Concours d'écriture 2107 

Si j’avais su......!

Si j’avais su…dès mon jeune âge, qu’on pouvait façonner son destin, j’aurais fait en sorte de changer le mien. À l’adolescence, je rêvais d’une carrière de chanteuse. Bien sûr ! J’aurais chanté du Country … Petite fille, je chantais tout le temps. Et j’adorais ça!

Si j’avais su… j’aurais tout fait pour me tailler une place dans ce métier; j’aurais interprété, des chansons par moi composées. J’étais assez douée! J’aurais persévéré pour réussir, ce que mon père, lui, n’a pas fait. Pourtant il avait du talent! D’ailleurs, il aurait pu être mon gérant : j’ai tant appris de lui, et de ma mère aussi.

Plus tard, j’ai chanté dans des bars. Là, j’étais totalement dans mon élément. Comme d’un simple coup de baguette, comme de la magie, oui, oui, vous avez bien compris, comme de la magie.

Mais, j’aurais dû demander à ce que ma sœur m’accompagne, elle et moi faisions un duo d’enfer. Nous étions tellement à l’unisson. Je me serais sentie plus en sécurité avec elle à mes côtés. Car pour dire vrai, je manquais de confiance en moi et lorsqu’on m’a approché et offert un contrat: j’ai eu peur!

 J’ai pris alors, une décision trop hâtive, sans me donner le temps de bien y réfléchir. Si j’avais su…j’aurais tenté ma chance et croyez-moi, j’aurais percé. Aujourd’hui, je serais une chanteuse populaire avec une belle carrière. Avec mon amoureux à mes côtés pour me supporter. Nous aurions eu une grande famille; plein d’enfants et d’animaux, et une grande terre pour nous loger. J’aurais fait de la radio pour rester près du public, je serais toujours resté près de ma musique. Malgré la marmaille à la maison.

Bien d’autres choses auraient pu m’arriver. J’aurais aussi pu devenir danseuse professionnelle. J’adorais la danse sociale. Oui ! Pourquoi pas? J’aurais dit à ma mère, inscris-moi maman!

Je veux être une danseuse professionnelle.

Tout compte fait, elle pouvait bien m’inscrire dans ce qu’elle voulait : c’est elle qui décidait. C’était comme ça avec ma mère. Puis, à ce moment-là, j’étais trop jeune pour prendre des décisions. D’ailleurs, si les jeunes enfants choisissaient pour eux-mêmes, je crois que le monde tournerait à l’envers. Finalement, j’ai beaucoup appris dans ma jeunesse, j’ai eu la chance de faire plein d’expériences. Je pense que j’aurais même eu du succès comme jardinière ou fermière. Ou bien, facteur pour Poste Canada, pourquoi pas?

J’ai essayé et réussi dans bien des domaines. J’ai l’âme d’une artiste. J’ai une belle créativité dans l’art des arrangements floraux. Puis, je dessine et je peins avec un certain talent, hérité de ma maman. Comme tout plein d’autres talents qui m’ont été offerts en cadeaux.

Ah! Si j’avais su… j’aurais tous simplement suivi ce que mon cœur me disait.  

Lorsque j’étais serveuse, j’ai pensé à ouvrir un restaurant. Mon fils aurait pu me seconder; car il a des aptitudes de cuisinier, que son père et moi lui avons transmis.

Tant de chemins se présentaient à moi! Finalement, j’ai pris une route qui m’a mené dans la joie, à une tout autre vie. Cette vie qui est la mienne dorénavant. Mais qui pouvait dire que ce chemin-là serait le mien? ! J’aurais peut-être eu une pensée de jeune fille absolument différente. Quand on est jeune, nous regardons l’avenir différemment. Nous ne croyons et ne voyons pas les choses de la même façon. Voilà que ma vie a été tout autre!

Et à travers tout ce parcours, il y a des étapes et des obstacles à franchir que je n’avais jamais imaginé. Un chemin fait de hauts et de bas. Mais, je ne vous le cache pas, même si j’avais su à l’avance que j’aboutirais à cette vie qui est la mienne aujourd’hui, je referais tout ce parcours, sans rien n’y changer. Et croyez-moi! Je pourrais encore chanter à quel point, je suis fière de moi.

Texte de madame Andrée Vaudeville, Chertsey

Publié le 1er septembre 2017

Je ne regrette rien

 

Le regret est un sentiment qui incite une personne à s’exprimer avec des mots tels que « Si j’avais su… ». Il rappelle un choix qu’elle a fait dans le passé et ouvre la porte à une réflexion de type : « Si j’avais fait un choix différent, les résultats auraient été plus satisfaisants. » Il mène souvent à du mécontentement ou à de la peine. Pour moi, le regret peut être une émotion constructive qui nous place dans une situation où nous devons réagir et agir. Souvent, cette émotion nous force à nous dépasser.

La période la plus difficile de ma vie a été la séparation avec mon conjoint après 15 ans de mariage. Nous nous sommes mariés le 24 juillet 1971. Je me suis engagée pour la vie, ne soupçonnant pas du tout ce qui m’attendait. Dès la première semaine de notre mariage, en voyage de noces, rien n’allait plus. Mon conjoint était stressé, malheureux, mal dans sa peau. Il ne savait pas du tout ce qui se passait et je ne pouvais rien faire pour l’aider. Nous avons su plus tard qu’il vivait un premier épisode de trouble bipolaire.

Tout au long de notre mariage, il vivait des phases de dépression entrecoupées de périodes de stabilité. Je l’ai soutenu de mon mieux me disant que s’il avait perdu l’usage de ses jambes, je ne l’aimerais pas moins. J’ai appris qu’il s’agissait d’une condition médicale caractérisée par des changements au cerveau, ce qui veut dire qu’il n’avait aucun contrôle sur ce qui se produisait. Il a consulté un médecin, puis un psychologue, mais à l’époque, on avait du mal à reconnaître les problèmes de santé mentale et encore plus à les soigner.

En 1986, nous avons décidé, ensemble, que la meilleure solution pour notre famille (nous avions deux beaux garçons, un de 11 ans et un autre de 12 ans) était qu’il parte. Il n’en pouvait plus de vivre ces hauts et ces bas causés vraisemblablement par le stress et il reconnaissait combien c’était difficile pour mes enfants et moi. Le départ s’est fait en toute quiétude bien qu’évidemment, nous éprouvions tous beaucoup de peine.

Il ne m’est jamais venu à l’esprit de dire que si j’avais su je ne l’aurais pas marié ou si j’avais su, je l’aurais laissé dès les premières semaines. J’avais fait un choix et j’ai assumé les conséquences jusqu’au moment où ce n’était plus possible de continuer. Je possède encore beaucoup d’estime pour mon ex-conjoint et ma vie avec lui m’a donné l’occasion de vivre toutes sortes d’expériences qui ont enrichi ma vie.

Forte de ces expériences, j’ai entamé avec détermination un autre chapitre de ma vie. Il fallait que je prenne ma vie en main, seule. J’ai découvert en moi des forces que je ne soupçonnais pas posséder. Ayant quitté la maison de mes parents pour emménager avec mon conjoint, je n’avais jamais vécu par moi-même. J’ai donc eu à apprendre à me débrouiller et à prendre des décisions. J’ai fait des erreurs certes, mais chaque fois, j’ai profité de ces occasions pour en tirer des leçons et j’ai poursuivi mon chemin.

J’avais toujours désiré obtenir un baccalauréat, alors je me suis inscrite à l’université en 1988. J’ai suivi des cours en soirée et en 1999, j’ai obtenu un baccalauréat ès arts avec une concentration en communication. J’ai achevé mes études un an après que mes garçons ont obtenu leur diplôme : l’un en génie informatique et l’autre en génie chimique. C’était un des plus grands jours de ma vie.

Lorsque mon conjoint nous a quittés, j’étais enseignante à l’élémentaire. J’ai décidé que je voulais faire autre chose. J’ai travaillé comme contractuelle pendant deux ans, puis j’ai postulé le poste de coordonnatrice au Centre Moi j’apprends, un programme d’alphabétisation des adultes servant le comté de Russell, situé à l’est d’Ottawa. J’y suis demeurée pendant 12 ans, après quoi j’ai accepté un poste en tant que directrice générale de la Coalition ontarienne de formation des adultes, l’organisme provincial responsable d’offrir des services à tous les fournisseurs de services d’alphabétisation en français de la province de l’Ontario. J’y ai œuvré pendant 12 ans, laissant mon poste à l’âge de 65 ans, satisfaite du travail accompli.      

Comme le regret est issu d’un choix fait dans le passé, nous ne pouvons rien y changer. Le regret est donc, selon moi, un sentiment inutile. Il vaut mieux analyser ses choix et les résultats pour mieux se connaître et passer à l’action. Je ne sais pas si j’aurais pris les mêmes décisions si mon mari était resté; je ne le saurai jamais. Ce que je sais, c’est que je suis fière de mon cheminement et de la richesse des expériences que j’ai vécues. Les paroles de Victoria Holt, auteure anglaise de romans historiques, traduisent bien ma pensée : « N’aie jamais de regrets. Si c’est bien, c’est merveilleux. Sinon, c’est une expérience. » Enfin, pendant que j’écrivais ces lignes, les paroles de la chanson d’Édith Piaf me tournaient dans l’esprit : « Non, rien de rien, non, je ne regrette rien. » 

Je ne regrette rien.

