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Textes concours d'écriture 2025

Les trois textes gagnants sont dans les archives.

Et...les trois derniers textes de 2025.

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 À lire ce mois-ci sous le thème

Si j'avais une autre vie à vivre

 par Suzanne Blackbutn

***Défiler jusqu'en bas pour les trois textes.

Si j’avais une autre vie à vivre...


Je voudrais être capable d’aller au bout de mes rêves !

 

Déjà octogénaire et je rêve encore. Avec tant de souvenirs et toute une vie derrière moi, je me demande toujours quel est mon rôle dans l’univers.  

J’ai grandi dans une famille nombreuse, comme ce fut le cas pour tant d’autres de ma génération.

Adolescente, j’aurais voulu devenir psychologue ou psychopédagogue afin d’avoir l’expertise et la crédibilité nécessaire me permettant de convaincre les adultes que les enfants étaient intelligents, capables d’exprimer des idées créatives et qu’on avait beaucoup à gagner si nous les écoutions et les laissions nous inspirer. Malheureusement, à cette époque, les études supérieures n’étaient pas nécessairement accessibles aux filles.

 

J’ai voulu croire en l’ultime bonheur et j’ai expérimenté la vie au cloître.

Après six ans de réflexions, je suis retournée dans l’espace laïque et j’ai cherché ma voie dans différentes expériences de travail. Finalement, je me suis engagée dans la vie conjugale et les responsabilités parentales. À soixante ans, j’ai pris le virage de la retraite et des expériences inédites pour moi m’ont offert une nouvelle vie. 

 

J’aurais voulu être une artiste* et jouer un concerto de Mozart avec Nagano.
J’aurais voulu être une artiste et créer de beaux tableaux comme Frida Khalo.
J’aurais voulu être une artiste et écrire des récits touchants comme Gilles Archambault.

Et ces rêves ont laissé des traces. 

Tout au long de ma vie, la musique m’a accompagnée et fut un refuge dans mes moments de solitude.
Tout au long de ma vie, les couleurs m’ont fascinée et m’ont parfois permis de m’extérioriser.
Tout au long de ma vie, les mots exprimés dans le silence de l’écriture m’ont rassurée.

Aujourd’hui, déjà octogénaire, j’essaie de faire le bilan de mon parcours et de tous ces rêves jamais complètement réalisés. Pourtant la musique est toujours présente dans ma vie, tout comme mon attrait pour les couleurs et le plaisir d’écrire.

Je réalise que je n’ai plus rien à prouver. Alors je me permets de passer du temps dans des compétitions amicales et de jouer aux quilles, jouer aux cartes, jouer au scrabble et, bien sûr, j’y éprouve beaucoup de plaisir.

Je m’évade dans la lecture et passe des heures à vivre avec des personnages attachants comme s’ils faisaient partie de ma famille. 

J’ai toujours été et je sais que je serai toujours passionnée par la spiritualité, la philosophie, la psychologie. Je suis depuis toujours préoccupée par la justice, ou plutôt le manque de justice dans le monde. Je ne comprendrai jamais pourquoi il y a tant de gens qui souffrent de la faim jusqu’à en mourir alors qu’une dizaine de nos nombreux multimilliardaires sur la planète auraient les moyens de les nourrir tous.

 

Oui, oui, me direz-vous, c’est la loi du libre marché, ça fait partie de nos valeurs démocratiques. Mais quand la richesse des uns repose sur la misère des autres… 

Ce qui me rend le plus heureuse aujourd’hui, ce sont les relations que j’entretiens avec les personnes de mon entourage qui partagent mes valeurs. Si j’étais millionnaire, je ne changerais probablement pas mon mode de vie, la simplicité volontaire me convient bien. Si j’étais millionnaire, je pourrais m’offrir le luxe de soulager quelques misères. Comme jeter une goutte d’eau dans l’océan me direz-vous, et si par hasard cela permettait à quelques personnes de commencer à rêver, est-ce que ce ne serait pas merveilleux ?

