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Textes concours d'écriture 2023

« Je fais ou ne fais pas du bénévolat, parce que... »

«Je fais du bénévolat parce que…»

    

Au premier abord, ce sujet m’apparaît plutôt aride et j’ai l’impression que ma réponse sera un tant soit peu desséchée. Je sens le besoin de recréer une atmosphère désertique afin d’observer l’évolution du semis que vous avez introduit dans mon esprit par le présent sujet : «Je fais du bénévolat parce que…»

Me représenter «petite graine de vie» m’apparaît inspirant. En réexplorant mon vécu, cette fois-ci, avec en tête le volontariat, je réalise qu’il ne ressemble en rien à un désert!

À mon insu se sont entrelacées des minutes, voire des heures d’implication gratuite ici et là à travers ma vie d’adulte, sur le marché du travail. Maintenant, adulte vraiment retraitée, c’est plus consciemment que «je fais du bénévolat». J’emploie l’expression «vraiment retraitée», car, après vingt-sept années d’enseignement aux adultes et au primaire, j’ai pris une première retraite puis, pour ajouter au plaisir, je suis retournée enseigner dix autres années à temps partiel cette fois-ci en francisation. J’ai pris une deuxième retraite pour ensuite m’investir bénévolement en francisation auprès d’enfants à problème social.

 

Ce pan de ma vie m’a nourrie amplement et, inversement, j’ai semé abondamment ne serait-ce qu’en ajoutant plusieurs heures de classe non rémunérées afin d’aider des enfants en difficulté, en fabriquant des costumes pour une chorale dont mes enfants faisaient partie ou en organisant des activités extra-scolaires. J’ai également participé bénévolement au journal de ma région en y rédigeant une chronique tous les mois, ceci durant douze ans. En outre, je me suis impliquée dans différents conseils d’administration et j’en passe. Peut-être que le moment est bien choisi de me poser «votre» question et d’en faire «mienne»!

Tout bien considéré, ma petite graine de vie est tombée dans une terre fertile et durant toutes ces années, malgré quelques saisons plus difficiles, il est clair que le soleil et l’eau ne lui ont pas manqué. Résultat, mon développement mental et social s’est graduellement développé. La minuscule graine n’a pas eu peur de se mouiller, de se défaire de son enveloppe, pour finalement produire une plante prête à étendre ses racines.

 

Comme toute bonne terre doit se reposer périodiquement, j’ai régénéré le sol entourant ma plante en prenant une petite pause. Puis, ressentant toujours une urgence de produire, à l’automne 2022, j’ai amorcé un départ au Centre d’Action Bénévole de mon milieu. À la cadence d’un ou de deux après-midis semaine, je cuisine pour l’épicerie du Centre et pour la popote roulante. À l’occasion, je fais du remplacement à l’accueil ainsi qu’au dépannage alimentaire, ce qui alimente ardemment mon besoin d’apprendre et de côtoyer des personnes authentiques, ce qui me stimule. Du travail de terrain comme j’aime en faire! De l’aide concrète apportée à des gens dans le besoin! Cette expérience humaine nourrit mon âme et me sort d’un isolement qui pourrait être envisagé n’ayant pas investi suffisamment dans mes amitiés lorsque je travaillais. Dans cet ordre d’idée, faire du bénévolat a représenté et représente toujours une merveilleuse occasion de rencontrer de nouvelles personnes, d’échanger sur différents sujets et de partager nos connaissances personnelles.

En rentrant chez moi, après mes heures de bénévolat, je mentirais si je disais qu’il reste de l’énergie à la petite dame de soixante-quinze ans que je suis. En fait, je suis complètement vannée! Mais inversement, la fatigue ressentie me dynamise. Je la nomme «ma belle fatigue». Je songe au travail accompli et j’en retire une immense satisfaction. Je suis heureuse d’avoir donné avec le sourire et ceux que je reçois en retour me procurent un plaisir impossible à acheter.

Par son implication, ma petite graine de vie apporte à sa communauté de quoi nourrir d’autres graines de vie. Qui sait? Peut-être qu’un jour ces nouvelles pousses auront-elles le désir de produire à leur tour? De faire bénéficier à d’autres un peu de ce dont elles ont reçu? Petit grain va loin! Je suis certaine que cet investissement de mon humble personne contribue à enrichir mon milieu. Je fais partie de la cohorte des bénévoles des années 2020 et tous ensemble nous contribuons à enrichir la société par notre apport gratuit, qu’importe le domaine dans lequel nous nous investissons.

 

Tout compte fait, 

Si ce n’était de toutes ces petites pousses vertes qui parsèment le sol des villes et des villages, 

Si ce n’était de tous ces minuscules boutons qui surgissent au fil des mois, 

Si ce n’était de ces nombreuses fleurs multicolores qui éclosent jour après jour dans le domaine du bénévolat,

La terre serait vraiment un sentier désert.    

Puisque nous marchons côte à côte sur cette terre, nous nous enrichissons les uns les autres en pratiquant le loisir du bénévolat, quel qu’il soit. Peut-être pouvons-nous imaginer apporter un brin d’humanité par notre contribution joyeuse et généreuse, car la petite graine de vie en chacun de nous jaillit sur son entourage!

Note de l’auteur: Dans le fond, il n’est pas aussi aride que ça votre sujet!

 

Texte de madame Mireille Lessard Labrecque, alias « Graine de vie » de la région de l'Estrie.

Publier, juin 2023

Se donner et être aimé !

 

Obélix est tombé dans la marmite de la potion magique, moi, je suis tombée dans la marmite du bénévolat !

Très jeune, mes parents m’ont initiée à donner… Donner de l’amitié, donner du bonheur, donner de l’amour, donner du temps ! 

Mon premier travail ne se définissait pas en bénévolat, mais avec du recul, je considère qu’il en était un peu !   Le couple voisin de mes parents réunissait les enfants de leurs amis pour leur sortie du samedi soir et me confiait six jeunes enfants pour la soirée et une partie de la nuit. 

Ma mère me faisait toujours la leçon avant de quitter : « Quand les enfants sont couchés, tu ramasses les jouets, tu fais la vaisselle, tu nettoies tout. Ainsi, ils vont t’aimer et vouloir que tu reviennes ». 

J’en mettais du temps à faire la vaisselle, car la p’tite gang avait soupé et tout laissé sur place ! À leur retour, je recevais .25 c par heure de gardiennage. J’étais contente pour les sous amassés, et j’étais heureuse d’avoir été appréciée. Jamais je n’ai vu ça comme de l’abus. Naïveté ? Innocence ? Peut-être… Mais aujourd’hui, je sais que j’aime donner, je préfère même donner que recevoir, c’est probablement ce que je ressentais déjà dans ma jeune jeunesse !!! 

À l’école secondaire, j’étais de tous les comités et de toutes les organisations. J’adorais l’école, je réussissais très bien, et je crois que ces implications me rendaient la vie étudiante encore plus enrichissante et attrayante. À travers toutes ces activités, je me sentais valorisée et intéressante, et surtout, je me sentais aimée !

 Tout en m’occupant de ma petite famille, je trouvais le temps de m’impliquer dans beaucoup d’organismes qui faisaient partie de nos vies : loisirs municipaux, comité d’école, de musique, de patinage artistique, de hockey… Après réflexion, je me demande si je ne compensais pas le manque de reconnaissance familiale (sans méchanceté !) par ces activités qui me faisaient sentir, encore une fois, importante et aimée. 

