Profitez de l'été pour lire ces textes !

En septembre, ils seront remplacés par les nouvelles productions de la Journée champêtre 2019, qui aura lieu le 31 août au Cap Saint-Jacques.

Les textes présentés dans cette rubrique ont été composés par un groupe de personnes réunies au hasard lors de la Journée Champêtre du 8 septembre 2018.

Chaque groupe devait écrire un texte à propos d'une Fille du Roy.

Des informations sur celles-ci leur avaient été fournies au préalable. 

 

***Dérouler jusqu'en bas pour les premiers textes publiés

Jeanne Touzé

 

Je suis Jeanne Touzé. J’arrive de France. J’ai fait une traversée pénible pour me retrouver ici, à Contrecœur en cette année 1668. 

J’ai vingt-huit ans et je vais prendre demeure ici pour me marier et fonder une famille. Je suis un peu inquiète face à ma nouvelle vie. Mais, je suis heureuse de m’établir ici, car mon statut d'orpheline en France ne me permettait pas de fonder une famille.

Mes compagnes et moi sommes logées au couvent des religieuses. Mère Marguerite nous renseigne sur l’art de bien choisir notre futur époux, qui sera le père de nos enfants. Je suis confiante et rassurée par la politique du Roi qui nous autorise à choisir notre mari et d’avoir aussi la possibilité de cesser notre relation; car la vie sera difficile.

J’épouse Jean-Gazaille St-Germain, un bel homme solide. Il a fallu travailler très fort afin de nous installer et d’avoir notre maison. J’aurai avec lui cinq enfants. Tous les jours, je remercie le Seigneur ! 

J’ai un mari très respectueux. Son mandat de pourvoir à nous nourrir, il y tient. Il travaille la terre, défriche de plus en plus de terrain, et ce à la sueur de son front. Ensemble nous avons à cœur de faire honneur au Roi de France qui mise sur nous pour établir cette nouvelle France.

J’ai cinq enfants vivants, et j’en ai perdu quatre. Malgré le dur labeur, je ne peux m’apitoyer sur mon sort ! J’ai développé des connaissances et compétences en agriculture, couture et éducation, car je sais lire et écrire.

Un jour de Noël, une violente tempête s’abat sur notre village. Je préparais un souper pour la fête du réveillon, mais il me manquait des ingrédients pour le repas et mon époux était allé chercher ce qui nous manquait…Il est revenu le lendemain soir avec les victuailles ! Il avait été pris dans la tempête. Donc les enfants et moi sommes restés seuls pour ce Noël. Quelle joie de le voir de retour ; nous avons célébré la fête avec juste un peu en retard.

En plus de ma dot, donné par le roi, j’avais apporté dans mon coffre quelques ustensiles (qui me sont bien utiles), un peu de fil et des aiguilles, ainsi que du tissu qui me permettent de confectionner des habits pour les enfants.

 

 

Le printemps venu, dans ce pays certains arbres produisent ce que l’on appelle de la sève. On la recueille à l’aide d’une goutterelle, et une fois bouillie, il en résulte un sirop doré et savoureux qui agrémente à souhait la galette de sarazzin.

Malgré les bons et doux moments une immense insécurité plane au-dessus de nous : « la terreur iroquoise », car, ils menacent les habitants de Ville-Marie. Nous restions aux aguets et nous nous préparions au pire. Mais, depuis un mois, la paix est revenue et nous pansons nos blessures. Cette situation nous démontre que les liens de la communauté sont solides et cela nous permettra de poursuivre notre mission. Participer à la colonisation de la Nouvelle-France !

Malgré notre vie difficile de colons, nous avons su développer un esprit d’entraide et de communauté : nous savons nous amuser. Nos veillées du samedi soir en sont la preuve : musique, danses et rigodons.

Cette nouvelle vie dans ce nouveau pays devenu le mien m’a rendue très heureuse.

 

Ce texte fut composé par :

Nicole Dumont

Christiane Pépin

Francine Prégent

Jeanne D’Arc Lapointe

Texte lu par Jeanne D'arc Lapointe

Jeanne Braconnier, fille du Roy

 

Jeanne arrive en 1673 à l’âge de vingt-deux ans. Le voyage en bateau, qui durera trois mois est fait dans des conditions pénibles. Plusieurs tempêtes, la mer fouettée par la pluie ou plombée par la chaleur, la traversé me parut très longue se rappelle-t-elle. 

