la page "Concours 2020" 

Et voici... le texte de monsieur Daniel Dhavernas 

gagnant du premier prix...

Par une belle journée d’automne

         Ma cour arrière est un tapis de feuilles orange qui reflète le soleil d’automne sous un ciel d’un bleu sans fond. Mais je dois reconnaître que ce n’est pas la beauté des couleurs qui me fait sortir avec mon râteau, mais mon sens du devoir. Je dois absolument ramasser ces foutues feuilles, avant la première neige. Mon mental carbure ce matin, il n’a pas le loisir de s’intéresser aux formes ou aux couleurs qui m’entourent.

 

Aurais-je assez de sacs en papier ?

Aurais-je encore mal au dos en rentrant ?

Ne ferais-je pas mieux de rester à l’intérieur et lire mon journal ?

Décidément, mon humeur n’est pas au beau fixe.

 

         Des feuilles mortes, ma vie en est jonchée. Et comme dans la chanson, je n’ai plus qu’à les ramasser à la pelle - au râteau, dans mon cas - conscient que l’hiver n’est pas loin. La terre est déjà froide, le vent du nord se lève et j’ai le cœur lourd. Pas seulement parce que je pense à la fin des beaux jours et à l’arrivée inévitable d’une saison que j’appréhende, mais parce que la pensée d’une vie qui a passée trop vite me glace au plus profond de mon être. Tant de souvenirs, tant de petits plaisirs, tant de regrets aussi, tous jaunis comme de vieilles photos, et comme ces feuilles qu’il me faut ramasser pour que les éboueurs les jettent dans un trou.

 

         Un cri interrompt ma rêverie. Mon petit fils est sorti à mon insu et s’est jeté dans la première pile de feuilles que j’ai assemblée machinalement, perdu dans mes tristes ruminations. Il les jette en l’air, ses bras sont les ailes d’un joyeux moulin, et il éclate de joie en les voyant virevolter autour de lui, dans un tourbillon de lumière dorée. Je le regarde, distraitement tout d’abord, car il me faut du temps pour m’évader de mon mental pour aller le rejoindre dans ce moment de pure magie où il habite tout entier.

 

         « Gampa, viens ! » Son appel se fait pressant. Sa voix vibre de la grâce cristalline d’une source d’eau pure et il me fixe de ses yeux rieurs qui me font tant de bien. Je me jette à mon tour dans ce qui reste de mon tas de feuilles et me vautre sans trop réfléchir dans sa bulle de bonheur.

Il crie de plaisir, je crie plus fort encore, nous sommes deux gamins, unis dans un même présent.

Puis il se dresse d’un bond, part à la course, me crie de l’attraper. C’est son jeu favori qu’il appelle « jouer au monstre ». Je dois lui courir après, il hurle d’une peur mêlée de joie et se réfugie à l’abri du lilas qui n’a pas encore perdu ses feuilles. À bout de souffle, je l’attrape, le prends dans mes bras, et le serre de toutes mes forces de vieil homme. Puis, épuisés tous les deux, nous roulons enlacés dans le tapis de feuilles. Ses cheveux blonds s’illuminent de l’or du soleil de cet automne que je trouve maintenant radieux. L’instant devient éternité.

 

         Je ne pense plus à l’hiver qui vient. Il appartient à un avenir que les enfants ne peuvent pas connaître. Le jeu me réchauffe, je n’ai plus froid. Les feuilles ne sont plus lourdes de regret, elles volent partout, légères et ivres de soleil. Le bonheur est entré dans ma cour. Et dans mon vieux cœur.

 

         Peut-être ce petit homme reviendra-t-il demain m’aider à remplir ce sac de papier qui est presqu’aussi haut que lui, ou peut-être aura-t-il une autre idée de jeu ?

Tant qu’il sera là, je serai heureux.

 

Je ne nettoierai pas ma cour aujourd’hui. Rien n’est plus patient que les feuilles !

Demain les éboueurs pourront éviter ma maison. J’ai trop à faire ce matin, je réapprends à vivre avec mon petit fils qui est promesse de printemps.

Texte de M.Daniel Dhavernas, Ottawa

publier, le 1er octobre

La photo ne représente pas le petit-fils de M. Dhavernas...

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