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Textes concours d'écriture 2025
Vous trouverez ici, les trois textes gagnants 2025.
Et tous les autres textes reçus lors du concours.
Une longue liste de publication... descendre jusqu'en bas pour les derniers textes !
"Un rêve de jeunesse"
Quand les rêves dansent sur les planches.
Je n’ai que cinq ans et déjà mes journées sont parsemées d’éclats de rire et de pleurs simulés.
Même si je suis très jeune, je maitrise déjà l’art subtil du drame, transformant chaque instant précieux de ma vie, en théâtre grandeur nature.
Jouer de nouvelles identités, tisser des histoires et faire croire à des récits inventés est pour moi un jeu. À travers ces moments innocents se dévoile l'ombre d'un rêve qui marquera ma vie : devenir comédienne.
À douze ans, les planches d’une minuscule scène scolaire voient naitre une tragédienne. J’interprète le rôle principal dans la pièce « Ne pleure pas Jeannette ».
Mes répliques résonnent dans la salle, et je sens les regards fascinés de mes camarades et des parents présents. Ce n'est pas seulement un jeu que j'exécute, mais un morceau de mon âme que je partage avec eux. Cet instant magique magnifie mon rêve : un jour, c’est certain, je me vois déjà sur les planches d’un théâtre baigné de lumière, devant une foule captivée, mes personnages prenant vie. Chaque geste, chaque mot résonne comme une promesse, une offrande à ceux qui m’accompagnent dans ce rêve. Les applaudissements fusent, semblables à un écho venant du ciel. Ce moment représente le souffle de ma passion enfin incarnée.
Les années passent, et à l’Université, l’improvisation éveille en moi une liberté de parole qui me galvanise, un espace où l’imagination n’a aucune limite. Chaque scène instinctive se transpose en mouvement, et les émotions jaillissent spontanément, intenses, et vraies.
Pourtant, un autre songe prend forme, parallèle au premier : écrire.
L’expression écrite dépeint un souvenir très lointain. Un rêve enfoui dans ma mémoire, m’appelle : unir mes aspirations pour donner naissance à quelque chose d’unique, d’authentique. Et voilà qu’un jour, l’idée surgit, comme un éclair.
Pourquoi ne pas combiner ces deux songes d’enfant ? Imaginer une pièce de théâtre où je peux aussi être comédienne. Créer des personnages complexes, des dialogues puissants, des intrigues captivantes, et les faire exister. À travers cette histoire, je pourrais raconter mon parcours de vie, celui d’une petite fille qui, dès cinq ans, rêve déjà de scènes pleines de soleil.
Les rêves de jeunesse ont le pouvoir de transcender les âges, de devenir la lumière qui guide nos pas dans les périodes d’incertitude. Écrire et jouer une pièce de théâtre, c’est embrasser cette lumière et transformer une rêverie en réalité. Cette quête sera mon testament pour l’amour que je porte à l’artiste en moi.
Suite à des problèmes de santé majeurs j’ai dû ralentir, mais, en ce jour, ma ténacité m’a rendu ma vitalité, mon souffle revient et mon cœur bat avec force, je sais que l'heure est enfin venue. Les mots qui m’habitent depuis tant d’années ne doivent plus attendre. Mes rêves de jeunesse sont mes compagnons fidèles, toujours présents dans les ombres de mon esprit. Et aujourd’hui, à 72 ans, je constate que je dois leur donner une voix. La vieille lionne rugit encore malgré les années. Lorsque cette pièce sera terminée, je sais que je monterai sur scène. Je sentirai les regards, les murmures du public, les applaudissements qui retentissent comme une promesse accomplie.