 

À la mi-quarantaine, j’ai changé de métier et j’ai réalisé un rêve qui était celui d’accueillir de jeunes enfants de la DPJ. La charge de travail est grande pour la rémunération qui en découle. C’est donc sous une certaine forme de bénévolat que j’ai œuvré avec mes petits et grands blessés pendant de nombreuses années.

Avec mes petits protégés, mes loisirs se limitaient au bénévolat dans les différents milieux qu’ils fréquentaient. Je donnais donc du temps à la garderie, à  l’école et dans les différentes activités qu’ils pratiquaient.

Ils ont vieilli et je me suis jointe à la Société Canadienne du Cancer dans le cadre du Relais pour la vie. Durant plusieurs années, j’ai été très intense dans ce projet et j’y ai consacré un nombre incalculable d’heures tellement je croyais à la cause. 

 J’y ai même intégré mes jeunes en leur confiant différentes tâches et, ainsi, je les ai sensibilisés à la maladie et au bénévolat. Ils ont appris le don de soi, la bienveillance, la compassion. Ils ont développé différentes compétences et ils ont gagné en confiance et en autonomie.

Je me questionne sur une réaction de ma part. Un jour, j’ai aidé un proche en prenant en charge son restaurant pendant quelques semaines, mon frère, propriétaire, venait de s’effondrer. Tout allait super bien et je gérais la place comme une professionnelle. La cuisine, les employés, le service, je m’amusais dans ces tâches que j’apprivoisais et, je l’avoue sans prétention, je réussissais très bien ! 

Le jour où il a décidé de m’octroyer un salaire, j’ai perdu tous mes moyens, j’avais l’impression de ne plus savoir quoi faire et je finissais mes journées dans un état d’épuisement total. Je n’étais jamais satisfaite, j’ai perdu ma bonne humeur, mon enthousiasme et mes performances étaient nuls ! J’ai vite donné ma démission, je ne croyais plus en mes capacités.

Un jour, j’ai été invité au fabuleux gala de la Chambre de Commerce de la Ville où j’habitais. Accompagnée de ma famille, je fus heureuse d’assister à cette belle soirée ou je fus reconnue pour mon bénévolat dans diverses activités. J’ai reçu des éloges, félicitations, plaque souvenir et des fleurs. J’ai dû prendre la parole afin de remercier pour cette reconnaissance qui m’était attribuée. Je l’ai fait et j’étais heureuse d’avoir enfin l’occasion de remercier publiquement ma famille et tous mes proches.

C’est à eux que reviennent toutes les louanges qui m’étaient adressées. Eh oui… Faire du bénévolat pour une bénévole-née, c’est vital, c’est facile, c’est plein de moments heureux, c’est son choix, sa façon d’être. Vivre avec une telle personne c’est un peu vivre en eaux troubles : on les implique dans toutes les organisations pour lesquelles on s’affaire et on ne leur laisse pas vraiment le choix !   On aime tellement ce que l’on prépare que l’on pense que tout le monde est d’accord !

 J’ai fait vivre des situations cocasses à mes enfants sans même leur demander leur avis. Je me rappelle encore du carnaval que j’organisais pour mon village. Une duchesse n’avait pas de prince consort et c’était important. J’ai supplié (pour ne pas dire exigé) mon fils aîné de me rendre ce service ! Un ado de 16 ans, qui se doit de vendre du chocolat pour aider la fille qu’il ne connait même pas… Il me parle encore de son expérience, de l’habit que je lui ai fait porter le soir du bal et combien il était mal à l’aise !!! 

Ma gang a monté et démonté des salles de conférence, de partys, de carnaval, de rencontres, de spectacles de tous genres ! Ils ont vendu des billets, distribué des affiches, attendu des fins de soirée, installé des décorations, écouté mes discours, enduré mon stress et mes doutes la veille de certaines activités !

Les instants de ma vie partagés en bénévolat sont des instants de grand bonheur. J’ai rencontré des gens de cœur avec qui il était facile de rêver. Rêver de nouveaux projets, de grands défis, de réussite, sans contrainte, sans barrière, aucune obligation, juste celle de faire plaisir, de réconforter et de créer des divertissements pour l’entourage.

  J’ai eu droit à de la reconnaissance, à des amitiés sincères, à des partages de pleurs, de rires, de peur face à de gros défis et d’euphorie dans de belles réussites.

Comme je l’ai mentionné, à mon premier travail ma mère m’avait dit « ils vont t’aimer » !

 Merci maman, grâce à tes enseignements, toute ma vie, j’ai baigné dans l’amour !

 

 Texte de madame Michelle St-Louis, "alias Moie", Laurentide

Publier, août 2023

Je « bénévole »

Je l’avoue, je le confesse, je le reconnais, mais je ne m’en excuse pas : oui, je « bénévole » et depuis longtemps. Je ne me vante pas de voler « bien », ou de « bien » voler. Je ne suis un pas criminel. En fait, je ne suis ni mieux ni pire que quiconque. Mais je vole. 

Je « bénévole » du « bien » du « beau » et du bon. Ne prenez pas ces mots pour des qualificatifs, ce sont des substantifs, des mots qui ont de la substance. Je vais à l’essentiel. Je vole l’essence de la vie, ce qui donne à la vie sa saveur et sa valeur : le « bien », le « beau » et le bon.

*****

Les sourires, l’entraide, le soutien, l’accompagnement, les menus travaux, ces gestes me font autant de « bien » qu’ils en font aux personnes pour qui je les pose. 

Ainsi je vole du « bien » aux autres, je « bénévole » du « bien ».

*****

Lorsque les gens que je côtoie relèvent la tête, sourient, manifestent leur satisfaction, disent se sentir « mieux qu’avant » à mon contact, ils deviennent lumineux et « beaux ». Ce « beau » m’embellit aussi, car je rayonne de joie. Je suis satisfait de moi-même et fier d’avoir été utile. Une lumière nouvelle m’éclaire et me montre le chemin.   

Pourquoi ne pas admettre que je vole du « beau » aux autres, je « bénévole » du « beau ». 

*****

Entrer en contact avec des personnes dans le besoin, quelle que soit la nature de celui-ci, cela est juste et bon, salutaire et raisonnable. 

Il est dans la nature de l’être humain d’aller vers ses semblables, de leur parler, de les toucher, de les aider, de contribuer à leur « bien-être ». Cela est aussi « bon » et agréable pour les autres qu’il l’est pour moi.

On conviendra que si cela est « bon », c’est que je « bénévole » du « bon ». 

*****

Je n’ai pas de scrupule à « bénévoler » de la sorte, car cette conduite est partagée par de nombreuses personnes, toutes plus altruistes les unes que les autres.  

S’il fallait me poursuivre, m’interpeller, m’arrêter, m’accuser, me juger, il faudrait faire subir le même sort à beaucoup de gens, à toutes ces personnes qui œuvrent dans les organismes communautaires, dans les associations, dans les paroisses, dans des clubs sociaux de toutes sortes et qui « bénévolent » autant que moi. 

Pour sanctionner le bénévolat, il faudrait aussi des plaignants, et d’abord un règlement, un décret, un code, une loi qui prescrive la pratique du bénévolat. Au nom de quoi aurait-on formulé un tel interdit ? 

Finalement et malgré que le bénévolat se pratique dans de nombreux endroits, sa mise en cause bénéficierait d’un non-lieu. 

