Souvenirs de Paulette Léveillé

Suite au décès de madame Paulette Léveillé (Galarneau).

À la demande des ses enfants...nous publions à nouveau le texte qu'elle avait écrit pour le concours 2014 pour lequel, elle s'était mérité le 2e prix.

Puisque la maladie a empêché Paulette de finir son autobiographie, ses nombreux petits-enfants et arrières petits-enfants auront au moins le bonheur de lire ce texte.

Que la vie est belle depuis que j’ai entendue sa voix….

 

A quelques mois d’intervalle j’ai eu le malheur de perdre mes parents que j’aimais beaucoup.

Me voilà donc de nouveau « orpheline ». De « nouveau » me direz-vous ?

Oui, puisque ceux qui sont devenus mes parents m’ont adopté à l’âge de 9 mois: par conséquence j’avais donc été « orpheline ».

À l’adolescence, je fais une première tentative afin de trouver ma mère biologique… Recherche demeurée vaine.

Puis la peine et la douleur de la perte de mes parents à l’âge vénérable de 98 et 91 ans s’étant atténuées, je recommence mes recherches, elles me conduiront éventuellement vers un bonheur absolu.

Les recherches sont cette fois fructueuses et enfin une lettre me confirme les retrouvailles à une date qui me paraît si loin, et si proche à la fois.

J’attends, anxieuse et impatiente, le jour où j’entendrai enfin sa voix.

Je rêve de prendre l’auteur de mes jours dans mes bras qui seront invitants et rassurants.

Mais les réactions anticipées seront-elles réciproques?

Il faudra s’apprivoiser. Nous correspondrons durant une interminable année… Maman n’étant pas prête à subir un tel choc émotif à 80 ans.

 

Puis un jour le téléphone sonne chez-moi. Je suis absente !

À mon retour, quelle ne fut pas ma surprise d’entendre la voix douce et calme d’une femme sur le répondeur.

C’est ma mère ! La voix de ma mère !

Que la vie est belle depuis que j’ai entendu cette voix. SA voix.

 

Je l’écoute à maintes reprises. Son message est de bon augure. Mon cœur bat très fort, je pleure, je ris, j’exulte… Toutes mes émotions sont au paroxysme. 

Ce message, est une courte jasette, ou plutôt un monologue qui se termine par ces mots : « Je te rappellerai ma fille adorée ».

Ce sont les mots que j’attendais depuis si longtemps.

Que la vie est belle depuis…

 

Me voilà toute fébrile et comblée d’entendre cette voix. Je suis tellement heureuse, je sais que maintenant je pourrai dialoguer avec elle et je sens ma vie qui bascule vers la joie des brins de causette que nous partagerons. 

J’attends toujours impatiemment le grand jour de la rencontre, lorsque je la verrai en chair et en sang...

Ma chair et mon sang!

En attendant, je profite des petits délices quotidiens. Nos mots attentionnés lors des appels téléphoniques, nos pensées virtuelles, nos échanges de lecture, nos petites missives affectueuses, puis les cartes d’anniversaire qui arrivent après tant d’années. Que la vie est belle depuis !

On ne s’est encore jamais vues, la magie opère.

 

Le cheminement du mouvement «  les Retrouvailles » me semble interminable.

Je persévère pourtant malgré les entrevues multiples avec les intervenantes sociales, les questionnaires pénibles,  les cachets à payer et j’en passe.  Rien ne m’arrête, je vis le présent, les prémices de si beaux jours à venir.

Pouvoir se dire réciproquement: « Je  t’aime » est déjà tellement doux à l’oreille. 

Quel ravissement!

En ce qui concerne les lettres que nous échangeons, ni elle, ni moi, ne savons d’où elles viennent. Notre correspondance est, selon une expression consacrée « passée au peigne fin ». Lue et jaugée, par mesure de précautions sans doute. Mais rien n’altère notre art épistolaire.

Nous vivions d’espoir…les décidant « décideront »; c’est-à-dire les intervenants sociaux dont les jugements prévalent dans tous les cas.

Dring! Dring! Enfin le téléphone sonne…le grand moment serait-il arrivé?

En effet, une préposée offre une rencontre. Je choisie la date et l’endroit; un restaurant renommé. 

Je suis fébrile à l’idée de cette rencontre, mais le hic…Comment nous reconnaître?

J’ai alors la « brillante » idée de proposer le port d’un chapeau. J’aime les chapeaux.

 

Tel que convenu, je me présente à la porte du restaurant…il est midi juste…j’avance dans l’embrassure arborant un chapeau à large bord en denim, un peu bizarre me direz-vous en plein midi, mais l’amour filial vaut bien une risée… Mes yeux font un survol rapide à la recherche d’une dame âgée portant un chapeau; le seul indice nous permettant de nous repérer. 

 

Étant arrivée à l’avance, elle avait pris place tout au fond du resto, je ne la voyais pas d’où je me tenais. Et soudain un petit bout de femme d’a peine 5p. se lève promptement; elle arbore fièrement un joli petit bibi bleu. Mon cœur palpite, je me dirige alors allégrement vers la banquette où est aussi assise une intervenante sérieuse et peu loquace. L’ignorant complètement, je me jette dans les bras de maman en lui disant « Je vous aimes déjà ».