Texte de madame Suzanne Benoit, Ontario

Publié le 1er octobre 2017

SI J’AVAIS SU

 

 

Si j’avais su, on peut en avoir beaucoup de regrets, qui peuvent commencer comme ceci.

 

Si j’avais su…

 

Si j’avais su, quel genre de personne qu’était celui qui deviendrait mon conjoint, je n’aurais pas été avec lui.

 

Si j’avais su, que lui piétinerais mes sentiments vis-à-vis de moi, je n’aurais pas passé ma vie avec quelqu’un comme lui.

 

Si j’avais su, je n’aurais pas perdu quatorze ans de ma vie avec lui, pour me faire dire à la fin, qu’il ne m’a jamais aimé.

 

Si j’avais su, je ne me serais pas mariée, pour qu’il me mente au pied de l’autel le jour du mariage.

 

Si j’avais su, je n’aurais pas eu d’enfants de lui.

 

Si j’avais su, j’aurais pu être avec quelqu’un d’autre et avec qui, je serais encore aujourd’hui.

 

Mais avec tout ces < si j’avais su>, je vais vous dire, ce n’est pas cette vie que je voulais,

 

car on ne connaît, jamais comment les personnes sont vraiment, et que l’on ne peut pas

 

rien y changer. La seule chose que je ne changerais pas, c’est d’avoir eu mes 2 enfants, et cela reste ma

 

plus belle réussite.

 

Quand on dit < si j’avais su>, sur bien des choses dans notre vie, même si ce n’est pas ce

 

genre de vie que je souhaitais, c’est quand même ce qui s’est passé.

 

Si j’avais su, je n’aurais pas déménagé à East-Angus, cela à été la pire épreuve de ma vie

 

d’aller vivre dans cette ville où il n’y a rien a faire et où il y a la fameuse usine de papier

 

Cascades qui sent très mauvais.

 

Si j’avais su que j’aurais demeurez chez mes beaux-parents.

 

Si j’avais su, qu’il serait retourner aux études pendant 2 ans et demi pour étudier en

 

théologie et qu’il n’a pas travaillé dans se domaine.

 

Si j’avais su, que ce n’est pas quelqu’un qui avait des ambitions dans la vie et que ses

 

diplômes de comptable et son bac en théologie, il s’est retrouvé dans un dépanneur.

 

 

Si j’avais su, que je reviendrais à Cowansville, j’y serais revenu bien avant, que d’être à Sherbrooke avec ses parents (Ma belle-famille) ce n’est pas tout le monde qui se serait sacrifié a y rester deux ans et demi.

 

Si j'avais su, que pour lui la religion était beaucoup plus importante pour lui, et que pour moi et mes enfants que j'aime tant et qui ont compris que le Bon Dieu passait bien avant nous qui étions sa famille.

 

Si j’avais su, que ce que j’ai sacrifier pour lui il ne l’a pas apprécier du tout, moi je l’ai fait par amour, mais lui ne l’a pas compris.

 

Si j’avais su, ce que je sais aujourd’hui cela n’aurait pas été la même chose pour ma vie à moi. 

Dans la vie, si on passait son temps à dire «  Si j’avais su » on n’aurait pas fait grand chose. 

Mais dans, ma vie il y a eu trop de «  Si j’avais su » .
 

Ce qui est fait et fait, que ce soit bien ou mal. C’est si facile de dire si j’avais su à toutes sortes de situations et dans toutes sortes de circonstances qui ont fait partie de nos vies. Mais c’est aussi ce qui nous pousse à faire des choses qu’avant on ne voulait pas faire et que l’on fait maintenant, car cela nous fait un bien énorme.

 

Si j’avais su, cela bien avant, j’aurais eu une vie tellement plus belle, agréable et être encore plus  heureuse.

 

Et comme, je sais maintenant, c’est que je ne referais pas la même erreur une seconde fois.

 

Comme cela , je ne me dirais plus, si j’avais.su.

 

 

Texte soumis au concours 2017 par Michelle Urlon, Cowansville.

Publié le 2 novembre 2017

 

 

 Au cœur de l’histoire. 

Né en Ontario, Québécois dans l’âme, je suis revenu au Québec, pays de mes ancêtres comptant vraiment y trouver un pays.

Les exhortations de Lionel Groulx. Maîtres chez-nous disait Jean Lesage. Pensons aussi souveraineté ajoutait Lévesque.

Vigneault, Leclerc, Julien, puis vint Charles De Gaulle sur le Chemin du Roy et Expo 67.

Comment ne pas être fiers!

Et de crise en crise il y eut les chantiers de la Baie James et Québec Inc., puis la Charte de la langue française. Aussi de malheureuses frasques syndicales par ci par là mais passons.
Et maintenant l’essoufflement. Mon vaisseau d’or s’est échoué!

C’est une inconnue qui me l’a dit.

Devenu fonctionnaire à Ottawa, c’était en 1983 je crois. J’ai rencontré cette inconnue à Sudbury, une employée, également fonctionnaire de son état, dans le cadre d’une recherche sur la langue de travail dans la Fonction publique fédérale.[1]  Prise 4 d’un projet peu banal mais voué à l’oubli; entrevue dont la tournure tout à fait inattendue m’a laissé songeur.

Ce jour-là j’entendais les témoignages de gens biens qui sont restés dans mon patelin d’origine et trois décennies plus tard j’en garde encore le souvenir. Cette dame identifiée comme francophone et bilingue, nous l’avions choisie au hasard pour participer à une entrevue, question d’explorer plus à fond la thématique des choix linguistiques en milieu de travail. C’était le but de l’exercice.

Mon employeur avait besoin de démontrer son intérêt pour cette question entre deux élections; j’avais besoin d’un projet pour mon programme de maîtrise.

Elle se présente à l’heure convenue, salutations d’usage et … tentative de mise en situation court-circuitée :

  • I am very sorry sir but I will not participate in this research. The subject matter is irrelevant and I would prefer we end this  …

Fin de non-recevoir évidente mais avec un brin d’ouverture. Ma réplique se veut le plus neutre possible. Cette personne semble avoir des choses à dire malgré tout.

 

  • Vous êtes parfaitement libre de participer ou non madame. J’apprécie votre franchise et je vous assure que personne ne vous en tiendra rigueur.

Sur quoi je referme le dossier, je range stylos et documents dans ma serviette immatriculée CANADA. Mon interlocutrice affiche toujours un air déterminé mais pas du tout agressif.

Bon, si on parlait d’autres choses?

  • Écoutez, nous disposons quand même d’un peu de temps, est-ce que je peux vous demander de m’expliquer la raison de votre refus, ce qui vous gêne dans cet exercice. C’est strictement entre nous et nous pouvons mettre fin à cette conversation maintenant si vous préférez.

La suite m’a beaucoup étonné. Je ne m’attendais pas à revivre un peu de ma vie dans ces confidences.

  • (Témoignage en langue anglaise) Voyez-vous, monsieur, je suis d’une famille franco-ontarienne. Tout comme mes frères et sœurs, j’ai fréquenté une école catholique et française. En tant que membre d’une famille bien identifiée à la minorité francophone en Ontario j’ai vite compris que dans mon milieu, dans les années 50, le fait d’être perçue comme francophone engagée (frenchie) peut vous attirer des ennuis. Certains voisins, les employeurs et même certains membres de la parenté vous considèrent comme des parias. Mes parents étaient constamment forcés de se battre pour des questions de droits linguistiques, de droits scolaires, de droits tout court. Le français était interdit dans de nombreux lieux de travail. Une standardiste chez Bell aurait pu perdre son emploi pour avoir acheminé un appel de sa mère en français. Les hommes changeaient leur nom pour avoir accès à certains emplois. Les Boisvert sont devenus Greenwood et certain Adam ont tranquillement ajouté un « s » à leur nom.

  • Tiens, tiens, me dis-je,  n’ai-je pas entendu ce discours à Moncton?  

  • Quand mes enfants ont atteint l’âge scolaire, j’étais tellement dégoûtée de tout ça que je les ai inscrits à l’école publique anglaise pour m’assurer qu’ils parleraient anglais sans accent. (Silence) Bien sûr ils se sont adaptés rapidement. Tellement rapidement qu’après seulement deux années ils ne pouvaient plus communiquer avec leur grand-mère.  (Changement de langue, elle continue en français)

  • Au même moment il se passait beaucoup de choses au Québec. René Lévesque a été élu, on a voté la loi 101, j’ai senti que les francophones pouvaient relever la tête, se tenir debout. Même Toronto commençait à permettre des écoles françaises au secondaire. Je retrouvais un peu de fierté, le goût de m’affirmer. Au point que j’ai décidé de réinscrire mes enfants à l’école française. J’étais vraiment intéressée par les discussions entourant le référendum (1980).  Une communauté francophone qui se tenait debout, sans peur. Tout juste si je ne me voyais pas déménager au Québec.