*****

Que nous « bénévolions » ne peut être mis en doute. Les preuves sont nombreuses, multiples, éloquentes. 

Mais qui se plaindrait d’un tel commerce dont on dit qu’il est équitable puisque chacune des parties en retire des bénéfices. Prenons l’exemple de notre association pour illustrer ce point de vue. 

Il n’est pas difficile de reconnaître que le travail bénévole de nos animatrices et animateurs, de nos officiers et de nos collaborateurs, leur procure du « bien », du « beau » et du « bon ». On a qu’à voir leurs sourires.  

Et que serait la fidélité de nos membres sans les personnes qui animent nos ateliers avec rigueur et constance ? Quel temps nous leur prenons, pendant qu’ils nous « bénévolent » de leur générosité, de leur attention, de leur soutien !

Que serait aussi l’intérêt de nos membres sans l’immense travail silencieux qui se cache derrière le maintien de notre secrétariat, la tenue de nos finances, le journal l’Olivier, le site Web, la page Facebook, l’infolettre, la bibliothèque, l’organisation des activités et événements spéciaux, le contact avec les membres, la révision des programmes, la présidence du conseil ? 

Le bénévolat n’a pas de prix. Il n’est pas gratuit pour autant. Le bénévolat se transige en sympathie, en chaleur humaine, en disponibilité. 

Autant que la parole et le sourire, le bénévolat nous distingue de tous les êtres de la création en manifestant notre humanité.   

Texte de André Gervais, alias...lbénévoleur, Laval

Publier septembre 2023

Le bénévolat

Le mot bénévolat signifie implication.

Selon sa définition, il s’agit d’accomplir un travail sans obligation et sans rémunération. Choisir une cause qui fait du bien, qui nous tient à cœur, que l’on aime, un don de soi. Une occasion unique d’enrichissement, de générosité, de partage.

Une initiative qui stimule notre vie personnelle et sociale, un exemple tangible d’entraide.  

N’est-ce pas là les motifs qui suscitent un engagement ? Offrir des petites douceurs, de l’accompagnement, représente des exemples de bonté et de charité envers notre entourage.

Agir en tant que bénévole… une action prise en toute liberté dans le but d’apporter une contribution valorisante essentielle.  

Suite à ces remarques, je confirme mon appartenance au bénévolat. Le besoin de me rendre utile, de contribuer au bien-être d’autrui, ne serait-ce que dans une limite de temps selon certaines éventualités, m’incite à persévérer envers un tel mouvement cordial et primordial.  

Plusieurs organismes existent dans le but de former des bénévoles et leur venir en aide selon leurs compétences et leurs talents. Le champ d’activités s’avère diversifié. Sélectionner un domaine en particulier exige de bien se renseigner pour mieux s’acquitter des tâches à exécuter. 

Pour ma part et à la suite de l’analyse de mes aspirations, je n’hésite pas à me lancer dans un projet qui me passionne et qui me stimule. Je prends d’abord conscience de la panoplie de programmes offerts au sein de différents secteurs communautaires. Je débute ma recherche pour déterminer le milieu dans lequel je veux œuvrer et participer activement.  

Serait-ce le sport, les loisirs, la culture, la santé, la défense des droits et de l’environnement, l’aide sociale, l’humanitaire ou bien l’éducation ? Après révision de mes expériences antérieures, je crois posséder des affinités fondamentales et indispensables en harmonie avec la sphère pédagogique.

Le respect, la politesse, l’honnêteté, la discrétion, la discipline, le discernement ne représentent qu’une faible fraction des particularités essentielles qui mènent au succès et à la réussite.

La formation et la motivation obtenue au cours des ans en tant que conseillère, lectrice, tutrice et accompagnatrice, facilitent l’écoute, le partage et concourent au développement de la société à laquelle j’appartiens. Véhiculer mes acquis grâce au bénévolat revivifie mon enthousiasme et mon dynamisme. Puisque l’éducation m’intéresse vivement, je désire inculquer l’importance de la lecture et de l’écriture, sources créatrices et révélatrices.  

Tout d’abord, en tant qu’étudiante au niveau secondaire, je me souviens de la demande d’une éducatrice, qui m’invite à donner des cours d’anglais à des élèves qui démontrent de la difficulté dans cette matière.  

Mes notes scolaires reflètent mon taux de compréhension dans cette discipline. On m’offre d’accompagner mes copines de classe, ravies de ma disponibilité et de ma discrétion, dans un local à l’abri des regards fureteurs pour les aider à maîtriser leur crainte d’essuyer un échec à l’examen final. Une première expérience inoubliable et positive à titre de bénévole… un regain de confiance, une estime de soi, un espoir en l’avenir qui s’annonce intéressant et prometteur.

Je dois avouer que mon cheminement professionnel me conduit vers d’autres occupations indemnisées à la fois passionnantes et édifiantes au cours des ans.

 Je m’implique à nouveau comme bénévole dans une école primaire à la recherche d’une lectrice en bibliothèque. Ce programme s’adresse aux enfants en maternelle jusqu’en troisième année.

Conçue durant l’heure de lunch, cette activité animée comprend la découverte du monde des livres. Encore une fois, un élargissement du savoir et de la pensée.  

Une autre occasion de bénévolat se présente. Tutrice et accompagnatrice au primaire pour les élèves en difficulté d’apprentissage, d’attention et de compréhension.  

Établir des liens étroits et discrets avec des jeunes qui nécessitent un appui tant académique que psychologique.

Au sein du bénévolat en éducation, je saisis l’importance d’écouter, de partager, de conseiller, de joindre l’utile à l’agréable. En tant que bénévole, je considère ce portail phénoménal représentatif d’une perle précieuse qui prend de la valeur au fil des ans. Une nouvelle aventure à contempler. 

Texte de Micheline Manswell, Laval

Publié décembre 2023

Faire la différence

 

Si la question ne s’est jamais posée pour moi, je crois que c’est parce que j’ai été influencée par ma famille élargie dans laquelle (depuis ma tendre enfance), il y a toujours eu beaucoup d’entraide chaque fois qu’un de ses membres vivait un coup dur et même, souvent, juste pour le plaisir. Il m’est toujours apparu que c’était une chose normale. 

 

La première fois que j’ai fait du bénévolat hors famille, c’était dans un cadre politique. En 1970, pendant mon congé de maternité, qui coïncidait avec la crise d’Octobre, j’ai pris conscience que le Québec était une société distincte qui n’avait pas tous les pouvoirs nécessaires à son plein développement et je suis devenue souverainiste. J’ai pris ma carte de membre du Parti Québécois et j’ai offert mes services à l’Association du comté de Lévis en tant que bénévole, espérant ainsi aider la cause. J’ai fait du travail de secrétariat, du porte-à-porte pour vendre des cartes de membre, assisté à des assemblées de cuisine, participé aux campagnes de financement, aux campagnes électorales, etc.  

Je faisais ce travail le soir, car j’avais un jeune bébé qui avait besoin de moi et c’est son papa qui le gardait le soir.

Après quelques années, le Parti Québécois du comté de Lévis m’a demandé de prendre la relève du registraire (personne qui s’occupe de l’inscription et de la tenue du registre des membres du comté de Lévis) lui qui quittait ce poste pour relever d’autres défis. Il n’y avait alors, pas encore d’ordinateurs. Le registre se tenait manuellement avec des cartes 4 X 6 (en double), un fichier en ordre alphabétique et un fichier pour chacune des 8 municipalités du comté. J’en ai passé des soirées à classer des cartes et à répondre aux demandes des bénévoles qui voulaient savoir si telle ou telle personne était membre.   Les listes informatisées sont arrivées plus tard. Après 9 ou 10 ans, j’ai passé la main à un autre registraire, mais j’ai continué à faire du bénévolat pour le Parti Québécois, pendant près de 20 ans en tout.