 

Lorsqu’enfin je suis arrivée sur la terre de Nouvelle-France, je vis des forêts à n’en plus finir, mais peu de maisons. Et il faut encore prendre un canot pour nous rendre jusqu’aux personnes qui nous prendront en charge. Je suis fatigué, mais heureuse d’être arrivé et de rencontrer les religieuses qui doivent nous guider.

 

Mon but comme celui de toutes les filles du Roy est de fonder une famille. Et pour cela, ce n’est pas les hommes qui manquent. Il y a beaucoup d’hommes…

J‘ai le choix et j’en suis bien contente.

 

Jeanne est une jeune femme ravissante, pleine de vie, fière et qui a le sens de l’humour.

C’est Crespin Thuillier dit Latour qui le premier se présente. Beau comme un dieu, un homme de grande stature avec des mains qui ont le goût de cajoler…

Je lui dis…OUI !

Sans attendre, nous nous marions.

 

Puis, ma vie bascule ! Deux ans après mon mariage avec le beau Crespin et deux naissances, mon mari décède.

 

 Je rencontre alors, Charles Édeline, qui demeure au rang Du Ruisseau, nous nous marions et je quitte Varennes. Nous allons demeurer à Longueuil, charmant petit village sur le bord du fleuve où mon mari est meunier. 

 

De son côté, mon amie, Catherine rencontre Pierre Charron : ils se marient à l’Église Notre-Dame de Ville-Marie. J’aide Catherine à s’établir à Longueuil.

 

Charles est le cousin de Pierre et nous devenons vite amis tous les quatre. Un jour nous allons en pique-nique. Un pique-nique sur l’herbe en bordure du fleuve. La veille, Charles avait pêché, il nous a apporté plein de bons poissons frais. Quel délice ! 

Moi, j’ai mis dans mon panier de belles fraises, du pain fesse tout frais cuisiné par Géraldine.

Jeanne est amie avec toutes les femmes de sa communauté. 

Pour elle, le bonheur règne dans ce Nouveau Monde.

 

 

 

Une autre amie, Margarite (une femme avec une longue histoire très intéressante) qui a traversé la mer sur un voilier, balloté par de grosses vagues rendant la mer mauvaise, aide les jeunes femmes à se sortir de la pauvreté. Car toutes n’ont pas la même chance…Ensemble, elles tricotent en se racontant des anecdotes de leur coin de pays.

 

*******

 

Au fil du temps, je serai « en famille » douze fois : dix enfants de Charles et les deux de mon premier mari. Ce furent des années heureuses. J’étais entourée de ma tablée d’enfants et de mon cher mari qui prenait soin de sa famille. Moi, je voyais à filer la laine pour tisser les couvertures, je cousais les robes et autres vêtements, ainsi que le linge de maison. En plus, de boulanger mon pain de ménage. J’étais une bonne ménagère, j’obéissais à mon époux et lui prenait soin de chacun de nous. C’était dans l’ordre des choses.

********

 

Jeanne endort son petit dernier, elle lui chante la chanson du « Canadien errant ». Elle lui raconte l’histoire de Jeanne Mance qui a ouvert un hôpital; L’hôtel Dieu à Ville Marie. Jeanne Mance c’était s’occuper des filles du Roy qui ont été malades durant le voyage du navire l’Aigle D’or sur lequel elle était arrivée. Plusieurs étaient orphelines, leurs pères, souvent des militaires étaient décédés. Le roi Louis XVI avait remis à ces filles une dot de 50 livres pour être logé, nourrie et habillée. 

Il y avait aussi Marguerite Bourgeois qui éduquait et instruisait ces jeunes filles qui ont eu une meilleure vie grâce à cette religieuse. . En plus d’une école ménagère, elle achète et gère une ferme à Pointe-St-Charles pour nourrir les colons.

 

 

 

Soyons reconnaissants envers les filles du Roy comme Jeanne.

 N’oublions pas son histoire; après deux unions, douze enfants et après une longue maladie, cette grande dame s’est éteinte tout doucement. Entouré de sa famille, enfants, et petits enfants célébrant sa longue vie remplie de joie, de travail et d’amour pour sa famille et son nouveau Pays.

Cette femme courageuse a aidé à bâtir notre pays.  