  • (Le témoignage continue en Anglais)

  • And then they blew it!

  • J’étais tellement déçue! Pour moi c’est le retour à la case départ. En fait, l’année suivante, (septembre 81) mes enfants étaient de retour à l’école anglaise. J’avais retrouvé la conviction que le français n’était rien de moins qu’un sérieux handicap pour eux. Je me sentais honteuse de faire partie de cette nation de perdants, de losers incapables de s’affirmer  (Retour au français) Tiens c’est étrange, aujourd’hui j’ai parlé français pour la première fois depuis des années.

Madame,  votre témoignage  m’impressionne beaucoup.  Il ne sera pas utilisé dans ce travail mais il est très précieux pour moi.  Thank you so much….

  • Merci  monsieur. 

J’ai oublié le nom de cette personne, j’ai oublié la couleur de ses cheveux, mais je n’oublie pas la déception, la charge émotive de cette phrase.  And then they blew it!  


Je me demande combien de francophones vivant hors des frontières du Québec, mon beau-père en était,  ont pu connaître ce sentiment, développer de telles attentes et ressentir de la fierté suite au réveil des Québécois dans les années 70.  Combien ont entretenu l’espoir secret que le rapport de force entre les deux peuples fondateurs reprenne un semblant d’équilibre? Et combien, déçus, ont décidé que ce n’était qu’un rêve, un feu de paille, une chimère à chasser au plus vite? Et excusez-nous de même y avoir pensé!

Ces mots reviennent me hanter quand les francophones du Québec, divisés, terrorisés, fédéralement téléguidés, renoncent et réélisent leurs fossoyeurs. 

In 1995, they blew it again.  

Mon vaisseau d’or frôle le naufrage. Blessé en 1980, démâté en 1982, saboté en 1995, ses capitaines n’arrivent plus à le renflouer. Serais-je revenu d’exil pour ne retrouver qu’un vaisseau fantôme sans capitaine, fuyant dans un épais  brouillard, pourchassé, trahi, avec à son bord un équipage envoûté par le chant des sirènes? 

Si j’avais su!

 

[1] Projet d’intervention présenté à l’ENAP, Mars 1984, sous le titre : « L’utilisation de la langue officielle minoritaire dans sept unités de travail bilingues visées par la politique fédérale sur la langue de travail. »  

Texte de Gerard Laurin, 

Publié le 24 novembre 2017

 

La vie, quel cadeau!

Si j’avais su … Si j’avais su …je ne sais pas combien de fois j’ai répété ces mots qui ne donnent aucun sens à ma vie. Avec les années, j’ai réalisé que j’avais une vie à vivre sans trop penser au lendemain.

Mon conjoint et moi sommes natifs d’un petit village d’environ 2,500 personnes. Tout le monde se connaît et tout le monde connaît  l’histoire de ses voisins.

Nous sommes une famille bien ordinaire, parents de deux beaux enfants, d’âge scolaire. Mon mari  à un emploi, bien rémunéré. Je suis une maman organisée qui aime tout contrôler. Pour m’évader de la maison, j’occupe un emploi de quelques heures par jour, ce qui me donne l’occasion de jaser avec les gens du village. 

Comme je suis la personne la plus discrète du coin, ils me font confiance en me partageant leur secret. Je connais à peu près toutes leurs allées et venues. J’entends beaucoup de commérage avec  ces  mots : Si j’avais su…

A son travail, mon conjoint reçoit une bonne promotion. J’en suis très fière. J’apprends que pour obtenir cette promotion, nous devrons quitter notre village natal pour nous installer dans une grande ville. Personne n’est au courant de ce projet, sauf le directeur du bureau, mon mari et moi. Ce qui rend la situation difficile est de ne pas en parler et garder le secret.

Ouf! Ma réaction, il n’est pas question de déménager.  Laisser notre confort, nos familles, nos amis, mon travail  et surtout ne plus entendre les commérages de chacun et chacune.

Si le livre « En as-tu vraiment besoin? » de Pierre-Yves McSween avait été publié, je l’aurais acheté pour le lire du début à la fin, afin de  trouver une solution pour ne pas déménager. Hélas, son livre n’était pas encore écrit, donc nous devons prendre notre décision ensemble.  

En silence, je réfléchis sur ce problème immense à mes yeux. Durant une nuit d’insomnie, j’ai eu un flash. Pourquoi ne pas essayer? Nous sommes jeunes, prêts à vivre un nouveau défi. C’est une occasion d’en profiter.

Après plusieurs arguments, j’accepte  avec certaines conditions. Je propose d’essayer pour deux ans, si la grande ville ne nous convient pas, nous reviendrons nous installer au village. Aussi je veux garder notre chalet encore quelques années, pour nos vacances et le temps de s’ajuster.     

Déménager veut dire… recommencer à zéro. Chercher un appartement ou une maison, une école pour les enfants, un médecin, une pharmacie, ainsi de suite. Nous entreprenons les démarches avec la complicité de nos deux enfants.

Durant  plusieurs semaines, nous magasinons pour nous trouver un appartement ou une maison. Enfin, nous avons déniché une maison à notre goût dans un quartier tranquille où vivent de jeunes familles avec enfants. Un endroit tout indiqué pour élever notre fille et notre garçon. Nous sommes proches des magasins, épiceries, salle de théâtres.

Le déménagement est prévu pour la fin de l’année scolaire. Notre maison de rêve que nous avions acheté deux ans auparavant se vend rapidement.

Je réalise que tout s’est passé dans la douceur et sans complication. L’adaptation se passe bien. Il y a quand même des moments d’ennui dans ce changement de vie.

Nos enfants sont heureux dans leur nouvel environnement. Un air de jeux sécuritaire est à quelques pas de notre maison, ils se font vite des amis. Plus besoin de prendre l’autobus pour se rendre à l’école, ils y vont à pied.

Je décroche un travail que j’aime. Notre cercle d’amis s’agrandit.  De jour en jour, nous vivons de découverte en découverte.

Je suis sortie de ma zone de confort très simple pour agrémenter ma vie avec des sorties mondaines dans de chic restaurants, contrairement à la cantine du village.

Nous développons un sens artistique en assistant à des concerts, pièces de théâtre, visites aux musées. Je deviens une femme épanouie et comblée.

Plus je vieillis, plus les années  passent rapidement. Depuis longtemps je rêvais à ma retraite, enfin ce jour est arrivé.  Après quelques fêtes pour souligner cet évènement, je me remets de mes émotions.

Je laisse derrière moi un travail qui m’a aidé à devenir la personne que je suis aujourd’hui. Je n’oublie pas les partages autour d’un bon café avec les personnes qui ont enrichi ma vie.

Avec mon conjoint, nous avons pris la sage décision de vendre la maison devenue trop grande pour acheter un joli condo.  Je peux dire que la vie de condo et de retraite se marie bien, sauf que mon conjoint est encore au travail, pas de retraite pour lui présentement. J’en profite au maximum.

En cette belle journée de printemps, je suis installé  confortablement dans notre nouveau condo. Devant le foyer, en sirotant un bon café, j’écoute le chant d’Alain Morrissod : Petit vieux et petite vieille.  

Déjà plus de vingt ans se sont écoulés depuis notre déménagement.  Je suis en bonne santé pour continuer ma route, tout en gardant  les souvenirs emmagasinés depuis plus de 60 ans. 

Je réalise que la vie m’a donné la chance de vivre de belles et de moins bonnes expériences.

Nous retournons rarement au village depuis que nos parents sont décédés. Tout est changé, la plupart de nos amis sont installés un peu partout en province. Je ne regrette pas d’avoir accepté de relever ce défi pour découvrir une vie merveilleuse.  Dans mon cœur, il reste toujours une petite partie de mon enfance et de bons souvenirs rattachés à mon village natal.

Je regarde l’ensemble de ces années, je peux dire que beaucoup d’évènements heureux et malheureux sont survenus. Notre fille a terminé ses études. Elle est graduée du collège avec un diplôme d’ingénieure. Cela lui a permis de trouver un travail avec de bonnes conditions. Elle est mariée depuis quelques années. Un jour peut-être nous serons grands parents.

Un évènement tragique est venu perturber notre vie. Notre fils fut atteint d’une  grave maladie, il est décédé à l’âge de 20 ans.  Nous avons traversé cette difficile épreuve avec  les membres de nos familles et nos amis. Ils étaient un soutien  important. Ils nous ont donné les forces nécessaires pour continuer notre route. Pour survivre comme couple, nous avons dû réapprendre à vivre sans notre fils.

Je n’ai pas changé, j’aime planifier, organiser et surtout contrôler les situations. Mon agenda est sacré même si je suis à la retraite. Cela me permet de faire un juste équilibre entre la lecture, l’écriture, la réflexion, la marche dans la nature. Il est important pour moi de sortir de la routine quotidienne.