 

Un autre épisode de bénévolat m’a beaucoup marquée. J’avais pris ma retraite en 1999. En 

2000, la direction de l’École primaire Notre-Dame-d’Etchemin de Saint-Romuald (ma ville de résidence) a lancé un programme qui s’adressait aux élèves en difficultés de 4e et 5e du primaire pour lesquels il existait une possibilité de décrochage.  

Ce programme s’appelait les « DÉCROCHEURS D’ÉTOILES ». Les décrocheurs étant les aidants et les étoiles, les enfants. L’annonce en avait été faite dans le journal local et j’ai décidé de m’impliquer.   Pour ces enfants qui ne l’avaient pas eu facile, il s’agissait autant d’une aide aux devoirs, d’apprentissage à la lecture, de socialisation, etc., selon le cas. Les rencontres auraient lieu après l’école deux fois par semaine.

On m’a informée que mon élève s’appelait Alex Dulac. J’ai pensé : un petit gars qui a besoin d’aide. Parfait. À la première rencontre, j‘ai bien vu que mon jeune Alex était plutôt une jeune Alex. Parfait pour moi aussi. 

Alex, c’était une fillette de 10 ans, plutôt jolie, un petit peu rondelette, cheveux blonds, yeux bleus, lunettes épaisses, tête basse, sourire absent. Elle n’avait vraisemblablement pas envie d’être là. Je lui ai expliqué qu’elle et moi allions surtout travailler la lecture puisque c’était son point faible, très faible même.   Elle voulait plutôt faire des mathématiques, car elle aimait ça et avait de bons résultats. Doucement, mais fermement, je lui ai dit qu’elle n’avait pas le choix, que la direction l’avait bien prévenue du travail à faire et que nous avions toutes deux signé un engagement en ce sens. Je lui ai dit qu’elle aurait besoin de bien savoir lire, peu importe le métier qu’elle choisirait.

 

On a donc fait de la lecture à toutes nos rencontres. Au début, j’ai procédé comme je l’avais fait avec mes enfants ; je cachais le mot en ne révélant que la première syllabe et en glissant mon doigt vers la droite pour la syllabe suivante. Ça a pris du temps, mais ça a fonctionné.

Je sentais qu’un lien de confiance serait nécessaire entre elle et moi. J’ai beaucoup parlé avec elle et ça semblait être une récompense après le cours. Elle a fini par me faire confiance et me raconter comment ça se passait chez elle. Sa mère (analphabète fonctionnelle et sa grand-mère ; analphabète tout court) lui disait qu’elle était poche et tous les qualitatifs synonymes. Et Alex les croyait. Elle était triste et n’avait pas d’amis. Je lui ai souvent répété : « ne laisse personne te dire que tu n’es bonne à rien » ce n’est pas vrai, tu es en voie de savoir lire et tu es excellente en mathématiques. Et aussi : « souris, Alex, tu es bien plus jolie lorsque tu souris et ça va t’aider à te faire des amis. ». Et elle me croyait.  

Eh bien, à force de sourire, à la fin de l’année, elle avait deux amies et commençait à relever la tête. Pour la récompenser, je l’amenais manger au Mc Do, ou je l’amenais chez moi puisqu’elle aimait jouer avec notre chat. Je crois qu’elle a senti l’affection que j’avais pour elle. Un jour leur enseignante a demandé dans un devoir : « nommez une chose qui vous rend heureuse »… elle a écrit : quand madame Blais vient me faire travailler. La directrice m’a dit que ce qui lui avait été aussi bénéfique que l’aide à la lecture, c’est l’estime d’elle-même qu’elle a développée.

En 2005, j’ai déménagé à Montréal et je n’ai plus eu de ses nouvelles.  

En 2020, j’ai reçu un message sur mon Facebook (Suzanne Normand Blais) me demandant si j’étais la madame Suzanne Blais du programme Décrocheurs d’Étoiles. Quelle surprise ! Je lui ai répondu sur le champ que j’étais bien celle-là.   Nous avons jasé, elle m’a remercié et ma dit : « aujourd’hui, je suis ambulancière ». 

Wow, on ne fait pas du bénévolat pour une récompense, mais, ÇA, c’était la cerise sur le « Sunday », un beau cadeau de la vie. J’ai senti que j’avais fait une différence dans sa vie.

Texte de Suzanne Normand

Publié janvier 2024

 « Je fais ou je ne fais pas du bénévolat, parce que… ? »

Je suis bénévole depuis longtemps et il y a sans doute plusieurs raisons à cela : 

Par l’éducation que j’ai reçue, tout d’abord. Mes parents, paysans, étaient toujours impliqués à droite ou à gauche, tantôt aux Restos du Cœur, au Secours catholique, au sein de diverses associations d’agriculteurs, ou encore à l’organisation de festivités variées pour les gens de mon village natal en France, Thiéblemont.

Par le parcours politique de mon père également, qui s’est investi corps et âme pour servir les citoyens de sa commune et qui a brigué, malheureusement sans grand succès, différentes fonctions territoriales de l’État. La religion catholique, dans laquelle j’ai été élevée, m’a aussi beaucoup marquée.

Côtoyer régulièrement, lorsque j’étais très jeune, les Sœurs Bénédictines, qui œuvraient entre autres, pour les enfants dans le besoin, a sans doute éveillé en moi cette sensibilité aux difficultés d’autrui,

et m’a fait prendre conscience de nos privilèges. Je suis née du « bon » côté et il me paraîtrait aujourd’hui indécent de ne pas aider ceux qui ont besoin de secours et de bienveillance. Tant de personnes sont éprouvées par les difficultés que la vie se charge de mettre sur leur chemin.

Par mon envie de rencontrer des gens, aussi, de partager, et de construire ensemble des projets qui rassemblent et qui permettent de donner encore plus de sens à ma vie, et dans certains cas,

du réconfort à ceux qui en ont besoin. Je fais partie de celles et ceux qui pensent qu’ensemble,

nous sommes plus forts, ou qu’il y a plus d’idées dans plusieurs têtes que dans une seule, je vous laisse choisir votre adage préféré…

Lorsque nous sommes bénévoles, nous intégrons un groupe, apprenons à nous connaître, échangeons des idées, des sourires, quelquefois même des fous rires, et c’est comme si les batteries étaient rechargées ! Est-ce parce que je l’ai choisi, parce que ce n’est pas un travail « obligatoire » que cela me semble si facile, si évident, si léger, et que je suis toujours aussi enthousiaste à rencontrer mes co-bénévoles ?

Pour ce qui est de mes différentes implications, mes premières missions furent principalement exercées au sein de ma commune de naissance, reprenant tout naturellement le flambeau de mes parents décédés. J’y ajouterais quelques mandats d’administratrice au sein d’un Centre de loisirs pour enfants et d’un club de Judo. 

Puis, à mon arrivée au Québec, après quelques années d’intégration, j’ai commencé par quelques heures au sein de l’Association hispanophone des Laurentides.

