Concours d'écriture de JMV 2019

*Trouvez ici la publication des textes du concours 2019.

Sous le thème: Et la vie continue...

Exceptionnellement, nous publions un texte hors concours.

Ce texte ne fait pas partie de la liste du concours 2019, car son auteure madame Monique Céline Gagnon avait remporté le 2e prix de l'édition 2018...

Par contre, puisque la liste des textes du concours 2019 arrive sa fin, et que ce texte est tout

à fait d'actualité, nous croyions qu'il mérite sa place, ici...maintenant.

  

 

Et la vie continue….

 

Bien évidemment la vie continue, mais de quelle qualité, et à quel prix parfois.

Beaucoup de situations font qu’au moment où elles se présentent et aussi ce qu’elles provoquent  empêchent qui que se soit de dire, oui mais la vie continue.

 

C’est vrai que peut importe les drames, il se doit d’y avoir un retour progressif à la normale, il faut y mettre le temps, mais le temps prend parfois bien du temps. Il sera bon dans ces moments là aussi de consulter les personnes qui sont formés pour gérer les situations de crise.

 

Il y a tellement d’exemples qui remontent en moi, je n’ai qu’à penser à Madame Lucie Cormier Lapierre,

la mère de Jean Lapierre des Iles de la Madeleine. Tu te dis jamais elle va surmonter ce terrible drame, comment vivre après avoir perdu ton mari et tes quatre enfants plus ta belle-fille la femme de Jean…tous en même temps.

C’est certain qu’il faut y mettre le temps et avoir recours aux spécialistes qui vont nous aider à traverser l’épreuve inconcevable pour le commun des mortels.

Cette dame  d’une résilience comme tout madelinot est pourvu, surmontera l’épreuve malgré la grandeur et l’abominable de la situation. Et aujourd’hui pour eux tous encore la vie continue.

 

Cédrika Provencher, 10 juillet 2018,  enlevée, violée et tuée par son agresseur.  Son père disait j’y pense jour et nuit, j’ai perdu le goût de manger de rire, je veux voir personne d’autre que mes proches. Je fais des plans, je cherche, je recherche et je n’arrêterai jamais de le faire. Comme il doit être difficile pour lui de se dire oui mais la vie continue. Cela ne peut pas la ramener dira-t-il mais trouver le coupable serait un baume sur mon coeur...et après je pourrais dire maintenant la vie continue, mais pas avant.

 

23 janvier 2014  feu à la  Résidence du Havre pour personnes âgées à L’Isle Verte au Bas Saint-Laurent. Il y a quand même 32 personnes qui perdent la vie dans cette catastrophe, mourir dans l’effroi, la peur et la douleur qu’elle fin inimaginable. Et que dire des parents de ces personnes qui se trouvaient dans l’impossibilité de leur venir en aide…comment dire et la vie continue. Bien oui malgré l’horreur du drame pour les personnes concernées, pour la Municipalité de L’Isle-Verte on se doit d’aller de l’avant et de dire la vie continue malgré.

 

L’explosion des citernes rempli de pétrole sur le train qui franchissait la ville du Lac Mégantic le 6 juillet 2013 dû à une erreur humaine: 47 personnes perdent la vie et le centre ville est complètement détruit. Des images apocalyptiques qui touchaient tout le Québec et plus encore. J’ai toujours de la misère à imaginer la panique qui a dû s’emparer de toute la ville, inquiet pour leur père, leur mère ou leurs enfants etc...comment dire et la vie continue après ça...

 

Plein d’autres images me viennent en tête, je pense à mon village de Cabano le 9 mai 1950 quand une conflagration détruit 123 maisons. Tu peux faire quoi quand arrive une pareille catastrophe, c’est  aussi le gagne pain de beaucoup de personnes qui part en fumée ce jour là. 

Malgré la tristesse des événements je me souviens moi que ma sœur célèbre son anniversaire ce jour-là  et  que sa fête va se voir reléguer aux oubliettes. Mais le reste du village se meurt de chagrin, chanceux malgré tout il n’y a pas de perte de vie humaine, mais les pertes matérielles sont lourdes, et l’aide de la Croix rouge sera bienvenu, pour donner des abris temporaires, des vêtements, du nécessaires de maison et surtout de la nourriture en grande quantité. Nous sommes en mai mais l’hiver sera là comme toujours dans quelques mois, les tentes de la Croix rouge ne seront plus adéquates à ce moment là. Et vous croyez que les gens de ce patelin se disait, que voulez-vous …La vie continue…..je ne crois pas qu’ils se disaient ça, cela a dû prendre beaucoup de temps avant de le dire.

 

Mai 1964, je suis mariée, et mère d’un enfant de près de un an. J’arrive à Montréal pour être opérer pour un problème de santé, j’aurai une intervention à l’oreille pour arrêter l’infection.

Je suis en salle d’opération durant 5 heures avec de grands spécialistes, j’ai confiance. J’ai beaucoup de bandages autour de la tête durant plusieurs jours, mais ce qui me dérange ce n’est pas ça, c’est de voir dans le miroir ma bouche du côté gauche qui est croche mon œil gauche qui n’arrive plus à fermer la paupière comme il se doit, et quand je bois de l’eau la lèvre ne peut retenir le liquide et ça tombe par terre. J’ai 20 ans et je suis paralysé sur la moitié de mon visage, j’ai un mari que j’adore un enfant qui est ma raison de vivre et qui aura bientôt un an.

Je pleure à ne plus finir j’appelle ma sœur qui garde mon bébé car mon mari est resté dans mon patelin pour travailler, il n’avait pas le choix, je lui raconte ça en pleurant et je suis inconsolable. L’assurance-maladie ne faisait pas encore partit de notre vie, et le médecin nous avais fait un prix d’amis, huit cent dollars, nous sommes en 1964, tout un montant à rembourser.

Les médecins m’ont expliqué que ce serait long mais que tout finirait par rentrer dans l’ordre, l’intérieur du crâne avait été à l’air libre 5 heures de temps et les nerfs et muscles avaient enflés, mais cela se résorberait.  Vous croyez que je pouvais les croire moi, que je pouvais dire, bien sûr la vie continue….non non et non,  pas à ce moment là, j’étais anéantie, mon mari aussi, mais lui avait confiance, et il restait calme pour moi.

Le changement fut progressif, et six mois plus tard, il ne restait que de petites séquelles que seule moi pouvais voir. Ma paupière ne ferme pas tout à fait, mais ça va.

Oui j’ai fini par dire la vie continue.

 

Monique Céline Gagnon, Sainte-Julie

Publié le 1e avril 2020

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