La retraite c’est goûter la liberté de faire ce que je veux sans me soucier du temps.

J’ai eu  la chance de vivre plusieurs printemps pour semer. Plusieurs étés pour voyager. Plusieurs automnes pour récolter. Plusieurs hivers pour emmagasiner mes rêves.

Si j’avais su… que la retraite était un si beau cadeau de la vie, je l’aurais prise bien avant.

Retraitée heureuse.

Texte de madame Pierrette Lemieux

Publié le

Les comment et les pourquoi ?

Un début de vie tout en douceur; ballotée à travers l’océan dans le ventre de ma mère; conçue en Angleterre... pour voir le jour en Amérique dans une belle ville au Québec. C’est une vie de lumière qui est la mienne!

Si j’avais su que de perdre plusieurs de mes amis à la suite de multiples déménagements me donnerait une ouverture à d’autres cultures, la chance de devenir bilingue et par le fait même créer un rapprochement face à mes frères et ma sœur, j’aurai manqué un beau grand bateau.

Si j’avais su que ce beau grand bateau me ferait voyager à travers vents et marées; je ne serais pas aussi solide sur mes jambes.

Si j’avais su que ces jambes me porteraient vers l’amour de ma vie; je n’aurais jamais connu cette âme sœur et cette belle passion qui a été la mienne et qui m’a habitée  pendant une quarantaine d’années.

Si j’avais su que cette passion m’apporterait autant de vitalité et d’amour, assez pour vouloir le faire durer au travers d’un petit être que j’ai mis au monde et que nous avons chéri et accompagné vers son chemin de vie à elle; avec une intensité et un bonheur immense.

Si j’avais su que ce bonheur m’abimerait, en me faisant perdre ce père, ce meilleur ami et cet amant, je ne serais pas devenue aujourd’hui la femme que je suis; pleine de compassion, à l’écoute, en acceptation et pleine de reconnaissances.

Si j’avais su que cette sagesse m’aiderait à être bien face à moi-même, je ne pourrais continuer à avancer de la même façon.

Alors.... si j’avais su ne fait pas partie de mon vocabulaire; car, j’avance, je vis le moment présent, j’assume ces choix, peu importe lesquels.

Pour ma fille et mes petits-enfants, il n’y pas de si j’avais su...

Ils mordent dans la vie, ils vont de l’avant; ils me motivent à regarder vers le soleil levant.

Mais heureusement qu’avec l’âge, je peux voir en arrière, observer mes failles, m’excuser et corriger celles-ci auprès de mes proches.

Je suis encore vivante, pourquoi ne pas aider les « si j’avais su... »; à devenir...des « je ne sais pas », « je vais continuer à apprendre » et « je vais comprendre de mieux en mieux ».

La vie est une école de connaissances et on la passe à apprendre. Je ne veux pas savoir l’avenir, car cela m’empêcherait d’avancer et de me permettre de déguster chacun des petits moments magiques qui font partie de mon quotidien.

Si je regarde l’histoire de mon pays, je n’ai pas besoin des... « si j’avais su.... ». Je n’ai qu’à observer, absorbé, pour me rendre compte que ça se répète pas mal; alors....

Si on le sait déjà que fait-on avec?

 

 

La nostalgie est bonne quand on s’en sert pour mieux reconstruire. Je suis peut-être une idéaliste, mais j’ai confiance en cette nouvelle génération qui a un coup d’œil différent, une vision plus mondiale, plus écologique et qui retourne aux valeurs familiales. C’est rafraichissant même s’ils ont de grands défis à relever. Les aînées sont (parait-il) plus en santé et plus nombreux que jamais, alors les deux générations n’ont plus le choix d’interagir. Ce ne sera pas évident, mais faisable, j’espère que la sagesse des uns pourra aider la vitalité des autres.

J’aimerais savoir par contre, si ce monde dans lequel on a engendré tous ces enfants va les voir grandir et s’épanouir; car ils ont un travail colossal à faire pour réparer les erreurs de leurs aînés. Raison de plus pour s’ouvrir à eux et s’entraider plus que jamais.

Si on avait su... peut-être qu’on n’aurait pas laissé une terre aussi abimée à réparer, si on avait su...la religion prendrait une meilleure place, une équité entre les hommes et les femmes, un respect pour nos enfants, nos animaux, nos aînés; un contact équilibré entre toutes les ethnies.

Alors, on fait quoi maintenant?  

Texte de madame Claire Bibeau,

Publié le 1er janvier 2018

Vieillir

 

Un de mes fils me demandait récemment : « Maman, est-ce que ça te dérange de vieillir? »  Cette question en apparence anodine m’a forcée à réfléchir. Si j’avais su ce que la vieillesse comporte, est-ce que j’aurais agi différemment?

Vieillir, quelle ignominie! C’est odieux.  On travaille fort toute notre vie pour joindre les deux bouts et quand on arrive à la retraite et qu’on a finalement le temps de prendre notre temps, notre corps nous trahit! Il faut continuer à travailler, cette fois pour nous garder en forme. Et puis, on porte les sillons des années, les années difficiles comme les années de bonheur.

Mais, il y a beaucoup de douceurs qui nous arrivent en même temps.  La première, c’est d’être capable « d’être », de ne pas avoir à courir tout le temps, d’avoir le temps de prendre notre café ou notre thé sans avoir à nous presser, de pouvoir lire notre journal, de faire des activités qu’on n’avait pas le temps de faire auparavant, de développer des talents qui n’attendaient que l’occasion pour monter à la surface, de faire du bénévolat, de voir des amis, de développer de nouvelles amitiés, en un mot de vivre!

Notre monde est tellement axé sur le dollar, sur ce qu’il faut faire, qu’on a à peine le temps de penser.  Pendant des années, il fallait se dépêcher, aller ici et là, se démener pour arriver à faire ci ou ça.  On ressemble souvent à un ballon gonflé qu’on laisse aller et qui s’élance en tous sens sans jamais atteindre de but et finit par tomber par terre, vidé complètement de son énergie.  On oublie souvent de tout simplement être!

À la retraite, nous avons plus de temps avec nos petits-enfants pour en profiter, établir une relation, jouer avec eux, rire, leur transmettre des valeurs qui peuvent différer de celles de leurs parents, les amener jouer dehors, les voir grandir et développer leur personnalité. Nos petits-enfants ont aussi des choses à nous apprendre : ils nous permettent de voir la vie à travers leur vision des choses.  Ils s’émerveillent de tout et de rien.  Ils nous racontent mille et une choses si on leur en donne le temps et si on écoute.  La magie qu’ils dégagent met un baume sur nos cœurs et nos esprits blasés par le temps.  Ils nous aident à renouer avec l’enfant en nous.

La retraite nous permet des petites extravagances. Je suis curieuse, aventurière. J’aime beaucoup voyager.  Le voyage, pour moi, c’est l’occasion de voir comment les gens vivent.  J’aime  m’asseoir à un petit café et regarder autour de moi le comportement des gens, leur façon de s’habiller, de communiquer, d’élever leurs enfants, de travailler, de relaxer.  Une extravagance, ça peut être simplement de m’acheter une plante un peu plus exotique et de la voir pousser.  Lors de notre croisière en Europe, mon mari et moi avons visité les jardins Keukenhof dans les Pays-Bas.  Nous avons acheté des tulipes qui nous ont été livrées en octobre dernier.  Nous avons planté les bulbes juste avant les premières gelées.   Mon mari a même fait des grillages que j’ai placés au-dessus de chaque groupe de tulipes pour les protéger des écureuils. Nous attendons impatiemment le printemps pour les voir pousser et fleurir.  En regardant notre jardin, nous pouvons ainsi revivre notre voyage et les endroits merveilleux que nous avons visités.

Bien sûr, il y a toute sorte de petits bobos qui sortent au fur et à mesure que l’âge avance.  L’important, c’est d’y voir, mais de ne pas s’y attarder, d’éviter de décrire à tous et à chacun les détails de nos problèmes physiques. Je pense qu’il faut apprendre à vivre avec certaines douleurs physiques, et même à les ignorer.  J’ai mal aux pieds, mais ça ne va pas m’empêcher de jouer au golf.  J’aime le golf, je ne suis pas très bonne, mais j’adore la nature et le plein air et j’ai pris la décision de continuer à jouer aussi longtemps que je pourrai le faire. 

Chaque soir, en me couchant, j’essaie de remercier l’univers de la journée que je viens de vivre, des belles rencontres que j’ai faites, la gentillesse ou la délicatesse d’une personne, les belles choses que j’ai vues ou apprises, les nouvelles expériences… J’essaie aussi de voir là où j’ai raté une occasion de faire mieux et comment je pourrais m’améliorer la prochaine fois.  De temps à autre, je dis simplement merci pour cette belle journée!