Ma collègue de travail étant cubaine, j’ai participé à ses côtés, à l’organisation de quelques soirées culturelles. Mais c’est sans doute mon emploi à l’Ombre-Elle, Maison d’hébergement pour femmes victimes de violences conjugales, située à Sainte-Agathe, qui a accentué mon envie d’aider, plus particulièrement les personnes les plus vulnérables. Bien que j’aie occupé mon poste pendant une courte période, je me suis rapidement impliquée au sein du Conseil d’administration, la situation des femmes victimes de violence me touchant intrinsèquement. J’y siège depuis 6 années maintenant et je dois reconnaître que cette expérience est une des plus enrichissantes de mon existence.

Œuvrer pour le bien-être des individus, notamment des femmes et de leurs enfants, correspond tout à fait à mes profondes convictions. J’ai aussi eu la chance de rencontrer, au sein de cet organisme, des femmes inspirantes, attachantes, motivées, qui ont réellement envie de faire une différence. Je me sens si privilégiée de les avoir rencontrées. Elles m’ont également permis de m’épanouir pleinement sur un plan plus personnel. 

Mon mandat à l’Ombre-Elle se termine cette année, et je ne le renouvèlerai pas, l’expérience m’a appris qu’il était sain aussi de laisser la place aux autres.

Mais j’ai déjà commencé une autre mission, au Café Communautaire l’Entre-Gens de Sainte-Adèle. Quel merveilleux et chaleureux accueil j’ai reçu ! Je m’y sens déjà très à ma place.

Enfin, je fais du bénévolat, tout simplement parce que cela me fait du bien de faire du bien !

Car donner du temps aux autres, c’est aussi recevoir beaucoup en retour. Tant de réalisations et de projets aboutis depuis toutes ces années. Je suis fière d’y avoir participé. Et ce n’est pas terminé…

Texte de madame Bénédicte Lemaire-Triboullier, Laurentides

Publié, février 2024

JE FAIS DU BÉNÉVOLAT, PARCE QUE…

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Je suis à la retraite. Après avoir dégusté mes premiers mois j’ai décidé d’aller vers autre chose pour continuer ma vie. Comme il y avait un hôpital sur ma rue je suis allé voir en quoi je pouvais aider.

Après une discussion plus approfondie et voir tous les postes qu’il me suggérait. J’ai fini par opter pour la Pastorale où je pouvais rencontrer des gens et leur donner la communion par la même occasion. Mais comme je n’étais pas toujours à l’aise avec de nouvelles personnes, le prêtre me suggéra un CLSC avec qui les gens étaient plus réguliers.

Je me suis sentie toute de suite à ma place. Tous les mercredis je visitais les gens et tous les vendredis je les aidais à se rendre à la salle à dîner où avait lieu la messe. J’ai apprécié chacune de ses journées avec ces personnes, pendant 8 années.

J’ai tellement aimé ces moments d’intimité avec les gens. J’en ai rencontré de tout genre, ceux qui en voulaient au Seigneur pour tous les malheurs des hommes et ceux qui avaient gardé leur foi d’enfant. Il y avait aussi ceux que le Seigneur avait choisi de mettre sur mon chemin cette journée-là.

Il y avait deux sections dans cette résidence. Une pour les personnes qui étais là pour attendre que la vie s’éteigne et j’avais une liste pour ceux qui désirait communier. L’autre était des gens qui attendaient pour aller dans un autre CLSC.

Ceux-là j’allais par instinct de chambre en chambre et j’avais toute sorte d’accueil, mais mon cœur était remplie d’amour pour être avec la personne ou elle était rendu.

Un jour je passe dans le passage et il y avait une personne qui chicanait fort après le Seigneur parce qu’il ne venait pas la chercher assez vite à son goût, alors je rentre dans la chambre et je vois une femme très âgée mais toute menue et petite.

Je lui flatte le bras afin qu’elle arrête de pleurer.

 Après je lui demande si elle veut dire un Notre Père avec moi. Parce que je ne veux pas lui donner la communion de peur qu’elle s’étouffe elle est tellement maigre. Alors nous disons ensemble le Notre Père et lorsqu’on a fini je lui fais un signe de croix sur le front, alors elle me prend le bras et me dit : « Madame, je vois le Seigneur dans vos yeux ».

Quelques jours plus tard j’ai appris qu’elle était décédée. Je suis convaincue que j’étais à la bonne place au bon moment pour aider cette personne.

Une autre était toujours toute seule, pas grand-chose bougeait dans cette chambre-là. Mais nous jasions un peu de façon décousue mais elle savait son Notre Père. Quelquefois elle le disait avec un accent indien – anglais – chinois mais c’était correct. Parfois elle souffrait beaucoup et je lui faisais juste une croix sur le front. Les infirmières m’avaient expliqué qu’elle avait énormément mal aux jambes et criait pour atténuer son mal.

Des fois, en me voyant elle me disait; « Vas t’en je ne veux pas te voir aujourd’hui ». C’était bien correct comme cela. 

Un jour, j’apporte mon iPad et lui fais écouter une chanson : « Mon Dieu tu es beau, tu es grand ». Quelle fut ma surprise de m’apercevoir qu’elle connaissait cette chanson. Et comme elle attendait que le refrain arrive afin de pouvoir le chanté. Plus la chanson avançait plus elle chantait fort. Pour m’apercevoir que deux infirmières étaient devant la porte pour voir ce qui passait.

Les plus grosses peines pour les gens est le fait de laisser leur maison, leur chez eux, alors je leur suggère de faire le pas eux même c’est moins pénible que de savoir que d’autres se débarrassent de tes affaires. Et les autres c’est toutes les personnes qui tombent par orgueil de  ne pas avoir voulu prendre une canne et qui se casse une hanche. Il semble que c’est une opération très dure à vivre. Mais on n’est pas toute prête en même temps à faire des changements.

Aujourd’hui je suis dans une résidence. Les circonstances on voulut quand j’y suis arrivé que je m’implique dans les loisirs. J’ai trouvé mon second bénévolat auprès des tricoteuses de ce milieu. Comme le groupe avait deux personnes aux dessus de 90 ans, pour maintenir la responsabilité elles furent très heureuses de pouvoir me passer le flambeau, à mes 76 ans.

Depuis deux ans j’occupe ce poste et les personnes qui acceptent de continuer à tricoter pour garder leur esprit ouvert sont toutes aux rendez-vous, chaque semaine. Par la même occasion, quand nous vendons nos articles nous en faisons profiter, chaque année, cinq organismes dans le besoin. 

Merci d’avoir pris temps de lire un petit bout de ma vie.

Texte de madame Cécile Landry, Montréal

Publié le 1er mars 2024

Le legs du bénévolat 

 

Tout le monde connaît Obélix avec sa forte corpulence, ses tresses rousses et sa grosse moustache. Physiquement, je ne lui ressemble pas, mais je partage un trait commun avec ce personnage de bande dessinée. L’histoire veut qu’il soit tombé dans la potion magique étant petit. Eh bien moi, j’ai baigné dans le bénévolat toute mon enfance !

 

Ma grand-mère et ma tante Louise tricotaient des bas et des mitaines pour les nécessiteux comme elles les appelaient. Puisqu’elles n’étaient pas riches, mon oncle Albert leur apportait des vieux chandails et des vieux bas de laine de l’Abitibi. Selon les souvenirs de mon frère Philippe, tout le monde contribuait à défaire les vêtements et à mettre en pelote la laine recyclée. Elles y consacraient beaucoup de leur temps.