Ses douze enfants; Albertine et  Joséphine Latour de la première union. Charles, Edmond, Jacinthe, Amédée, Joseph, Emma, Éva, Adeline, Hector et Laure Édeline ainsi que leur nombreuse descendance ont perpétué les traditions et les coutumes de Jeanne Braconnier.

Texte composé par: Michelle Fournier, Louise Charron, Monique Houle, Lise Rainville et Arthuro Bengoa

Texte lu par madame Lise Rainville

L’histoire Catherine Fournier qui quitta l’Ile de France en 1670.

La jeune Catherine n’avait à ce jour jamais connu ce qu’était une famille. Élevée par les religieuses, elle œuvrait pour la communauté sans trop de connaissances sur les choses de la vie ordinaire, contrairement à ce que vivaient les autres jeunes filles à Paris.

Elle n’avait à ce jour ni connu ni expérimenté ce que sont l’amour et l’attirance. 

Puis un jour, les religieuses l’ont choisie pour vivre la grande aventure de l’Amérique ! 

Avec en main, le très rare privilège, de choisir son homme et une dot pour qu’avec ce compère, elle puisse espérer un avenir qu’elle souhaite confortable, Catherine se sent fortunée…

La traversée n’est pas ce qu’elle avait imaginé. Confinée le plus souvent dans la cale du navire qui tangue au gré du vent et du temps; dans la pénombre, elle est entassée avec d’autres filles dont plusieurs ont le mal de mer. Elles reçoivent un seul repas par jour, souvent peu appétissant. Des mois à ne voir que la cale humide et malodorante.

L’arrivée à bon port est une véritable délivrance !

 À Tadoussac, elle n’a d’yeux que pour l’espace grandiose du fleuve. Puis, elle est consternée par l’immensité des forêts. Mais les routes sont plutôt des sentiers à peine déblayés où il faut souvent s’arrêter pour dégager la charrette: elles sont couvertes de « pommes de route », truffées de flaques d’eau, de trous par-ci par-là…Oh! Que ses belles chaussures ne font plus sa joie !

Puis, Catherine apprend qu’elle sera du deuxième contingent pour Ville-Marie, car des filles malades ont rapidement besoin des soins de Jeanne Mance : celles-ci partiront en premier.

Après neuf jours de canotage, de chavirages, de feu à allumer pour sécher le linge et cuire le «porridge» des repas, sans oublier les maringouins; elle arrive harassée !

Contente toutefois de rencontrer Marguerite Bourgeoys et d’enfin habiter une maison stable, la maison St-Gabriel. Elle y apprendra à tenir maison : coudre, tricoter, tisser. Voir aux récoltes. Mettre au caveau les denrées périssables, faire les conserves en prévision de l’hiver. Même fendre le bois. 

En plus, elle apprendra les lois qui régissent la Nouvelle-France. Entre temps, il y a des rencontres mondaines où de jeunes hommes sont présentés aux Filles du Roy. 

À 19 ans, elle a la possibilité de choisir grâce à sa dot, le rang qu’occupe son futur compagnon dans la société. Catherine fera un choix heureux !

Mathieu Mercardier dit La Haye. Mathieu est cordonnier; il fabrique des chaussures, des sacs, mais aussi des courroies, etc. Avec lui, elle aura deux fils: Pierre et Jacques. Deux ans plus tard son mari meurt d’une fièvre jaune et la laisse veuve avec un bien, la cordonnerie; mais, personne ne connaît ce métier, donc pas de relève.

Catherine n’aura d’autres choix que de chercher à se remarier.

Elle écrira plus tard à son amie.

  Mon deuxième mari, mon cher Jean Bousquet est un homme d’une force incroyable, mais d’une douceur délicieuse qui me fait découvrir des joies que je n’ai jamais connues au paravent. En le voyant la première fois, je savais que le Bon Dieu me le destinait. Il m’emmena à Varenne, au bord du fleuve, dans une grande maison qu’il avait bâtie de ses bras musclés.

Je fus émerveillée devant cette construction digne d’un architecte ! 

J’emménageai avec mes jumeaux encore aux seins. Puis, la naissance de ma première fille la combla d’un grand bonheur. Le quatrième enfant se fit attendre longtemps et les douleurs cette fois furent intolérables.  Jean alla chercher mon amie et voisine Anich. Une sauvagesse qui en connait beaucoup sur les plantes médicinales. J’avais perdu beaucoup de sang et les forces me manquaient. Anich s’est aussi occupé des autres petits et a ondoyé le bébé, qui est mort peu après.