Vieillir veut aussi dire devenir plus sage.  Parfois, ça veut dire apprendre à dire non! Et, il arrive qu’on doive dire  « Non » à plusieurs reprises et passer à l’action pour que la personne à qui le message s’adresse le reçoive bien.  Ça exige de mieux se connaître, de prendre le temps d’évaluer nos forces et nos faiblesses, de se préparer mentalement pour ne pas fléchir lorsque notre décision est prise.

Avec l’âge vient la perte d’êtres chers, de parents et d’amis.  Certains partent quand ils sont encore jeunes; mais on n’a qu’à regarder les avis de décès pour se rendre compte qu’on est vraiment chanceux d’être là, bien en vie et qu’il faut profiter de chaque journée.  Il faut apprendre à laisser aller et surtout à ne pas traîner avec nous les peines, les désobligeances, les chagrins, dont on peut avoir été victime, et les rancunes qui souvent s’ensuivent.  Il faut apprendre à « voyager léger ».  Si la force physique diminue, raison de plus de se débarrasser des bagages superflus pour garder seulement notre sac à dos.  Ça me rappelle ma préparation pour le Compostelle. J’ai allégé mon sac à dos plusieurs fois avant de partir pour ne garder que le strict nécessaire. Il faut faire la même chose mentalement pour vieillir en beauté.    

La seule chose qui m’inquiète, c’est de devenir une corvée pour mes enfants.  J’ai toujours été autonome et je veux le demeurer jusqu’à la fin.  Cela peut vouloir dire de choisir la vie ou de choisir la mort.  Je veux vivre dans la dignité.  Je ne veux pas que mes enfants ou même mes petits-enfants aient à me prendre en charge.  Ils peuvent me donner un coup de main pour faire des emplettes, mais je refuse de leur faire subir l’indignité des couches, etc.

En conclusion, il faut continuer à travailler pour rester en forme. Il faut aussi apprécier ce qu’on a à chaque instant de notre vie.  À mesure qu’on avance en âge, on reçoit des cadeaux incroyables.

Tout compte fait, si j’avais su ce que les rides peuvent apporter, je n’aurais rien changé! Ça permet de raconter de bonnes histoires sur ce qui a pu les causer.  

Texte de madame Lucie savage, Cumberland, Ont.

Publié le 15 janvier 2018

Les mots, toujours les maux : si j’avais su..

 

Si j’avais su qu’au-delà de mes leurres

Il y a souvent des états de bonheur

Qui s’animent souvent dans la lueur

D’une étoile aux multiples couleurs

 

Si j’avais su modeler mes pensées

Dans les failles de mon passé

Savoir comment les transmuter

Et en faire un espace divinisé

 

Si j’avais su que la vie est épatante

Même dans le triste mois de novembre

Et sauter pour la surprendre

Comme l’enfant qui aime décembre

 

Si j’avais su que les barrières

Se produisent dans un mal être

Il y a toujours dans l’attitude derrière

Une évaluation puissante et salutaire

 

Si j’avais su que mes élans de lecture

Font apparaître de belles aventures

Aller au-delà de la censure

Et valoriser le mot, l’écriture

 

Si j’avais su que les introspections

Mènent parfois à des solutions

Dans un état de pure réflexion

Bâtir en soi de bonnes leçons

 

Si j’avais su que les nombreux virages 

Dans ce désert aux multiples mirages

Retenir que dans ce sillage

Il y a une oasis, un village

 

Si j’avais su que prudence et passion       

Font parti de mon équation          

Comment rencontrer la raison 

Dans de telles situations

 

Si j’avais su qu’il est bon d’avancer

Sans mot, sans peur, sans être blessé

Et réaliser des miracles assurés

Savourer l’éternelle destinée

Si j’avais su par inadvertance

Créer en moi toute la confiance

Faire la route sans attente

Semer mes rêves en abondance

 

Si j’avais su voir tous ces sentiers

Qui mènent à toutes les réalités

Habité d’assurance sans songer

Avancer dans ma forêt enchantée

 

Si j’avais su que tout le savoir

Que je mets dans l’immense tiroir

Restera longtemps dans ma mémoire

Bénira mes pensées, mes espoirs

 

Si j’avais su nommer mes tourments

Les transformer  amoureusement

Créer un chaque jour autrement

Et savourer l’instant allègrement

 

Si j’avais su que l’amère infortune

S’élève dans des moments de brume

Établir des moyens qui s’allument

En des temps de pleine lune

 

Si j’avais su que plaisir et rencontre

Se font souvent sans ombre

Vous serez désormais du nombre

De ce qui m’habite même à Londres

 

Si j’avais su multiplier la chance

Connaître la céleste abondance

Déjouer tout ce qui est apparence

Et donner la main à toutes alliances

 

Si j’avais su utiliser le rire

Dans la malchance, dans la dérive

Aider les gens aux lourdes valises

Réaliser ensemble d’énormes surprises

 

Si j’avais su traduire tous les mots

Dans les pays dont j’ai fait le saut

Reconnaître les âmes sans écho

Voyager vers l’essentiel, le Beau

Texte de madame Jeanne Vigneault, Gatineau

Publié le 1er février 2018

Mission accomplie !

Si j’avais su, je serais quand même née il y a soixante-dix ans dans ce beau pays que pourrait être le  Québec et j’aurais choisi les mêmes parents, si j’avais su!

Si j’avais su, ce serait arrivé également en plein cœur du mois d’août au moment précis où les gerbes de blé dorées dansent et vacillent  dans les champs, si j’avais su!

Si j’avais su que j’hériterais de la fierté de mon père à être de descendance française, j’aurais conservé son amour de cette si belle langue aux accents multiples tout comme j’ai conservé son vieux Larousse au couvercle arraché grâce auquel, j’ai appris à écrire correctement et comme lui, j’aurais fait des mots croisés, je l’ai tant regardé faire pour apprendre, lui mon père aimé, assis à l’autre bout de la table, si j’avais su !

Si j’avais su, j’aurais fait comme ma mère, sourire et rire, aimer sans compter et prendre soin de ceux que la Vie me confierait, si j’avais su ! Si j’avais su, je l’aurais aimé encore bien plus ce petit frère si fragile, si écartelé entre bien et mal, mais si drôle, je lui aurais tenu son biberon au lieu que de lui donner des petits coups de pieds, couchée sur le dos caché sous son petit lit, si j’avais su !

Si j’avais su, j’aurais été une élève modèle, un peu différente des autres à cause d’un très léger handicap physique, mais combien attachante et persuadée de l’importance d’apprendre, de connaître et de toujours chercher  à atteindre l’excellence dans la mesure de mes capacités physiques et mentales, si j’avais su!

Si j’avais su, je me serais plus souvent couché dans l’herbe encore toute chaude de la chaleur estivale pour m’émerveiller devant tant de planètes et d’étoiles hautes en couleur, mais j’ignorais que les étoiles formaient de si jolies constellations, si j’avais su ! Si j’avais su, je me serais assise plus souvent à contre sens dans les marches de l’escalier de bois avec mes Prismacolor pour essayer de reproduire ce que la mère Nature crée chaque jour sans l’aide de rien ni personne, si j’avais su!

Si j’avais su, j’aurais dansé dans les champs derrière la maison ancestrale puis je me serais arrêté soudainement pour entendre le chant des grillons et des cigales, si j’avais su !

Si j’avais su, ça fait si mal d’être confronté à la mort pour la première fois. Perdre mon père alors que j’entrais dans l’adolescence et que ma mère sombrait dans l’alcoolisme, si j’avais su !

MAIS, si j’avais su qu’il serait là, lui, pour prendre ma main, pour m’écouter et me consoler, pour me parler, pour rigoler de nous deux ou encore pour me faire rire de tout et de rien, pour m’apprendre à conduire et à manier différents outils, puis soudain, pour me bercer ou encore mieux pour m’embrasser, si j’avais su !  

 

Si j’avais su que pour gagner ma vie, j’aurais été appelé à rendre service à plein de gens, tantôt en parlant de finances avec eux, tantôt en parlant de communications, mais toujours avec ce désir d’écoute, d’empathie et de recherche de solutions favorables, si j’avais su!

Si j’avais su qu’à chaque fois que l’on partait en voyage, nous élargissions nos horizons, en assimilant des connaissances et en emmagasinant des souvenirs impérissables et à tout jamais encastrés dans ma mémoire fidèle, si j’avais su!

Si j’avais su qu’il partirait seul avant l’aurore, comme il l’avait souhaité, sans un dernier au revoir, un dernier baiser, ou même un dernier regard, si j’avais su !  

Si j’avais su que l’amitié, c’est la nourriture de l’âme, que l’amitié, c’est un phare ou plutôt  une balise qui nous protège de l’ennui, de la solitude et du découragement surtout au soir de notre vie quand l’autre moitié du lit reste fait. La mort, cette rivale implacable, si j’avais su!