Nos regards s’accrochent. Je ne peux m’empêcher de lui dire à l’oreille : « Vous avez de beaux yeux bleus, le même bleu que l’eau de la mer en Gaspésie, là où vous n’avez portée durant neuf mois, expatriée et forcée par la honte de votre temps. » Les terribles années 30!

 

 

Cette joie ne peut-être éphémère, pensais-je.

Au même instant maman dit : « Oh! Comme tu ressembles à ton père. Il s’appelait Paul. » Je découvre alors d’où provient mon prénom « Paulette ».

Que la vie est belle depuis ces mots, prononcés par sa voix.

 

Nous commandons le repas, nous jasons de choses et d’autres, rien de bien profonds; nous sommes sous écoute. Je suis toujours rivé à ses beaux yeux bleus, je bois ses paroles, j’entends enfin sa voix.

Maman me dévoile soudainement que son vrai mon n’est pas Hortense, mais Rita.

À la crèche, les prénoms des filles mères ne devaient pas être divulguées.  Sainte Confidentialité!

Spontanément, je la prends dans mes bras pour une accolade émouvante.

Moi qui venais tout juste de terminer un cours de théâtre et de jouer une pièce où mon rôle était « La conscience de Rita » un personnage attachant. 

Coïncidence, hasard?

Puis j’apprends que j’ai un demi-frère…mon cœur palpite. Ce dernier porte le nom d’un frère de ma mère. Coïncidence ou hasard ? Le nom du restaurant où nous sommes attablées est le même!

Et les atomes crochus s’installent…

 

On se regarde toujours avec intensité, l’heure du départ approche. 

Maman dit alors  « Comme tu es belle, tu ressembles tellement à ton père ».

Ce père qui demeurera toujours un inconnu.

Il est décédé tragiquement après ma naissance. 

 

À partir de ce jour, nous sommes devenues ce que nous devions être: une mère, une fille, des amies, des confidentes. Nous étions magasineuses, accompagnatrices de rendez-vous médicaux, dégustatrices de mets nouveaux.

Tous ces chapeaux, nous les portions dans la joie, l’humour et la tendresse réciproque.

 

Nos conversations étaient parfois à sens unique. Je ne devais jamais lui poser de question, c’est elle qui choisissait ce qu’elle voulait m’apprendre sur sa vie passée. 

Je sais maintenant que j’ai un demi-frère dont je suis de vingt ans l’ainée. 

Sa femme et ses deux enfants m’accueillent avec une simplicité réjouissante.

Mon demi-frère, copie conforme de maman, étant fils unique, a enfin réalisé le rêve qu’il chérissait très jeune, celui d’avoir un jour une petite sœur. Que je sois finalement l’ainée ne lui déplait pas.

Grâce à cette maman chérie, notre famille compte cinq générations, toute féminine.

Maman 95 ans, moi, 75, ma fille 55, ma petite-fille 25 et l’arrière-petite-fille 2 ans.

Les fêtes sont nombreuses chez-moi, tout est prétexte aux réjouissances festives et familiales. 

Maman, prend son petit brandy quotidien, son « remède ». 

Elle est toujours bien présente, elle participe, elle est alerte et allumée…rien ne semble l’arrêter.

 

Il y a deux ans, elle décide d’arrêter de fumer, car ses poumons lui font signe, mais hélas…trop tard.

Elle décèdera d’une pneumonie virale, après seulement deux jours de maladie.

Mon demi-frère la veillait la nuit, moi le jour. J’en ai profité pour lui répéter combien je lui étais reconnaissante pour le don de la vie et pour les 15 belles années passées ensemble dans le respect et l’amour filial. 

Sa présence dans ma vie m’a fait connaître et vibrer à un bonheur incommensurable, qui se perpétue dans les beaux moments familiaux.

Lors des funérailles, de façon impromptue et improvisée, j’ai laissé parlé mon cœur et je lui ai rendu hommage. 

Nos âmes se sont certainement branchées dans l’interplanétaire du ciel bleu de cette journée. Et, à la grande stupéfaction de sa famille, j’ai révélée mon identité. 

J’avais gardée l’anonymat toutes ces années à sa demande.

Personne ne connaissait mon existence d’enfant illégitime, à l’exception de mon demi-frère et sa petite famille immédiate. 

Heureusement le choc a été positif pour tous.

Sans doute que maman veillait sur nous avec bienveillance. Elle devait nous regarder avec tendresse, car son fils, joallier-bijoutier avait eu une idée géniale.

Décorer sa belle urne de nos empreintes respectives fondues dans l’or.

Maman aimait tellement l’or. 

Quel beau prolongement!

 

Aujourd’hui encore, le bonheur perdure malgré l’absence physique de ma mère. 

Je m’efforce de perpétuer ce don pour le bonheur dont elle était l’exemple.

Sa voix s’est éteinte, mais je l’entends encore me chuchoter à l’infini: « Mère un jour, mère toujours. » 

Que la vie est belle depuis!

Au revoir et merci Maman

Et... Voilà ! À l'année prochaine.

*D'autres photos se retrouveront sous peu dans les pages de vos régions respectives.

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