Concours d'écriture de JMV 2019

*Trouvez ici la publication des textes du concours 2019.

Sous le thème: Et la vie continue...

Et la vie continue

 

C’est à l’aube de mes six ans, en ce début septembre par une belle matinée ensoleillée, que ma vie bascule et que l’équilibre se rompt.

J’apprends à travers les cris et les larmes de maman que quelque chose de grave est arrivé. Je comprends vaguement, sans toutefois réaliser pleinement la gravité de la situation, que cela concerne papa.

Elle répète sans cesse qu’elle veut le voir; je m’accroche à elle et mes cris et mes pleurs se mêlent aux siens.

La vie s’est arrêtée en lui et jamais plus je ne le reverrai.

À ce moment, je ne comprends toujours pas vraiment ce qui se passe. Les jours qui ont suivi sont tombés dans le néant. Je ne sais pas de quoi ils ont été faits ni combien de temps s’est écoulé avant que ce chaos réorganisé devienne le quotidien qui sera désormais le mien. 

Malgré tout, la vie a continué. Évidemment elle est bien différente de ce qu’elle était auparavant puisque

la fratrie est dispersée. Chacun des quatre enfants est pris en charge par un membre de la famille ; moi, je dois aller vivre avec maman. Cela implique que je dois aller chez une gardienne lorsqu’elle n’est pas là, ce qui arrive malheureusement bien trop souvent.

Mon enfance a passé ainsi dans un mélange d’univers; tantôt agréable dans la petite ferme de mes grands-parents, le temps d’une vacance ou d’une fin de semaine, tantôt dans un quotidien auprès de cette gardienne peu chaleureuse qui régentait ma vie. Le climat de crainte qu’elle instaurait ne faisait qu’alimenter la peur, elle a muselé mon enfance.

 

Les années ont passé, un peu de ma jeunesse aussi. Nait en moi je ne sais comment cette certitude qu’un jour je serai heureuse. Je ne sais pas encore trop de quoi sera fait ce bonheur, mais mon cœur est nourri de cet espoir qui malgré la tourmente du quotidien ne faiblit pas.

C’est ainsi que la vie à continuer, l’adolescence à frapper à ma porte. Je lui ai ouvert les bras un peu timidement je dois dire, je ne savais pas trop ou allait me conduire cette nouvelle avenue. Encore bercée par les contes et les lectures de l’enfance je commençais à rêver à mon avenir. Le passé, le réel et le futur se mélangeaient un peu dans ma tête. Je n’étais certaine de rien en fait si ce n’est cette certitude que le bonheur était pour moi quelque part dans cette mouvance de la vie que j’aurai voulu voir avancer plus vite à certains moments.

À l’aube de mes 16 ans j’ai dû arrêter l’école, j’arrive alors sur le marché du travail bien timidement je dois dire. Sans diplôme, ma recherche me contraint à chercher un emploi qui ne requiert aucune qualification. Je suis finalement embauchée dans une famille pour garder deux enfants et assurer l’entretien de la maison. Durant mes fins de semaine je sors dans les bals de la région avec mon amie Sylviane, nous nous amusons et rencontrons de nouveaux amis.

Peu à peu j’ai rêvé à d’autres horizons, deux ans plus tard, j’ai frappé à la porte de l’hôpital de la ville la plus proche et je fus embauchée. Nouvelle aventure et non la moindre puisque j’y appris deux métiers : celui d’aide-soignante et d’infirmière. Ce dernier constituera une grande partie de ma carrière professionnelle. 

Toutes ces expériences depuis l’enfance jusqu’au moment où j’ai ouvert la porte à plus d’autonomie ont façonné la femme que je suis devenue et m’ont entrainée dans une quête plus profonde que je dirais identitaire.  Mon vécu de jeunesse a laissé des cicatrices douloureuses qui ont eu besoin d’un peu d’attention de ma part, elles ont aussi fait de moi un être qui a acquis cette capacité à rebondir que l’on nomme aujourd’hui  résilience.  Cette reconquête de moi-même s’est faite peu à peu et m’a amenée sur des routes que je n’aurai jamais pensé à emprunter comme celles du Québec puisque j’y suis aujourd’hui installée depuis bientôt 31 ans.

La vie y continue, celle que j’ai choisie, elle est faite de ces tous et rien que nous connaissons tous. Je n’ai pas eu d’enfant, mais mon conjoint devenu veuf m’a offert sa famille et je peux être une grand-maman heureuse de temps à autre.