Si j’avais su que tout au long de la dernière partie de mon voyage terrestre, je verrais de si belles couleurs dans les yeux de tant de gens dans divers ateliers tels la danse de ligne, ou dans des ateliers d’écriture, que je raconterais des histoires tantôt drôles, tantôt loufoques à des enfants turbulents, mais oh combien attachants dans le cadre du programme "Lire et faire Lire", que j’aurais assemblé au crochet une murale représentant les engrenages de ma vie, que j’aurais retrouvé mes crayons multicolores pour remplir tant de cahiers à colorier et que j’aurais écrit cette belle vie, riche en anecdotes et péripéties de toutes sortes, et que, le printemps venu, j’aurais pris grand soin de mon jardin de roses que mon amoureux m’avait aidé à planté devant la maison, si j’avais su! 

Et ma tête de dire à mon cœur : Si j’avais su !!! (Dépit), Mais non ! Mais non!

De répon- dre mon cœur.

Chaque jour est un voyage magnifique, plein de surprises, même les jours de pluie. Je le sais maintenant, car une nuit, j’ai fait un rêve magique, il y avait des arcs-en-ciel partout autour de moi, c’est sans doute à cause de cette surprenante rêverie que j’ai compris que le bonheur était presque toujours au rendez-vous …  

Alors, mon cœur et ma tête peuvent enfin dire : Si on avait su ce que l’on sait…

Texte de madame Nicole Dozois, Ste-Julie

Publié le 14 février 2018

« Si j’avais su…que ma vie serait si belle…jamais je n’aurais craint de vieillir. »

Si j’avais su…que si belle serait ma vie, tel un chardonneret qui poursuit son trajet

vers un ciel de bienfaits. Crainte de vieillir…non jamais.

 

Si j’avais su…que ma mère avait raison, alors qu’elle prétendait qu’heureuse je serais

Si « Maîtresse d’école » j’étais.

 

En ce temps-là, le système scolaire reposait en bonne partie sur le « chapelet ».

De petites écoles fleurissaient dans la campagne et toutes se ressemblaient.

 

C’était assez discret, même simplet.

Un tableau noir suffisait avec quelques blanches craies.

Et surtout, la fameuse cloche qui, au loin, résonnait.

 

De plus…la foi s’imposait, partout sur les murs, les images saintes m’épiaient;

sur une estrade devant la classe juchait mon bureau là où je trônais.

  

Oh! Là! Là! Comme il est vrai, de luxe…on ne péchait pas par excès.

 À part les « sept divisions », comme on appelait. De la discipline, il m’en fallait.

 

Monsieur l’Inspecteur nous visitait

Son attente impromptue me perturbait, mais avantage, de sa visite, il y avait.

Le lendemain de son passage…Congé…c’était.

 

Heureuse j’étais, ma profession je l’aimais

Et dès lors, je me disais; que toujours, je l’aimerais.

 

Après quarante ans…je signais du commissaire un manuscrit bien fait.

L’heure de la retraite s’en venait.

 

Si j’avais su…je le referais.

Heureuse j’étais et le suis encore, en effet.

Avec mes élèves dans ma classe, je m’y plaisais. C’était le bonheur presque parfait.

Si j’avais su…aucun regret…encore, je le ferais.

 

La retraite, je l’avais remisée aux oubliettes, de la maison à l’école, je faisais la navette.

Pendant quarante ans de joie presque parfaite.

L’an passé, a sonné une p’tite clochette. « Pourquoi, à mon âge, faire tant de pirouettes?

« Attends-tu qu’on te sorte de l’école en brouette? »

Ah! Non! J’ai d’autres cordes à mon arbalète!

 

Enfin la retraite…

Une seconde carrière me trotte dans la tête. Un puissant souffle me pénètre.

Je m’inscris donc pour trois années secrètes dans un domaine qui traite des petits bobos par… « recettes ».

Peut-être sommeille en moi une future « Docteure Alberte? »

 

Aujourd’hui, je le décrète :

À la retraite! Et heureuse de l’être. J’apprécie mieux le temps passé en chaussettes.

Avec mon « Bobie », mon bon prophète.

Et voilà que, maintenant, devant l’école, je m’arrête, puis je passe avec un sourire en pincettes.

Si j’avais su…c’est ainsi que j’aurais vécu.

Maintenant, je sais et l’amour je le continue, parce qu’il est vrai.

« Si je n’ai pas l’amour, je ne suis rien… »

Alors c’est mon tour de louanger les miens. Mère de cinq enfants et heureuse de l’être.

Grand-mère « gâteau » de dix petits-enfants. Et de quatre arrière-petits-êtres.

 

« Nos enfants ne nous sont que prêtés. » Nous dit un axiome.

On doit les laisser aller, ils doivent quitter notre dôme.

 

Chacun a son rôle dans la vie : je félicite l’un pour sa profession, l‘autre pour son engagement sans répit. À tous, je prodigue encouragement à profusion.

 

Ma fierté, la famille, c’est ma priorité. Les heures partagées avec eux sont des moments privilégiés. Ensemble, nous sommes tellement heureux!

 

Ma famille, c’est une bénédiction divine

Ma famille rompt la routine

Ma famille, c’est « oui » à la vie!

Ma famille…c’est la vraie belle vie!

 

Si j’avais su…ma vie, jusqu’ici, c’est ainsi que, le l’aurais vécue. Sans peur de finir ni crainte de vieillir.

Texte de madame Paulette Galarneau, Chertsey

Publié le 1er mars 2018

«Si j’avais su…»                         

Un silence mystique règne dans l’habitacle de la voiture. Mon époux ne le brise pas !

Il est 10 h du matin.

Voici une demi-heure, ma sœur et moi avons reçu un sinistre appel téléphonique.

Notre petite maman est dans le coma !

 

Environ 1 h 15 de route me sépare du pourquoi et du comment. Mon cerveau et mon cœur se promènent entre le rationnel et l’irrationnel. Six mois auparavant, notre père lui, a choisi de mourir seul.

 

Quant à maman, elle toujours si vive, si active et pleines de projets avant sa maladie, je me demande si elle n’a jamais osé faire face à sa propre mort. Question sans réponse.

Si j’avais su ou seulement osé leur poser ces questions. Vaguement, je me souviens en avoir parlé avec maman à une occasion. Laquelle ? Cela me reviendra dans le cours de mon introspection. Discussion tellement délicate pour la génération à laquelle mes parents appartenaient. Parler de la mort, voyons !

 

Parler du défunt au salon funéraire? Oui, ainsi que de la maladie l’ayant conduit à son linceul. Mais de son vivant ? Jamais!

Et moi, me suis-je réellement posé cette soi-disant question ? …

Arrivés dans le stationnement du Centre d’Hébergement, mon mari tel une ombre, me suit silencieux, mais surtout respectueux de ma douleur. Je ne sais vraiment pas ce qui m’attend. 

 

Troisième étage déjà. Il me semble que même l’ascenseur va trop vite ce matin. Chambre no. 325.

J’aperçois maman la bouche béante, si émaciée depuis ma dernière visite. Personne auprès d’elle.

 

M’attendais-je à des soins ? Nous avions voici deux semaines ma sœur et moi, indiqué le fameux chiffre quatre sur le formulaire. Soins de confort. Aucun acharnement thérapeutique ni réanimation. Respect total des directives médicales de nos parents. Heureusement, il fait un beau soleil aujourd’hui ! 

Maman en sera heureuse. Nous  sommes le 21 mars 2010. Le printemps!

 

Revenant à la triste réalité, timidement, je me rapproche d’elle, comme si je ne voulais pas la déranger dans son sommeil. Dieu merci.  Elle respire encore!

Quelles questions peut-on poser à une moribonde?

Bêtement, je lui demande :«Mais qu’est-ce qui a pu t’arriver maman, pendant ces deux semaines?»

 

Naturellement, rien ne vient. Je lui tiens la main, un petit pouls s’y perçoit encore timide, mais réel. Ses pieds sont gelés. Ses jambes, comme de la cire. Rouges et bleutées. Lividité cadavérique. La faucheuse a déjà commencé son œuvre. L’inverse du cri primal. Pendu la tête en bas, le nourrisson par son vagissement, annonce son arrivée tant espérée. Pour ce qui est de la mort, l’inverse se produit. Les pieds en premier et la tête en dernier. 

Ma sœur arrive sur l’entrefaite, interrompant  mes réflexions. Nous nous enlaçons et nous sécurisons.

« Elle est déjà à moitié morte » lui dis-je, en lui montrant ses jambes cachées sous les draps. Mon conjoint, fantôme immobile, profite de ce moment pour se retirer et nous laisser dans notre chagrin.

« Je serai chez fiston, tu nous avertiras».  Pas besoin d’en dire plus.

Durant cette petite demi-heure, combien de souvenirs réapparaissent. Je revois cette maman qui ne voulait jamais que cela s’arrête. Marchant, pratiquement à tous les jours dans son beau Parc du Cap St-Jacques, au bout de l’Ile de Montréal.

Je me remémore cette journée de janvier 1998. Période du grand verglas, ayant perduré au moins trois semaines. Ne pouvant aller faire sa longue promenade matinale, car trop glissant, elle avait choisi de sortir tout son bazar de vaisselle ancienne ainsi que sa belle coutellerie reçue en cadeau de mariage...