Oui, je rêve encore. J’ai peu de regrets et pas beaucoup d’attentes dans la vie présente. De 0 à 20 ans je me suis préparée à la vie, de 20 à 40 ans, je me suis cherchée dans la vie, de 40 à 60 ans j’ai été épouse et mère et 60 à 80 ans passés, je vis ma retraite à fond de train.

Qu’est-ce qui me reste pour les années à venir, sinon continuer à rêver ?

Si j’avais une autre vie à vivre, je voudrais réaliser mon rêve d’adolescente et devenir psychologue ou avoir accès à toute autre formation me permettant d’être mieux outillée pour aider les gens à se réaliser et trouver le bonheur. J’aimerais tellement revenir dans un monde où les guerres feraient place aux compétitions amicales et où l’entraide serait universelle. 

Parallèlement, je pourrais aussi fleureter avec une carrière d’artiste, car bien sûr, la musique, les arts visuels et l’écriture demeureraient présents pour moi dans cette autre vie et m’aideraient, comme dans la vie présente, à naviguer plus facilement à travers les parcours souvent aléatoires de l’existence.

* Emprunté à Claude Dubois dans Le blues du businessman.

 

Texte de Suzanne Blackburn, publié mai 2026

​Texte "2"

Un rêve de jeunesse

 par

Yvon Bussière

 

Un rêve, pas comme les autres...

1970, Albert a 9 ans. Il est un enfant timide, un peu à l’écart des jeunes de sa classe, car il est différent des autres ; on le traite de rêveur, de quelqu’un qui est toujours dans la lune. Il n’a pas les yeux comme les autres : ils sont en forme de riz, comme ses camarades de classe s’amusent à le dire. Ses parents ont fui la guerre du Vietnam, pour s’établir au Québec. 

Une famille sans enfant, établie dans la campagne de la petite municipalité de 1200 âmes, a accueilli la jeune famille vietnamienne, de sorte qu’elle s’adapte aux coutumes de la région. Afin de mieux intégrer l’enfant à son nouveau milieu de vie, on lui a donné le prénom d’Albert, « An-bờ » dans son pays. 

Il se rend à l’école à pied, en parcourant les cinq kilomètres qui le séparent de l’établissement situé au centre du petit village. L’été, tout se déroule sans trop de problèmes, mais l’automne, il doit être aux aguets, car le ciel du Québec se couvre d’une épaisse noirceur à la fin des classes. Le retour est périlleux, la route de terre battue est étroite et sombre. Tard, l’automne, la neige n’est pas encore arrivée pour éclairer, un tant soit peu, la petite route de campagne. Elle est bordée d’un ruisseau et protégée du vent, par une imposante forêt aux teintes contrastées, en ce temps-ci de l’année. Les automobilistes sont parfois imprudents et pressés de rentrer à la maison. 

Lorsqu’Albert se rend à l’école, il a tout le temps de rêver. Il admire le vol des oiseaux, il écoute leur chant et les murmures de la forêt dans laquelle il n’a jamais osé s’aventurer, car, dans son pays, des animaux dangereux s’y tapissent : des éléphants, des singes et le plus dangereux, le Loris lent pygmée, un primate venimeux. Albert aime contempler, haut dans le ciel, les avions. Il se dit qu’un jour, il aimerait bien voler lui aussi.

À l’école, durant la période de dessin, il demande à sa professeure, Mme Morissette, de lui dessiner un oiseau. D’un trait assuré et libre, l’institutrice s’exécute. Elle dessine un oiseau avec une habileté déconcertante pour l’enfant. Tout en regardant l’oiseau prendre forme sous ses yeux, Albert dit à l’enseignante : « vous savez, madame, Flocon ne reviendra pas. » Troublée, madame Morissette termine le dessin et inquiète, remet le croquis à Albert en demandant : 

— Pourquoi dis-tu cela ? Comment sais-tu que mon petit chien s’appelle Flocon ?

Et pourquoi dis-tu qu’il ne reviendra pas ? Elle est inquiète, car effectivement, Flocon a déserté la maison. Il n’est pas rentré hier soir après de nombreux appels répétés. Madame Morissette n’a presque pas dormi de la nuit et au matin, Flocon n’était toujours pas revenu à la maison. 