 

Depuis plus de 175 ans, la Société St-Vincent de Paul du Québec est un organisme de bienveillance à but non lucratif ayant pour mission de lutter contre la pauvreté. Mon père en a été un membre actif de 1958 à 1975. Durant la période des fêtes, il avait visité une famille nombreuse vivant sur un plancher de terre battue. Les manteaux accrochés à des clous étaient parsemés de glaçons. Fortement ébranlé, il nous avait partagé son expérience. Rarement, les gens venaient à la maison, mais leur quête imprégnée de détresse me marquait profondément. Côtoyer la misère me faisait apprécier notre vie de famille.

 

Ma mère, quant à elle, s’est occupée longtemps d’un comptoir vestimentaire dans le quartier Saint-Pierre. Situé en arrière de l’église paroissiale, il occupait le deuxième étage de la maison réservée aux activités des scouts. Desservant une clientèle plus défavorisée, Françoise et ses amies y mettaient beaucoup de cœur et d’énergie jusqu’à ce que le feu vienne réduire en cendres leurs actions. 

 

De mon côté, je sens la fébrilité montée quand le calendrier découvre la page de décembre. Bien sûr, mes projets sont mis à exécution quelques mois avant les fêtes. Comme ma grand-mère, je mets mon petit talent de tricoteuse à exécution. Des piles de foulards et de tuques s’accumulent. Auprès de ma famille et de mes connaissances, je ramasse des vêtements usagés. J’y rajoute des produits d’hygiène et des petites douceurs selon les suggestions de L’orignal tatoué, un café de rue pour les jeunes de 16 à 30 ans en rupture sociale et/ou familiale.

 

La maison Pauline Bonin s’adresse aux femmes monoparentales vivant certaines difficultés et qui veuillent retourner aux études. À ces douze femmes courageuses et audacieuses et à leur famille, je prépare un sac rempli de nourriture et de produits pour la maison. Bien sûr, des bonbons pour les enfants s’ajoutent à leur panier de Noël.

 

La ville de Joliette appuie un projet de jumelage permettant à ses citoyens d’offrir un cadeau à un enfant des Centres jeunesse de Lanaudière pour Noël. Aux deux enfants dont le nom est tiré au sort, ma fille et moi prenons plaisir à magasiner jouets ou accessoires figurant sur leur liste de suggestions. 

 

Il arrive aussi, selon les besoins, que je mette mon talent d’écriture au service de personnes seules. Dans la résidence pour personnes âgées de ma mère, j’envoie douze cartes de Noël portant un message de joie et de paix.

 

Je me dois de redonner au suivant moins choyé par la vie. Ce geste constitue un plaisir toujours renouvelé, celui d’adoucir la vie de ces personnes l’espace d’un moment.  

 

Ma baignade dans l’enfance m’a laissé des séquelles permanentes. En rédigeant ce texte, force est de constater que je pose exactement les mêmes gestes que ma grand-mère et mes parents. Fière héritière de ce legs humanitaire dont bénéficient chaque année les gens de ma communauté. Que voulez-vous, j’ai le bénévolat tatoué sur le cœur. 

Texte de madame Claire Gauvreau, Lanaudière

Publié le 1er avril 2024

Attachons nos ceintures.

 

Nous allons tous crever un jour ou l’autre.

 

Je suis tanné de vivre, car je n’ai personne à qui parler. J’aimerais raconter ma vie, ma jeunesse, mes amours d’autrefois. Mais je suis seul face à un mur et j’attends.

 

Il n’y a que le silence pour me répondre.Je repasse dans ma tête les épisodes de ma vie qui me reviennent de façon aléatoire. Où sont les miens? Où sont ceux que j’ai aimés? Où sont mes enfants, ma famille? Ils ont tous leurs occupations quotidiennes.

Jusqu’à un certain point, je les comprends. Moi aussi j’ai longtemps cru que la priorité, 

c’était le respect des inscriptions dans mon agenda.

 

Durant toute ma vie, j’ai essayé de respecter un calendrier.

De faire ce que je devais faire.

 

Et voilà où j’en suis.

 

J’ai montré à mes enfants à avoir une discipline. À respecter leurs engagements. 

À ne pas faire faux bond.

 

Performer. C’était la priorité.

 

Garder l’accent sur l’objectif sans se faire distraire.

 

J’ai déjà fait du bénévolat, mais plutôt de façon apparente pour être reconnu, sans 

 

avoir de contact avec les gens. Je faisais partie d’un conseil d’administration qui me 

 

donnait suffisamment de visibilité et ne me demandait pas d’avoir à interagir avec les 

 

bénéficiaires. Cette partie était assurée par le directeur général, grassement payé qui 

 

savait bien recruter et se servir des gens qui travailleraient fort sans faire ombrage aux 

 

« vedettes » du conseil d’administration.

 

Je suis en phase terminale au niveau de ma motivation à continuer à vivre. Plus rien ne 

 

m’importe. J’ai passé ma vie en étant autonome, sans avoir besoin de dépendre de 

 

quiconque. Je ne voulais pas avoir de charité, à moins d’y être obligé.

 

Aujourd’hui, je n’ai plus le choix.

Il me faut demander de l’aide, ce que je me suis résigné à faire.

 

Est-ce une bonne idée, quelle sorte de personne va prendre soin de moi? Quelles 

 

seront  ses motivations profondes? Y a-t-il une chance que je sois abusé?

 

Pourquoi ces gens s’occuperaient-ils de moi? Je ne suis pas riche, je suis malade, ma 

 

famille est ailleurs. Un être humain pour se consacrer seulement à moi ? Simplement 

 

parce que j’existe? Quel réconfort! 

Lorsqu’elle me quitte, je suis triste et j’ai déjà hâte de la revoir.

 

Mais qu’est-ce qui peut bien la motiver à se préoccuper de moi? 

Je n’ose pas le lui demander. 

 

Elle est ma bouée de sauvetage. Une bénévole qui veille sur moi à l’occasion. 

 

Moments magiques passés ensemble.

Ma vie reprend sa signification lorsque qu’elle est à mes côtés.

 

Je comprends que quelqu’un fasse du bénévolat envers une relation très proche, ayant 

 

un lien de famille, mais s’occuper de quelqu’un qui lui est complètement étranger, cela 

 

m’intrigue. 

 

Jamais elle ne pose de questions indiscrètes à mon sujet. Elle me transmet son 

 

rayonnement à agrémenter ma vie maintenant. Pas des promesses. De l’action pure et 

 

simple. Pas de langue de bois. Elle me parle directement avec son cœur et s’adresse au mien.

 

Est-ce la cause? Est-ce moi?

 

Il faut que ce soit pour un idéal. Ce ne peut être que pour moi. Je n’ai pas l’impression 

 

que je le mérite.

 

Si elle est là, c’est qu’elle croit aveuglément en ses principes.

 

IL faut le faire: s’oublier pour une idée à laquelle on croit.

 

Elle le fait tout simplement. Elle sait très bien qu’elle ne recevra aucun remerciement

 

spécial de la part de l’organisation , sauf peut-être une note impersonnelle envoyée par 

 

la direction à Noël.

 

Mais elle a la foi. Elle le fait encore par principe et c’est moi qui en profite au plus haut point.

 

Elle a peut-être une vie à elle qu’elle met de côté pour s’intéresser à moi . Elle a peut-

 

être une famille qu’elle laissera durant un certain temps pour s’occuper de moi.