Maman Gilberte, Béberte pour les intimes, avait donc installé son bric-à-brac sur sa grande table du salon.  Les rideaux étaient tirés pour y laisser pénétrer un beau soleil. Mince accalmie durant ce verglas. Maman me regarde soudain. Elle est entourée d’une belle lumière et me dit : «Si j’avais su!»

Comme si de son vivant, elle s’inquiétait de la survie de son âme. Retenant mon souffle, j’attends la suite qui ne vient pas. Je regarde ses yeux et pourtant, ils me semblent réceptifs. 

    -«Si tu avais su quoi maman?»

    -«Ah, laisse faire. Tu ne comprendrais pas. Ce n’est pas important.»  

Je me sens tellement démunie devant cette maladie mangeuse de souvenirs. 

Vraiment dommage que les greffes de cerveaux n’existent pas comme avec les reins.

Reposant une vieille assiette en porcelaine toute craquelée, elle me demande :

     -«Sommes-nous loin de la saison de mes hirondelles faisant le printemps?» 

     -«Au moins trois mois» je lui indique avec mes doigts. 

Maman adorait particulièrement cette saison.  Profitant alors de la certitude qu’elle est bien dans le moment présent, je la questionne. 

     -«Penses-tu à ta mort quelquefois?» En riant, sa réponse me surprend :

     -«S’il y a des portes et des fenêtres là-haut, je pourrai donc voir et entendre mes hirondelles et          sortir me balader dans mon beau parc tous les jours».

Puis retrouvant son monde de l’oubli, elle repart dans son barda hétéroclite!

Notre petite famille s’était aperçue des changements de comportements chez maman. Difficulté à cuisiner, à retrouver des objets, mais surtout, paranoïa. Novembre 2000 chez le neurologue, dans le bureau aussi froid que le bas du corps de notre mère, le diagnostic tombe. 

Démence fronto temporale. Spectre de la maladie d’Alzheimer.

 

Ma sœur me serrant le bras doucement me ramena dans la réalité actuelle. Est-elle mentalement absente en ce moment ? Réalise-t-elle ce qui lui arrive ? Cette Vilaine vêtue de noir, la laisse-t-elle prendre conscience qu’elle vit avec nous ses derniers instants ? Toutes ces questions me projetèrent en août 2007.  Moment où ma sœur et moi vidions la maison. Nous avions trouvé des découpures de journaux datant de 1997 dans son coffre à bijoux. Elles concernaient des études sur la maladie d’Alzheimer y incluant les symptômes. Oh! Combien tu savais maman !

Ses yeux se fermèrent pour de bon à 12 h 30, le 21 mars 2010, au printemps qu’elle chérissait tant. Nous l’avons accompagnée ma sœur et moi, et par nos applaudissements, l’avons même encouragée à quitter cette terre au plus vite ! Après trois petites respirations, aussi légères et silencieuses que les ailes de ses oiseaux préférés fendant le ciel, ce fut la fin.

A chaque printemps maman, je fais revivre pour toi ici, dans notre bel environnement, le retour de TES hirondelles.  Elles m’apportent joie, sérénité, mais aussi questionnement sur la vie en général. 

Est-ce à cause de toutes ces phrases inachevées, des non-dits, ou simplement dois-je patienter et que la sagesse viendra?  

J’ai souvent l’impression que je ne sais pas consoler ou cajoler assez les miens.  Pourquoi ???

Toutes choses étant égales, un jour je saurai. 

Je pourrai alors m’exclamer pendant que mon âme se séparera de mon corps : maman, si j’avais su… ce que je sais maintenant, soit le quoi de l’après. A bientôt mes parents adorés!

Texte de madame Monique Paquin, Chertsey

Publié le 15 mars 2108

La ronde des si…un jour à la fois.

Si j’avais su…!

                                                                           Rien n’est plus terrible qu’une vie qui s’écoule dans le regret.

                                                                                                                                                                                                                              *Marie-Claire Blais

« Ne vis pas ta vie en écrevisse »; me disait mon père quand j’étais petite.

Lorsqu’on les approche, les écrevisses s’enfuient en marchant à reculons. Je trouvais le conseil bon pour attraper les écrevisses et je plaçais mon filet derrière les écrevisses avant de les déranger par devant.

Mais je me demandais bien ce que papa voulait dire, surtout quand il ajoutait : « Vis dans le présent, regarde devant. »

À cet âge, il ne me serait pas venu à l’idée de vivre autrement. Et pourtant, malgré tous ces avertissements, l’infernale ronde des « si j’avais su » a pris le dessus sur ma vie a un moment donné.

Je vous raconte. C’est le 31 mai, il fait un temps magnifique. Je viens de finir ma dernière journée de travail à Montréal. Je me dirige vers les Cantons de l’Est avec ma fille Anne-Isabelle. Mon conjoint m’y attend avec mon fils David. Nous venons d’acheter une nouvelle maison avec une grange et un immense terrain. Nous ouvrons un centre de croissance. Une nouvelle vie nous attend!

Je suis excitée, heureuse, d’autant plus que je suis enceinte d’un nouveau bébé. C’est la réalisation de tous mes rêves : ouvrir un centre dans la nature. Ma fille Anne-Isabelle, deux ans et demi est excitée et heureuse elle aussi. Il y a un poney sur la ferme. Elle me dit dans son langage enfantin, qu’elle va « gahoper, gahoper, gahoper » jusqu’à ce qu’elle tombe par terre. D’épuisement bien sûr!

Anne-Isabelle est une passionnée qui vit intensément chaque minute. Elle a aussi de nouveaux petits souliers et un costume violet avec de la dentelle qu’elle veut montrer à son papa. Sur la route le moteur chauffe. Nous arrêtons pour mettre de l’eau dans le radiateur. Je lui demande : « Qu’est-ce que tu veux? Quelque chose à manger ou de l’eau qui pique (du 7 up). » Elle me regarde scandalisée : « Mais voyons donc maman, tu le sais bien, je veux tout dans la vie. » 

Mais Anne-Isabelle a échappé de l’eau qui pique sur son siège d’auto pour enfant. Elle ne veut pas salir son costume mauve. Elle refuse de s’asseoir là ! De plus, c’est collant, et nous n’avons rien pour essuyer l’auto. Ce sont les années 70, on n’insiste pas encore beaucoup sur la ceinture de sécurité et sur les sièges d’auto pour enfants. Je finis par céder. « Ok. Vient t’asseoir, en avant avec moi, il ne reste pas très loin avant la maison. »

Quelques minutes plus tard, une automobile nous frappe de plein fouet. Mon automobile va faire trois tonneaux dans le paysage. Anne-Isabelle est tué sur le coup. Je perds mon bébé, je subis neuf opérations, je resterai deux ans dans le plâtre, nous perdons la maison et la ferme et nous nous retrouvons sans travail.

Et c’est alors que commence la musique à répétition de « si j’avais su… » : si j’avais su, je l’aurais obligée à s’attacher, si j’avais su, je ne serais pas arrêtée en chemin , si j’avais su, j’aurais manœuvré autrement, si j’avais su , je serais partie plus tôt ou plus tard, peut-être que j’ai fait une erreur, si c’était ma faute…si c’était ma faute que ma fille soit morte! Et tous ces si se promenaient dans ma tête, me rendant triste et m’enlevant de l’énergie.

Nous sommes revenus à Montréal, j’ai repris mon ancien emploi, et un jour que je pleure assise sur le divan, mon fils David, quatre ans, vient derrière moi , il me prend dans ses bras et il me dit : « Tu es triste à cause de ma petite sœur, maman? »

Je lui réponds : « Oui! »

Il m’embrasse et me dit : »N’oublie, pas que papa et moi, on est là et on t’aime! »

 

Et, petit à petit, j’ai commencé à comprendre.

À comprendre que chaque moment est précieux et qu’il ne sert à rien de regretter. 

J’ai donc écrit ce petit poème :

Ah! Si j’avais su…

Maintenant je sais.

Tout le temps qu’on  prend

Pour tout regretter

Est du temps perdu

Pour vivre sa vie.

Malgré tout ce que j’ai eu à souffrir, la mort d’Anne-Isabelle a quand même été le début d’une vie différente. Anne-Isabelle, sans le vouloir, m’a laissé un héritage précieux : vis le moment présent, jouis de chaque minute que la vie t’accorde, n’attends pas à demain pour faire ce dont tu as envie; profite de chaque instant! 

Sa dernière phrase me reste comme un message : »Ben voyons maman, tu sais que je veux tout dans la vie! »

Le bon comme le mauvais. La joie comme la tristesse. Le tourment et la paix.

Et je comprends mieux le message de papa…je ne vis pas ma vie en écrevisse!

 

Texte de Monique Massé, Gatineau

Publier le 5 avril 2018

« Si j’avais su »

 

Je recommencerais, je referais ma vie avec plus de savoir; une sagesse meilleure pour notre famille. D`abord, j’aurais acheté une table de salon avec des coins ronds. Parce qu’un jour, ma fille aînée, chuta sur un coin en se blessant tout près d’un de ses jolis yeux.