Dans cette aventure de la vie, il y a ceux qui arrivent et ceux qui partent. Le quotidien se réorganise toujours au gré de ces mouvements, qu’ils soient heureux ou pas. Il suscite maintes questions qui nous invitent à nous arrêter, car qui un jour ou l’autre ne s’est pas questionné sur le sens de la vie. Surtout lorsque celle-ci nous parait absurde et incompréhensible comme le départ d’un être cher qu’il soit un parent ou un ami ou la mort d’un jeune enfant. Pourquoi lui ou elle, pourquoi maintenant et comment continuer sans eux? Tant de pourquoi et de comment et pourtant chacun trouve une façon de se consoler pour continuer à avancer en essayant de  trouver un sens-là ou humainement il n’y en a pas. Je n’ai pas fait exception à la règle et ma quête identitaire m’a aussi conduit vers celle du spirituel, car il fallait bien continuer…

Je suis maintenant retraitée suite à une longue carrière au service du soin   de la personne comme infirmière et comme massothérapeute deuxième métier que j’ai pratiqué durant une bonne dizaine d’années.

La vie offre parfois de beaux cadeaux, il en est un qu’il m’a été donné de recevoir durant une bonne partie de mon existence. Aux croisées des chemins sur tous ceux empruntés, le temps d’un arrêt la vie m’a offert la présence d’une rencontre. Un regard, un sourire, une bataille de boules de neige ou tout simplement un pas à pas dans le quotidien, au travail et voilà que l’ami s’inscrit dans la mouvance de ma vie en prenant une place toute spéciale. Quelques rencontres brèves pour le temps d’une vie et mon cœur s’est ouvert pour offrir la place à l’échange et la possibilité d’une relation plus durable. Lorsque la vie m’a entrainé plus loin vers d’autres horizons et j’ai laissé derrière moi ces fleurs de passage ne pouvant toutes les emmenées dans mes bagages. Je me souviens de tous ces bourgeons qui auraient pu fleurir ma maison ils sont là en dormance, car ils n’ont  pas été nourris de ma présence, ils ont été des amis qui ont laissé leurs empreintes en moi avec qui j’ai vécu des moments intenses. Sans eux dans ces étapes de ma vie je n’aurai pas su aussi bien vivre ce que j’étais à ce moment-là. 

Il y a ceux qui ont su résister à mes absences et mes silences et qui au loin gardent les bras grands ouverts. Je les retrouve comme si le temps n’avait pas de prise dans ce lien qui nous unit au-delà de toute espérance. Mes amis de toujours sont tout là-bas aux quatre coins de ma France natale. Lors de mes retours nous reprenons le partage de nos vies comme si nous nous n’étions jamais quittés. Tous les au revoir ne sont jamais des adieux, ils nous permettent de continuer à grandir comme les arbres dans une grande forêt et tout au loin je peux les apercevoir,  car  leur vie comme la mienne continue et nous savons que nous nous retrouverons. Aujourd’hui avec les amis d’ici cette aventure se poursuit, elle n’est pas finie.  

Si quelques regrets viennent parfois teinter mon ciel, ils s’éloignent vers l’horizon n’emportant avec eux que quelques soupirs. La vie continue quelques en soit les événements qui la traversent, elle est là dans chaque lendemain à l’aube de chaque jour qui se lève, comme une lueur qui apparait doucement après la nuit. 

Pourtant tout est là comme hier, la nuit n’a rien effacé, on sait même que parfois elle porte conseil. Mais tel un cours d’eau, elle a poursuivi sa course sans que j’en aie conscience me conduisant vers cette aube porteuse de promesses de nouvelles réalisations.

Comme tout un chacun j’embarque bien souvent et bien vite dans l’automatisme du quotidien et je m’oublie bien souvent encore dans cette routine. Je sais malgré tout que je peux revenir à ce lieu de moi ou je peux avancer un peu plus dans la conscience de qui je suis, me sentir mieux et réaliser davantage ce qui me tient à cœur pour continuer à bâtir l’avenir qui est le mien avec tous ceux et celles que j’aime.

 La vie continue à l’extérieur de nous nous devons sans cesse nous adapter, ce qui représente tout un défi en soi, car tout évolue très vite, la science, la technologie nous dépasse bien souvent, la vie en nous change aussi, le corps se transforme au fil du temps qui passe. Elle se poursuit aussi au-dedans de nous, car nous sommes en constante évolution et l’aube revient toujours inlassablement pour nous entrainer vers demain.

 Cette histoire  n’est pas terminée, car la vie continue quoiqu’il arrive.

 

Texte de Joëlle Perrier, publié le 1er janvier 2020

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