 

À mes yeux, c’est cette bénévole qui est le centre de mon univers. Elle est l’incarnation 

 

de la vision qu’elle défend. Et en plus, c’est moi qui en profite. 

 

Elle est maintenant de plus en plus ma raison de vivre.

 

Elle m’a fait renaître. Elle m’a remis au monde.

 

Elle ne le sait probablement pas, et comme je la connais, elle ne veut pas que je lui 

 

dise. Je crois qu’elle le ressent et cela lui suffit.

 

Quelle personne extraordinaire!

 

C’est vrai que nous allons tous crever un jour ou l’autre, mais avec le bénévolat, la 

 

façon de me rendre à ce point final en sera de beaucoup améliorée. 

 

Il y a l’aide médicale à mourir, mais il y a  l’aide à mieux vivre pour profiter du temps qui 

 

nous reste, et ça s’appelle le bénévolat. 

 

 

Ensemble, ma bénévole et moi sommes comme une ceinture de sécurité. Du moment 

 

que l’on s’accroche, notre raison de vivre prend tout son sens.

 

 

 

 

Texte de Michel Guertin, Laurentides

Publié le 1er mai 2024

 OMBRES ET LUMIÈRES

 

AVERTISSEMENT : Ce texte est  politiquement  incorrect. Je participe quand même au concours  car il vaut mieux en parler qu’en pleurer.  Je vous laisse deviner le genre de bénévolat dont il est question. 

 

Je fais du bénévolat parce que le bénévolat constitue le ciment de notre société et ce, dans toutes les sphères de celle-ci. Il produit un liant essentiel, particulièrement  dans l’espace communautaire, sans lequel nos organismes ne tiendraient pas la route tant pour  le capital humain que pour l’aspect financier. Beaucoup de personnes y trouvent un accomplissement  auprès des jeunes, des malades, des aînés, des plus démunis et j’en passe…

J’ai œuvré dans divers domaines comme bénévole. Je trouve que c’est extrêmement gratifiant et valorisant pour moi, comme pour  la majorité d’entre nous. C’est aussi bien plus exigeant qu’on aurait tendance à le croire. Aller se faire geler sur une patinoire, transporter des caisses de nourriture, trier des vêtements usagés constituent des travaux de l’ombre pas très glamour.  L’avantage particulier du bénévolat sur le travail rémunéré c’est que l’on peut choisir selon ses goûts, ses aspirations, ses compétences et ses disponibilités. 

J’exerce, depuis près de 25 ans, un type de bénévolat qui ressemble beaucoup à d’autres sauf que …. 

Je puis vous dire que  j’y ai plongé avec passion et selon mes qualifications parce qu’aucun autre choix ne pouvait combler mon besoin d’œuvrer sur le terrain spirituel de l’humain.  Je suis cependant tombée pieds et poings liés dans un piège sacré. Oui, il arrive parfois que le bénévolat serve à exploiter le monde.

Je fais du bénévolat au sein d’une vaste organisation. Le bénévolat est le seul choix offert aux femmes pour des rôles effacés et secondaires, dans ce domaine. On y est très craintif de voir le sexe faible dominer et on continue à le traiter et à le considérer comme  subalterne. Je crois que le bénévolat sert souvent d’exutoire à l’inconscient sauveur de la nature humaine et en particulier à la gent féminine. Il ouvre la porte à certains dirigeants pour en profiter outrageusement.

J’aurais voulu qu’on m’ordonne sans m’obliger à me soumettre. 

Je me suis donc résignée à « bénévoler »  au sein de Celle dont on ne peut prononcer le nom.

Récemment, le premier ministre du Québec s’est permis de la nommer mais il s’est fait taper sur les doigts.

Je m’abstiendrai donc.

Les Puritains restent à l’affut des « Tweets ». 

Mieux vaut m’en tenir à un texte classique dans un libellé prédéterminé d’écriture. 

N’allez pas croire aux discours inclusifs. Que non !

Et le pire c’est que nous sommes complices et naïves, nous les femmes,  en subissant notre sort et en attendant le jour où enfin… nous serons ministrables.

En tant que bénévole je suis la servante, l’accompagnatrice, la dévouée, la confidente, l’inspiratrice, l’éducatrice, la pacificatrice, celle qui peut apprivoiser, celle qui est toujours là quand on en a besoin.

Je suis la femme  capable d’approcher sans effaroucher les récalcitrants et les distants. Et une chance qu’ils sont  là ceux qui  ont vraiment besoin de moi ! C’est bien pour eux  que je continue à occuper mon poste de bénévole.

Ma Sainte Mère m’a offert des formations pour calmer mon appétit mais ne m’a pas donné l’occasion de mettre en pratique mon potentiel de savoir faire.  Elle, elle a la conscience tranquille  et elle sauve les apparences. Elle a sous la main beaucoup de sujettes dévouées et prêtes à se sacrifier.  Elle n’en demeure pas moins frileuse de les voir prendre la place du peu de mâles vieillissants qu’il lui reste.

L’apport du bénévolat féminin est incontournable mais toute une hiérarchie applique fort sur les freins et veille à en limiter les aspirations.

Je fais du bénévolat parce que c’est la meilleure façon pour moi de pouvoir mettre mon grain de sel et de lumière dans le monde, tout en ajoutant un peu de sable dans l’engrenage d’une institution sclérosée.

Texte de madame Nicole Davidson, Laurentides

publié, juin 2024

Ben et Viola

 

Au petit matin, Rebecca est assise dans son fauteuil préféré. Elle sirote son café en s’adonnant à son activité journalière; regarder ce qui se passe derrière la fenêtre du salon. La grande vitrine offre une vue imprenable sur le quartier.

Tous les matins, elle est aux premières loges. Elle inspecte les allées et venues du voisinage composé d’un milieu hétéroclite à l’image de l’architecture de ce quartier. Elle habite un des rares bungalows des années 60 tout comme sa voisine d’en face, Viola avec qui elle a eu quelques différends. Elle ne lui adresse plus la parole depuis bien longtemps. Suffisamment longtemps pour avoir oublié le motif de ce mutisme.

Santolini se lève et traîne dans ses pantoufles jusqu’à la cafetière. Espresso en main, il rejoint sa femme dans le salon. Il s’immisce dans le théâtre imaginaire où Rebecca aime se forger des scénarios avec les acteurs du quartier : 

— Buongiorno amore mio (bonjour chérie), quoi de neuf ce matin?

— Hum… pas grand-chose, dit-elle pensive. Elle ne peut détourner son regard de la maison d’en face. 

Santo observe sa femme, il suspecte qu’il y a quelque chose de différent. Il poursuit son interrogatoire :

— Ça fait-tu longtemps que t’as pas vu Viola?

— Euh! Oui et non. En fait, depuis l’an dernier. Depuis notre retour d’Italie. Je ne l’ai presque pas vu sortir de la maison. Depuis qu’elle a perdu son mari, elle se laisse aller. J’ai su qu’elle était très déprimée. Son chat est mort l’automne dernier.

— Ouais! Ça ne doit pas être facile de vivre seule dans une grande maison comme celle-là, pis à son âge en plus! Moi j’ai pensé à faire du bénévolat comme brigadier à l’école du quartier. Ça ne te plairait pas de faire du bénévolat?