Après avoir vécu quarante ans de bonheur avec mon Jean, nous voulions un autre enfant.  

Nous faisions alors notre devoir amoureux et voilà que je l’ai tristement perdu : son cœur s’est arrêté !

Il est mort sur-le-champ, dans le lit conjugal. 

 Je me console, d’avoir encore dix enfants en vie et en santé avec moi. Ils sont maintenant tous âgés de vingt ans et plus. Et je n’oublie pas les quatre bébés décédés quelque temps après leur naissance.

  De ceux qui restent, huit sont mariés et on bâtit leur propre maison sur un lot que j’ai remis à chacun. Mes enfants ont travaillé fort et nous travaillons tous à la réussite de notre vie, de notre survie. Heureusement, ils ne sont pas loin et je peux m’occuper de mes petits-enfants que j’aime beaucoup.

J’ai maintenant 62 ans, je suis veuve une deuxième fois.

Mère, grand-mère et maintenant arrière-grand-mère!

Lorsque je me rends à Repentigny chez Mathilde, la fille de ma Thérèse, pour l’aider à relever de ses couches, nous sommes allés à la grand-messe et là, elle me présente à un veuf distingué du nom de François Martin dit Langevin. Après mon départ, il s’informe à mon sujet. 

Quelle n’est pas ma surprise de recevoir une missive me demandant s’il peut me courtiser !

J’en suis étonnée. Je ne suis plus une jeunesse. 

Qu’a-t-il vu, chez-moi ? Mes cheveux blancs, mes rides ne l’ont pas effrayé… Peut-être a-t-il été impressionné par les bons enfants que j’ai eus et qu’il connaît…

Nous décidons de nous voir à quelques reprises et au bout de six mois, n’en pouvant plus de sa solitude, il me propose le mariage.

J’accepte aussitôt ! 

Selon la coutume, je laisse la maison à mon plus vieux.

Et quitte mon coin de pays pour le sien : Repentigny.

 

 Catherine a vécu en Amérique une vie, d’une certaine manière inespérée, par rapport à la vie des femmes européennes de cette époque. Elle porte bien le titre de « Mère de la Nation ». Elle a aimé et a été aimée par des maris avec qui elle a fondé des familles qui ont peuplées et fait grandir la «Nation Canadienne française » dont une nombreuse descendance porte fièrement les noms de ceux et celles qui créèrent un futur et une mémoire collective. 

 

 Texte composé par : Normand Prégent, Paulette Turcotte, Micheline Mongrain, Micheline Bédard et Noëlla Lacelle

                                                                   

     

                                                                   Texte lu par Normand Prégent

Françoise Loiseau

 

Née en 1638, Françoise est arrivée en Nouvelle-France en 1669 alors qu’elle avait 31 ans.

Plus âgée donc que la plupart de ses compagnes du groupe des filles du Roy.

Elle possédait une dot de 100 livres en plus de celle de 50 livres qu’elle avait obtenue du roi Louis XIV.

Elle était forte, et avait besoin de changer de vie. En allant ainsi en Nouvelle-France elle aurait la chance de changer son destin. Mais, pourrait-elle vivre sa vie, en toute liberté ?

Françoise était heureuse d’avoir l’opportunité de commencer une nouvelle vie, de se trouver un mari et de fonder une famille. Elle avait de grands espoirs : surtout celui de se bâtir une belle vie heureuse dans sa nouvelle patrie.

Déjà, d’avoir complété ce long et périlleux voyage en mer de plus de trois mois était tout un accomplissement, car les conditions de vie étaient difficiles sur le bateau qui l’avait amené de son pays, la France, vers  Québec. Plusieurs maladies sévissaient sur le navire; le typhus, le scorbut et peut-être d’autres. Pas tous les passagers n’avaient survécus au voyage !

Le bateau devait passer par Tadoussac pour y laisser les voyageurs malades. Seulement ceux en bonne santé pouvaient entrer en Nouvelle-France.

 

Françoise était issue d’un milieu pauvre et ne savait pas écrire. En France, à cette époque, les femmes étaient sous la responsabilité de leurs parents jusqu’à l’âge de 30 ans.

Elle se souvenait qu’après la mort de son père (étant l’aînée de sa famille), elle avait dû travailler fort à la maison, jusqu’au moment où sa mère l’envoya dans une maison d’accueil pour orphelin. Mais là aussi le travail était ardu.