— Je ne sais pas pourquoi je vous dis cela madame. Je vois un petit chien blanc, et j’ai entendu dans ma tête le nom de Flocon. Je devais tout simplement vous le dire. Albert regagne son pupitre, envouté par la beauté de l’oiseau que Mme Morissette lui a dessiné. Il admire cet oiseau. Il se demande comment un si petit animal peut arriver à voler.

 

Ce soir-là, après l’école, tout comme Flocon, An-bờ n’est pas rentré à la maison. Ses parents et sa famille d’accueil se mirent vite à sa recherche. Les autorités, bien qu’éloignées, ont été avisées et l’enseignante rapidement interpelée. Que s’est-il passé ? Où est Albert ?

Madame Morissette raconte aux policiers que durant la journée, Albert avait eu une dispute avec un élève de la classe. Il lui arrivait de souffrir d’intimidation. 

L’enseignante est pensive. Tout se bouscule dans sa tête ; cet élève, et sa petite gang, auraient-ils dépassé les bornes ? En elle-même, une pensée taraude son esprit : ces petits voyous s’en seraient-ils pris à Albert et à son animal de compagnie ? Et pourquoi Albert m’a -t-il fait cette confidence ? Avait-il entendu parler d’un mauvais coup que mijotaient ses camarades de classe ? Une autre pensée, encore plus morbide, éveille une peur insoutenable ; aurait-il été enlevé comme le petit Jonas, il y a quelques années, lors de son retour à la maison ? Jonas n’a jamais été retrouvé. Faute de corps, personne n’a été accusé. Des soupçons ? Oui, deux hommes aux allures louches ont lourdement été suspectés, mais sans jamais être en mesure de prouver leur implication.

Après cet interrogatoire, la police sortit un papier signé de la main de l’institutrice, sur lequel était dessiné un oiseau, et le montra à Mme Morissette. L’enseignante blêmit et faillit s’évanouir. 

— Où l’avez-vous trouvé ? demande-t-elle, haletante, exprimant une difficulté soutenue à reprendre son souffle, comme si le cœur était pour s’arrêter de battre. 

— À mi-chemin, entre l’école et la maison du gamin. L’endroit est désert dans ce coin de campagne isolé. Cependant, nous avons relevé des traces d’auto, comme si quelqu’un avait freiné subitement. Mais rien de plus. Mis à part ce dessin. 

— C’est bien moi qui ai fait ce dessin, dit-elle, inquiète. Albert me l’avait demandé aujourd’hui.

— Nous allons contacter le centre hospitalier le plus près, et nous allons poursuivre notre enquête. La police quitta les lieux tout en rassurant les familles et le personnel de l’école.

Suite à un appel téléphonique au centre hospitalier, les autorités confirmèrent que tôt, en soirée, un enfant inconscient, suite à une collision automobile, avait été amené à l’hôpital. L’enfant n’ayant aucune identité sur lui, le conducteur automobile, n’avait eu d’autre choix que de l’amener le plus vite possible à un poste de secours. Le chauffeur connaissait peu la région, et dans la panique de l’instant, fit ce qu’il avait cru bon de faire. 

C’est expressément que la famille et l’institutrice sont informées de la condition de l’enfant. Il est en très mauvais état. Il est dans le coma.

Albert est dans le coma depuis une semaine. Ses parents et sa famille d’accueil sont à son chevet jour et nuit. L’institutrice lui rend visite tous les soirs.

Durant ce temps… dans un autre monde, dans un autre lieu, An-bờ réalise le rêve de sa vie : il vole ! Il est léger comme une plume et il vole comme un oiseau. Il visite son village natal, My Lai, qui a été massacré par les Américains en 1968, forçant sa famille à quitter le Vietnam. Il survole, entre autres, la forêt avoisinant l’école et sa maison. 