 

Si j’avais su…, j’aurais gardé une gentille chienne berger allemand avec nous dans la maison, en l`attachant un peu dehors et en nous promenant avec elle chaque jour avec les enfants. Je lui aurais enseigné à faire ses besoins dans la forêt. Elle était belle, nous l`avions reçue en cadeau par ma belle-mère Clémence. Elle était toute petite, nous avions dans cette maison un espace entre deux chambres où on lui avait aménagé son espace à l`aide d’une barrière. Elle vécut son enfance avec nous pendant que je vivais ma première grossesse.

Lorsqu'elle fût devenue grande, Stéphane, mon mari, lui fabriqua une jolie cabane et Poupée du nom qu`on lui avait donné, alla poursuivre sa vie avec nous, mais attachée à sa niche à l’arrière de la maison. Ce fut une erreur, car elle devait vivre sa vie de la même manière que sa jeunesse. Lors de mes balades avec le bébé, Poupée voulait venir et moi je la laissais attachée à sa cabane. Elle jappait pour me le dire et moi je ne l`entendais pas… je faisais la sourde oreille et je la grondais pour lui dire d’arrêter de japper. Je n’avais même pas lu, sur les façons d’élever un berger allemand.

Je lisais des livres surs, comment bien soigner les nouveau-nés humains. Nous avions un petit marais dans la forêt, Stéphane acheta pour notre plaisir un couple de Canard Malard qui vivaient avec nous et accompagnaient Poupée dans la cour. Un jour, elle en tua un et blessa l’autre, cela après plusieurs semaines de vie commune. Je m`étais mise en colère contre elle, elle resta couchée au pied de l’arbre où je l`avais attaché. J’ai téléphoné à mon mari en lui racontant ce qui s’était passé, et en lui disant que je voulais qu’elle quitte notre demeure: car je ne voulais pas d’une chienne meurtrière. Je pris la décision de l’envoyer au refuge pour animaux. Au retour de son travail, Stéphane alla l’a reconduire, aujourd’hui cela me fait beaucoup de peine, à cette époque je ne savais pas.

Si elle avait vécu sa vie dans la maison, les choses se seraient déroulées autrement.

Mon attention était sur l’apprentissage d’être une nouvelle maman.

 

Si j’avais su… Ce que je sais aujourd`hui des bergers allemands en ayant travaillé pour Faim museau et en connaissant, Harès le berger allemand de ma fille aînée : elle reprend aujourd`hui la responsabilité où j’ai échouée jadis… Poupée aurait pu être notre gardienne, nous l’aurions aimé et surtout mieux compris, je te demande pardon chère chienne Berger allemande.

Mon dernier si j’avais su et non le moindre…

 

Si j’avais su…, notre maison familiale où les enfants on grandit, m’aurait appartenue après l’investissement de 80 000 $ de l’héritage de mon grand-père Jean Maurice. C’était mon mari qui faisait des paiements hebdomadaires, moi, je restais à la maison, je croyais tout normal. Je ne suis pas allé chez le notaire pour me protéger, je suis allé chez le notaire pour signer deux actes hypothécaires, lorsque l’entreprise de mon mari vivait de grandes difficultés, nous avons dû céder le commerce et ensuite notre maison. Si la maison m’avait appartenu, nous aurions pris le temps pour la vendre.

Elle était grande, difficile à vendre et difficile à chauffer.

 

Aujourd’hui, j’ai calmé mes idées de grandeur.

Plus petite maison à chauffer, plus petites taxes et j’ai la chance de travailler.

Garder une grandeur dans mon Cœur pour tous ceux que j’aime.

Faire équipe avec mon homme que j’aime et tout va bien, il faut garder le cap.

Les enfants sont grands, nous devons être forts pour qu`il soit fier de leurs parents.

 

La belle vie nous attend !

 

Texte de Louise Foucault, Cowansville

Publié le 1er mai 

Si j’avais su…

 

Matin lumineux. Été mil neuf cent cinquante-huit. Effervescence et joie sont au rendez-vous : des amis voisins et notre fratrie décidons d’aller cueillir des groseilles au pied de la montagne qui domine nos maisons.

J’anticipe le plaisir de profiter du magnifique point de vue sur le fleuve où, au large, une baleine lancera peut-être un jet d’eau. Ou encore d’admirer la flâneuse rivière qui s’y jette ainsi que l’ensemble du village sillonné par la route deux.

Oui, profiter de cette magnifique beauté révélée graduellement au fur et à mesure de la douce montée  nous conduisant à cette montagne feuillue. Mais surtout la curiosité de voir de près la maison de campagne des Bratch - riches armateurs allemands qui accostent quelques fois par année au quai et viennent y loger- décuple mon enthousiasme. Campé sur le cap derrière notre habitation, cet élégant pied-à-terre d’étrangers est décrété zone interdite par mes parents.

Comme le dit mon père, ancien vétéran : « Avec ces gens-là on se sait jamais, il vaut mieux s’en tenir loin » !

Mais je me promets que mine de rien je me rincerai l’oeil à notre retour. Cependant, un bémol risque de mettre fin à mon projet, lorsque ma mère me dit :

  - «  Je comptais sur toi pour prendre soin des plus jeunes afin de finir la couture de ta robe ». Téméraire, je dis :

   - «  D’abord, je les amène avec moi ».

   - « D’accord, mais fais bien attention » me dit maman.  

 

Forts de la promesse d’être prudents, nous amorçons allègrement notre montée. Blaguant joyeusement tout en admirant ce paysage grandiose, nous atteignons finalement le bosquet débordant de ces juteux fruits qui font notre envie. 

Durant environ quinze minutes, nous nous concentrons sur la cueillette, heureux de découvrir autant de succulents cadeaux de la nature, quand tout à coup je m’écris :

   - «  J’ai entendu un grognement, il y a une bête ! »

Les autres s’esclaffent.

   - «  Ça prend bien la peureuse de la gang pour toujours entendre…. ».

Clermont n’a pas le temps de terminer sa phrase qu’un fort rugissement, plus près de nous cette fois, nous fait dresser les cheveux sur la tête. Aussitôt, tels des lapins poursuivis par le coyote, amis, frère et sœur aînée détalent. Un sprint record s’amorce dans le but d’atteindre la sécurité des maisons, au bas de la pente. Je me retrouve seule avec mon jeune frère de cinq ans, ma sœur de quatre ans et la dernière âgée de 22 mois.

   - «  Vite ! Vite ! il faut courir ! Il y a un ours ! » leur dis-je.

 

Mon frérot trottinant aussi rapidement que lui permet ses courtes jambes, moi tenant une soeurette par la main et l’autre dans mes bras je continue d’avancer sans me retourner par crainte de ralentir notre avancée et surtout celle de voir le monstre bondir sur nous. Le coeur battant la chamade, ma pensée demeure vissée au but ultime : atteindre sains et saufs l’oasis sécuritaire de notre demeure !

Sans m’en rendre compte, nous dépassons  la maison de rêve que je m’étais promis de voir de près.

 

La cavalcade dure depuis des heures, me semble-t-il, lorsqu’enfin le toit de notre maison se pointe dans mon champ de vision. 

   - « Un dernier effort ! Nous arrivons ! » dis-je à mes sœurs et à mon frère. 

En sueur et le souffle court, les trois jeunes et moi, entrons en trombe chez-nous où les autres, tremblants et effrayés, racontent avec force détails qu’un ours terrible a rugit près de nous.

Ma mère, toute énervée téléphone aux autres voisins pour les avertir de garder leurs enfants à l’intérieur, car il y un ours qui rôde derrière nos maisons. On se mobilise, on avertit les gens des environs du danger.

Lorsqu’ils reviennent du travail quelques pères sortent les fusils et partent à la recherche de ce troubleur de fête.  Nous reprenons peu à peu notre souffle, soulagés d’être enfin à l’abri. Nous ne chahutons plus, l’heure est à l’attente...

 

«  Si j’avais su ! » me dis-je.

 

 Oui si j’avais su je serais demeurée dans notre cours à balancer tranquillement mes frangins, dans la balançoire installée par mon père, pendant que maman finissait sa couture.

Si j’avais su, je n’aurais pas pris le risque de nous mettre en danger ! Ouf ! On l’a échappé belle ! J’ai eu si peur de voir le monstre surgir et agresser l’un ou l’autre de nous !

 

Mais contrairement à mon appréhension, il ne l’ a pas fait.

Était-ce un simple avertissement de lui laisser sa talle de fruits ?

Nous ne le saurons jamais.

 

Toujours est-il qu’en soirée, encore tremblants d’émotions, nous apprenons que oui il est énorme notre ours, car le père d’une amie, bon chasseur, vient de l’abattre.  Que le danger est passé…

 

Micheline Bouchard, Chertsey

Publié le 1er juin 2018

 

Et... Voilà ! À l'année prochaine.

*D'autres photos se retrouveront sous peu dans les pages de vos régions respectives.

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