Lorsqu’elle atteignit l’âge où elle devait se prendre en charge, on lui fit l’offre de faire partie d’un groupe de filles du Roy qui partait vers la colonie de Nouvelle-France, elle accepta avec joie.

Elle aspirait à une vie meilleure !

Arrivée en nouvelle France, elle fut accueillie par Anne, une  des personnes responsables d’accueillir les nouvelles arrivantes. Elle reçut des leçons de bienséances et apprit à tisser sur un métier. 

Puis elle a rencontré son futur mari qui s’appelait Mathurin Grégoire. Après avoir été présentée à quelques prétendants par Anne, elle choisit de marier Mathurin quelques mois après son arrivée, soit en 1669. 

Entre temps, elle avait aussi appris à faire son propre pain et confectionnait des savons du pays avec de la cendre, du gras animal et de l’eau de pluie qu’elle faisait bouillir. 

Ils s’établirent à Contrecoeur, tout d’abord, mais ils durent déménager à plusieurs reprises parce que son mari était devenu un fugitif à cause de divers démêler avec la justice. Parfois, il ne faisait que des petits larcins pour nourrir sa famille, mais il ne fallait pas se faire attraper ni avoir affaire à une personne belliqueuse…

Ils eurent six enfants, trois d’entre eux ont survécu. Trois sont morts en bas âge, mais les trois garçons vivants ont eu une belle descendance et leur mère a ainsi pu profiter des joies d’être grand-mère.

 

Françoise et Mathurin ont eu une belle longue vie à deux : 59 ans de mariage ! Tout un exploit à cette époque où l’espérance de vie était de 41 ans.

Ils sont décédés à l’âge de 90 ans et de 89 ans respectivement, l’un après l’autre à une journée d’intervalle en octobre 1728.

                                                                                                

 

Ce texte fut composé par :

Michelle Urlon, Cowansville

Louise Foucault, Cowansville

Louis Lamontagne, Cowansville

Texte lu par Louis Lamontagne, fier descendant d'une fille du Roy

L'histoire de Anne Michel.

 

Je m’engage, puis rassemble de menus effets personnels; aiguilles, petit couteau, épingles, peignes, mouchoirs, fils blancs, lacets pour corset et chaussures, les déposent dans la caissette de bois et de cuir.

Du pas de la porte au pont du navire, mon identité s’incarne : « Fille du Roy ».

Les amarres sont levées, je ressens mon cœur se serrer. J’ai les mains moites, la poitrine qui se contracte à l’idée de partir vers cette colonie royale et lointaine.

Par delà l’océan tumultueux et la noirceur de la sainte-barbe, je toucherai terre après trois mois, trois semaines, trois jours de traversée.

L’arrivée au port de Québec est chaotique. Bien dirigées par Marguerite Bourgeois nous réussissons à nous rendre à un endroit pour faire un brin d’hygiène avant de repartir.

Pour ma part, ce sera en barque, pour Montréal.

Arrivent un marin et des Indiens. C’est mon premier contact avec ces gens à cheveux longs et dressés portant des vêtements souples. Je m’en faisais beaucoup d’idées et inquiétudes, mais finalement ils sont très efficaces et nous sortent rapidement d’incidents qui auraient mal tourné.

Nous voilà arrêtés à Contrecoeur. Des villageois nous reçoivent tout contents de cette nouvelle couvée de Filles du Roy.

Âgée de vingt ans en cette année 1668, j’ai semble-t-il, beaucoup de choix parmi les hommes que je rencontre : dix hommes pour une seule femme.

 Étant robuste, disciplinée, en bonne santé et pas laide à regarder, je sais que Dieu me dirigera vers mon destin.

« Que Dieu me vienne en aide et m’assure une bague au doigt. » 

Je suis Anne Michel, j’ai épousé Jacques….dit Lapensée en 1668; établis à Contrecoeur nous avons eu quatre enfants. Puis en 1674, en secondes noces, Jean Massault dit St-Martin aussi de Contrecœur. Nous avons eu 6 enfants.

Au cours de ma vie, je donnerai naissance à une brassée d’enfants qui deviendront défricheurs et bâtisseurs en ce pays de quatre saisons. Je vivrai entre froidure et engelure d’hiver, rouge et or sur montagne, pelure de verdure printanière et chaleur d’été au chant des grillons.