Durant la fin de semaine, Albert affiche des signes de réveil. Le constable chargé de l’enquête rend visite au gamin. La maman d’Albert est dans la chambre avec madame Morissette. Subitement, comme s’il ne s’était jamais endormi, An-bờ ouvre les yeux et s’adresse à sa mère dans sa langue natale :

— Tôi bay, voulant dire : Je vole ! Je vole comme un oiseau ! Maman ! Tôi bay !

— Que veux-tu dire An-bờ ? Que s’est-il passé ?

— Je revenais de l’école, j’admirais le dessin que Mme Morissette m’avait fait et puis j’ai vu des phares d’auto… Et puis… plus rien… je me suis mis à voler… Où suis-je ?

On le rassure que tout va bien.

— Maman, poursuit-il, j’ai aussi vu un petit garçon dans la forêt, non loin de l’école. Il est perdu. Vite ! Il faut aller le chercher avant que la neige tombe. Il a peur, il est à côté d’un gros pin, le plus haut de la forêt. Sa mère pense en elle-même que son fils fabule ; c’est sans doute le choc à la tête. Mais, le constable écoute attentivement l’enfant. Je l’ai vu alors que je planais, reprit Albert. Il m’a dit qu’il s’appelait Jonas.

 

Le policer se lève droit de sa chaise, il ne croit pas ce qu’il entend. Personne dans ce petit village n’a oublié la disparition du petit Jonas il y a quelques années.

 

J’ai aussi vu Flocon, s’empresse-t-il de dire à son enseignante, il est dans une grande ville.

Un jeune couple l’a fait monter en voiture pour l’amener avec eux. Il ne reviendra pas. Madame Morissette s’effondre en larmes.

 

Maman, quand je vole, on m’amène dans une salle de cours avec d’autres enfants. On me dit que je vais apprendre à retrouver des gens perdus, je ne comprends pas. Mes professeurs m’accompagnent, eux aussi, ils volent. Ils me montrent comment me poser sur les branches, comme le font les oiseaux.

Quelques semaines après le réveil d’Albert, les autorités ont retrouvé les ossements du petit Jonas. Ils ont mis, sous barreaux, le pédophile qui l’avait enterré sur ses terres, à l’endroit indiqué par Albert. 

Plus tard, à l’âge adulte, Albert travaillera comme médium, auprès de la Gendarmerie Royale du Canada, au Centre National pour les personnes disparues et les restes non identifiés.

Texte de Yvon Buissière, publié mai 2026

​Texte "3"

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L’être le plus extraordinaire que j’ai rencontré…

 par

Sylvie Migneault

L’être le plus extraordinaire que j’ai rencontré et bien en vérité ils sont trois, ce sont mes trois merveilleux enfants.

 

Au moment même de l’annonce qu’ils prenaient vie dans la mienne et dans mon corps, un amour inconditionnel s’est installé en moi, est toujours aussi fort et le sera je le sais pour toute ma vie, j’en ai la certitude et la conviction.

 

Être mère est l’une de mes plus grandes réalisations et a fait de moi une meilleure personne, une meilleure version de moi-même. Cet amour qui m’habite ne cesse de grandir en même temps qu’eux. Moi qui pensais avoir atteint le summum d’amour qu’une personne peut avoir pour son enfant, voilà qu’ils ont ajouté à leur amour et dans ma vie la venue de mes petits-enfants.

 

Comment vous dire combien cela a changé encore une fois ma perception de l’amour inconditionnel et de ma reconnaissance envers ces trois êtres qui, au fil du temps, sont devenus de beaux êtres humains, de belles personnes, avec leurs forces et leurs faiblesses, avec un cœur gros comme l’univers, des êtres d’amour.

 

On m’a dit un jour qu’être grand-mère, c’est notre récompense d’être une mère et c’est tellement vrai.

Nous n’avons que le meilleur de ces petites personnes qui nous aiment et qui sont toujours très heureuses d’être avec nous.

 

Je remercie la vie de ces merveilleux cadeaux qu’elle me donne et j’apprécie chaque petit moment que je passe avec chacun d’eux.  

Texte de Sylvie Migneault, publié mai 2026

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