— Qu’est-ce que tu veux dire à son âge en plus? Elle et moi, on a à peu près le même âge. Et pis, pourquoi faire du bénévolat? T’es pas bien ici avec moi? Moi, du bénévolat, j’en ai fait toute ma vie en m’occupant de la famille.

 

Préférant ne pas s’aventurer sur un terrain dangereux, sachant qu’il ne peut que s’empêtrer davantage, Santo se lève et cueille le journal sur le balcon avant. En se relevant, il jette un bref coup d’œil à la maison d’en face. Viola sort de la maison. Ancien policier, c’est d’un œil aguerri qu’il dénote une discordance entre le discours de sa femme et ce qu’il perçoit de Viola. Elle ne semble pas déprimée; elle est bien coiffée, bien vêtue, et elle affiche un visage épanoui. 

— Hé chérie! Je viens de voir Viola. On dirait qu’elle va mieux. 

 

Rebecca est debout derrière le rideau plein jour, discrètement elle suit du regard sa voisine qui embarque dans son véhicule. Il lui est arrivé de la voir revenir quelques fois un peu plus tard en soirée, mais elle désire tenir à secret Santo de tout ce qu’elle peut imaginer. Viola est probablement en amour, pense-t-elle. Je l’ai toujours trouvée plus séduisante que moi. Une pointe de jalousie fait frémir son cœur de douleur. Viola et son mari participaient à de grands concerts de musique, lui jouait de la clarinette et elle de la flute traversière dans un grand orchestre.

— Mais où peut-elle bien aller?

— Chérie, je dois partir! J’ai rendez-vous à la clinique de l’hôpital pour des prises de sang et d’autres examens. Ciao! Rapidement, il empoigne la requête et se rend seul à la clinique, car Rebecca n’aime pas les hôpitaux, cela la déprime, dit-elle. 

 

Santolini est dans la salle d’attente depuis un bon moment. Il attend, un magazine en main. Une bénévole vêtue d’un uniforme rose s’adresse à lui en offrant du café et des biscuits. Il lève les yeux et c’est avec étonnement qu’il reconnait la personne.

— Viola? Vous ici?

— Oui, vous ne rêvez pas, dit-elle, en riant. 

— Comment allez-vous?

— Je vais plutôt bien, je crois que le pire est derrière moi. J’ai fait le deuil de mon mari, puis celui de mon chat. Je suis passée par une période de grande dépression. Je n’avais même plus le goût de jouer de la musique. Imaginez-vous! La musique c’était ma passion!

— Comment vous êtes-vous retrouvée ici à faire du bénévolat? Viola emprunte un air d’incompréhension et de résignation.

— Ah, ça, c’est assez mystérieux. Je me suis soumise à une force divine. Je me demandais souvent si je ne devais pas faire du bénévolat, puis une amie m’a donné un livre. Dans ce livre, un passage a éveillé en moi une force inconnue, capable d’anéantir la dépression. Je n’arrivais plus à sortir ce passage de ma tête.

— Et… quel est ce passage? Viola sort de la pochette de son uniforme une petite carte qu’elle lui remet. À demi rassuré, Santolini parcourt de ses yeux attentifs le fameux message. Il remercie Viola et conserve la carte dans la poche de son veston. En toute franchise, il avoue — Viola, votre message est providentiel. Ce matin, je me demandais si je devais faire du bénévolat et voici que votre message arrive à point.

— Vous savez, offrir le journal, le café et les biscuits, enrichie ma vie d’une manière inespérée, voire surprenante. Les gens attendent parfois des heures ici et certains désirent échanger, partager une parcelle de leur histoire. Je ne fais que les écouter et j’ai l’impression qu’ils m’apportent beaucoup plus que je ne peux le faire en retour. Tenez, il y a M. Ben. Il est un bénéficiaire qui vient ici depuis plusieurs mois pour des traitements de chimiothérapie et de radiothérapie. Parfois, il est hospitalisé durant quelques jours lorsque ses globules blancs sont trop bas. Il devient immunodéprimé, vous voyez? M. Ben est un habitué de la clinique et nous sommes devenus familiers. Il n’a pas de famille. Il vit seul avec son chat. Bon! Je sais que notre code d’éthique ne nous permet pas de développer des liens trop familiers avec les patients, mais le mois dernier, il m’a demandé si je pouvais aller m’occuper de son chat lorsqu’il fait des séjours à l’hôpital. Viola observe Santolini, impatiente de lui révéler la suite. Avec un sourire accompli, elle poursuit — savez-vous ce que j’ai découvert tout à fait par hasard dans une pièce de sa maison alors que je cherchais Caspar? Ah, Caspar c’est son chat! Il était dans une pièce où se trouve un piano ancien. J’y ai trouvé plein de partitions de musique. 

Santolini écoute Viola avec scepticisme et curiosité. Il s’attendait à autre chose. Sa pensée rationnelle d’inspecteur l’amène à évoquer une évidence même en ajoutant :

— Mais, c’est tout à fait normal de retrouver des partions de musiques près d’un piano. Non? Qui a-t-il de surprenant?

— Des partitions musicales, oui, mais pas comme celles que j’ai vues. Ces partitions sont uniques. Elles sont manuscrites. Lors de nos échanges subséquents, M. Ben m’a confié, très humblement, qu’il passait la plupart de ses temps libres à jouer du piano et à écrire des pièces musicales. Il n’a jamais eu la prétention de vouloir publier ses œuvres. Mais vous savez, moi, je sais reconnaitre le talent musical. M. Ben m’a redonné la passion de la musique. Cela me fait revivre. Je veux publier ses œuvres!

 

Après avoir passé ses examens médicaux, c’est avec des émotions mitigées de joie et d’inquiétudes que Santolini retourne à la maison. Heureux d’avoir fait la rencontre de Viola et inquiet du diagnostic alarmiste reçu lors de cette visite.

— Bonsoir chérie! Comment vas-tu? Rebecca est à la cuisinière et prépare le souper. Il s’empresse de raconter qu’il a vu Viola faire du bénévolat à l’hôpital. Rebecca se retourne, elle s’exclame en brandissant une spatule à la main.

— Hein? Elle! Du bénévolat à l’hôpital!

— Mais ce n’est pas ce que tu crois, dit-il aimablement comme pour ne pas la vexer davantage. Encore une fois, Santolini marche sur des œufs. Mieux vaut tout de suite aller aux choses sérieuses, se dit-il. 

— Chérie, j’ai vu le médecin aujourd’hui. Je n’ai pas de bonnes nouvelles. Il m’a diagnostiqué un cancer du pancréas.

C’est dans un profond silence de consternation que Rebecca apprend la nouvelle. Son imagination n’a pas le temps de mettre en scène de nouveaux scénarios que Santo enchaîne.

— Tu sais, il me donne, tout au plus, trois mois de survie.

 

Santolini n’aura pas eu le temps de devenir brigadier scolaire. Le monde de Rebecca s’écroule.

Elle amasse le peu de force qui lui reste. Elle choisit les vêtements que son bien-aimé portera pour ses derniers jours au salon funéraire. Elle se demande ce qu’elle va faire, seule, dans une si grande maison.

Machinalement, elle fouille les poches du veston de Santo et pose la main sur une carte. Il y est écrit : 

« Ce n’est pas dans je ne sais quelle retraite que nous nous découvrirons : c’est sur la route, dans la ville, au milieu de la foule, chose parmi les choses, homme parmi les hommes. » 

Jean-Paul Sartre.

Texte de Yvon Bussière

Publié , juin 2024

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