Quatre cents ans plus tard dans un endroit bucolique toujours le long du même fleuve, des femmes des sixième, septième et huitième générations se remémorent ma vie : je ne suis donc pas oubliée…

Ce texte fut composé par :

Joanne Charlebois, Rigaud

Nicole Dozois, Ste-Julienne

Suzanne Lefebvre, Joliette

Jeanne Gagné, Dunham

Marie-Josée Bédard, St-Lambert

Nicole Bédard, Brossard

 

Hommage aux Filles du Roy.

Vos labeurs, vos douleurs, vos eaux emportées par le fleuve ont déposé les semences d’une nation nouvelle.

Mains habiles, bras défricheurs et cœur au ventre, vous  avez tracé les sillons d’espaces à cultiver et à récolter.

Vos pas, vos traces jusqu’à votre repos éternel, héritage royal d’une langue et des racines aux arbres de nos vies. 

Suzanne Lefebvre, Joliette

Texte lu par Nicole Bédard

L’histoire d’Anne Julien qui quitta l’Ile de France en 1668.

J’avais dix-sept ans et j’étais ignorante des choses de la vie!

L’opportunité offerte de devenir une « Fille du Roy » m’enchantait.

Confiante, malgré toutes les difficultés dont on parlait, je me lance dans l’aventure. La mer, l’océan…c’était fabuleux, mais quelle épreuve que cette traversée !

J’ai cru mourir mille fois et mille fois, j’ai regretté…

Mais, notre révérende mère Marguerite Bourgeoys m’a tellement soutenue, encouragée.

Elle m’a enveloppée dans le manteau de la Vierge Marie; notre maman du Ciel.

Je ne me doutais pas que j’enfanterais dix fois, lorsque j’ai vu les yeux de Nicolas mon futur époux en descendant sur le quai. 

Le contrat de mariage complété, on s’est marié devant un prêtre et je suis devenue madame Nicolas Choquet-Champagne. Nous nous sommes établis à Varennes, là où j’ai développé les talents d‘une bonne ménagère qui vit à la campagne. Nous étions privilégiés de pouvoir bâtir un foyer heureux sur les rives du majestueux Saint-Laurent. L’accès au fleuve nous permettait de pêcher et de chasser. J’ai appris à manier la quenouille et le fusil.

Le plus dur labeur…mettre au monde dix enfants !

Quand je croissais d’autres filles du Roy qui avaient été de la traversée avec moi, je leur disais que j’avais un bon mari et que j’étais chanceuse, car en plus c’était un bon amant…

Mes enfants grandissaient; je connaissais peu de choses des chiffres et des lettres et je voulais qu’eux au moins puissent avoir les connaissances que je n’avais pas eu la chance d’apprendre avant de quitter la France.

Heureusement, je savais qu’en Nouvelle-France ma descendance aurait cette chance.

 

Ce texte fut composé par :

Monique Sourdif, Yvette Cazelais, Christiane Marie Edom et Denise Benoit 

Texte lu par madame Yvetts Cazelais

L’histoire de Marie Devault arrivé en 1667 à l’âge de vingt ans.

 

L’écho de la voix du capitaine se faisait encore entendre dans ma mémoire.

J’ai dû courir pour monter à bord, juste au moment où il criait aux matelots d’enlever la passerelle. Madame Bourdon, notre surveillante, m’accueillit avec sévérité et m’accompagna jusqu’à ma couchette. C’est à ce moment que je ressentis une douleur à la poitrine en pensant à tout ce que je laissais derrière moi. 

Des larmes coulent sur mes joues. Perdue dans mes pensées, je suis sourde aux bruits qui m’entourent. Je songe à ce voyage qui risque de durer plusieurs mois et qui sera sans doute difficile. Je pense aussi à tout ce qui m’attend lorsque, nous mettrons pied à terre.

En effet, pendant les trois mois qu’a duré le voyage, nous avons essuyé quatre tempêtes; nous avons souffert du manque de nourriture. L’eau était rancie et la maladie sévissait à bord. J’étais au désespoir!

Un bel après-midi du mois de juin 1667, j’entendis un marin crier « TERRE ».

Nous avons vu alors apparaître devant nous le grand fleuve qui nous ouvrait les bras. Lorsque le bateau arriva enfin à Québec, une foule se tenait sur le quai et attendait impatiemment que les passagers débarquent. Quel soulagement ! 

Après avoir passé trois mois dans la cale du bateau, mes vêtements étaient souillés et imbibés de la puanteur des animaux logés à l’étage inférieur au nôtre. Les Ursulines nous accueillirent avec bonté. Nous avons pu nous laver et nous avons eu droit à un bon repas. 

La nuit qui suivit fut la meilleure depuis longtemps.

Quelques jours plus tard, les religieuses ont organisé un goûter sur l’herbe pour nous permettre de rencontrer des hommes désireux de se trouver une épouse. Lors de ce goûter, je remarquai rapidement le beau Antoine Coderre qui affichait un magnifique sourire. Je cherchai aussitôt à attirer son attention.

Antoine et moi, nous sommes revus à plusieurs reprises et nous avons décidé de nous marier…

Le lopin de terre d’Antoine était bien loin de Québec. Le voyage en canot qui nous mena à Contrecoeur, dura près de sept jours et fut aussi pénible que la grande traversée en bateau.

Cependant, quand j’ai vu la cabane d’Antoine et l’emplacement qu’il avait choisi pour la construire, j’ai cru tout de suite en un bel avenir.

NOTE : Le couple eut onze enfants et Marie qui décéda en 1687 à l‘âge de quarante ans est enterrée ici, à Contrecoeur.

 

 

Ce texte fut composé par :

Lisette Parent

Brigitte Plumet

Josette Lévesque

Gisèle Lapalme

Gilles Boismenu

Texte lu par madame Lisette Parent

Contrecoeur, 8 septembre 1702 

Je me présente, je suis Madeleine Chrétien.

Je décide d’écrire une lettre à mon parrain et marraine.

 

Bonjour cher parraine et marraine,

 Après le décès de mon père, n’ayant pas de dot, je décide de prendre le bateau pour la Nouvelle-France.

La traversée fut très pénible, puisque je suis malade tout au long du voyage qui dure 90 jours. Quelle traversée puisque j’allais vers mon destin !

En mettant pied à terre, je suis prise en charge par ma cousine Marguerite Bourgeois. On me procure des vêtements convenables et propres. Celle-ci nous enseigne les rudiments nécessaires à notre future vie avec le peu de moyen et de ressources en cette saison de l’année. La saison des cultures achève et nos paillasses à l’étage de l’étable sont fraichement refaites.

Jouissant d’une liberté exceptionnelle reçue du roi de choisir en temps opportun un partenaire de mon choix, je prends toutes les occasions de me joindre à la classe bourgeoise.

Je me souviens d’une promenade le long du beau grand fleuve; j’ai aperçu un canot, et je n’ai pas résisté à la tentation. Je saute dedans et je me suis rendu sur une île inhabitée. C’est alors que trois chasseurs m’ont agressé, mais un Seigneur m’a sauvé.  Il s’est présenté comme Pierre Chicoine. Quel homme magnifique ! Je demande à Marguerite comment le remercier et elle m’a fait comprendre que je pouvais choisir entre le Seigneur que j’avais rencontré pendant la traversée.

Alors, pour remercier monsieur Chicoine, je lui écris sur une écorce de bouleau. Ce qui devait arriver arriva. Je me suis mariée avec Pierre, 2 mois après mon arrivée.

J’ai entrepris avec confiance et empressement d’élever une famille que j’espère nombreuse et heureuse. Avec joie et bonheur, j’ai accepté et aimé mes neuf enfants.

De nombreuses attaques sournoises des Iroquois sont venues mainte fois perturber notre mode de vie et mettre en danger la vie de ma marmaille.

Après plus de 20 ans de bonheur, mon mari décède dans son sommeil en 1692.

À la suite de mon veuvage de 10 ans et par un concours de circonstances, je rencontre à Contrecoeur, Louis-Odet de Piercot, sieur de Bailleul,qui devient mon mari. Je n’enfante plus puisque j’ai 56 ans et Louis a seulement 28 ans.

Pendant que Louis s’affaire dans sa carrière de militaire, je continue à gérer la Seigneurie de Bellevue.

Je vous laisse avec toute mon affection.

Je rêve souvent que je suis revenue sur la terre de mes ancêtres « Wendat ».

 

Ce texte fut composé par :

 

René Therrien

Diane Leclerc

Annie Bédard

Joëlle Perrier

Jeannine Dionne

Texte lu par madame Jeannine Dionne

Et... Voilà ! À l'année prochaine.

*D'autres photos se retrouveront sous peu dans les pages de vos régions respectives.

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