Avant que cette vision prenne vie, une étape cruciale existe : croire en moi. M’accepter pleinement et comprendre que, malgré les années qui filent, il n’est jamais trop tard pour embrasser ses aspirations. Cette histoire porte un message clair : les rêves sont intemporels. Ils demeurent, tapis dans l’ombre, attendant patiemment l’instant où notre courage leur permettra de briller. Ils sont la source de notre force, le souffle de notre inspiration, la preuve éclatante que chaque moment peut être une renaissance. Et moi, Lune de miel, je suis prête. Je désire ouvrir mon âme, insuffler de la vibration musicale à mes mots, et partager avec ceux qui écouteront, qui verront, qui ressentiront.
Ce n’est pas juste un vœu, mais une promesse de rayonnement à me donner et surtout à transmettre à tous ceux et celles que j’aime. Je suis là sur l'estrade, les applaudissements tout doucement se calment, leur écho ne disparaitra jamais de mon cœur.
Ce moment, gravé dans la lumière, est l'essence même de ce théâtre, un héritage éternel : celui de toujours croire en mes songes, et de les offrir au monde. Car les rêves, quand ils prennent vie, illuminent bien plus que la scène, ils illuminent la vie elle-même.
J’ai souvent fait ce rêve étrange
Où un ange tient une plume d’or
Sur son épaule se repose une mésange
Au loin dans la prairie se lève l’aurore
L’ange me tend la plume
Et mes mots longtemps oubliés
Se mettent à chanter
Et le jour s’allume
Dans la prairie
Les herbes folles se parfument
Les flagrances des ancolies
Virevoltent dans les dernières brumes
Et voilà que ma plume
Se met à écrire sur la vie
Les mots que j’exhume
Se délivrent enfin de l’oubli
Texte de Jocelyne Pépin, publié juin 2025
Si j’avais une autre vie à vivre, je voudrais : Naître Acadien.
« Attends-moi sur le corner, je vais revenir back tantôt ».
Si j’étais né Acadien, je pourrais me permettre d’inclure des mots ou des expressions anglaises dans mes phrases sans avoir à me faire traiter de quelqu’un qui ne sait pas bien parler sa langue. Je saurais que le « chiac » fait partie de ma culture.
Si j’étais né Acadien, comme toi, j’écouterais le ressac de la mer qui te dit à chaque vague que tu reviens vers ton pays d’origine.
Comme toi, je dégagerais un air salin à ma suite.
Comme toi, j’entendrais de loin le son de ton drapeau qui est hissé avec fierté un peu partout sur les maisons en Acadie, et même souvent seul devant la mer pour te rappeler qu’après l’immensité de celle-ci, c’est ici sur ces rivages que commence ton territoire ancestral.
C’est de ce bord de mer que tes ancêtres se sont fait exiler, et c’est sur ces mêmes bords de mer que leur volonté et le ressac les a ramenés.
C’est pour toi Acadien que la terre est ronde afin qu’après ta déportation, tu puisses revenir à ton point de départ.
Comme toi, je parlerais en chantant avec cet accent qui nous touche droit au cœur. Je parlerais avec ton langage poétique et coloré qui décrit si bien ton environnement, tes émotions et ta joie de vivre. Avec ta prononciation, mes mots viendraient colorer les idées, les descriptions et les émotions.
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Comme toi, je serais fier d’être debout sur les épaules de nos ancêtres, je me souviendrais de leurs faits d’armes en me rappelant que c’est grâce à eux que nous sommes ici. Je leur serais reconnaissant d’avoir défriché la forêt afin que l’on puisse voir plus loin pour continuer à bâtir le pays qu’ils ont toujours voulu pour eux et pour nous.
Si j’étais né Acadien, je n’aurais pas simplement un nom pour m’identifier dans la foule. Je ne serais pas seulement XYZ. Non. Je serais XYZ à Marcel, à Euclide, à Joseph, ou XYZ à Berthe à Claudia à Eugénie.
J’aurais toujours avec moi ma lignée familiale qui ferait partie intégrante de mon quotidien en la déclinant avec fierté lors de ma présentation aux gens rencontrés.
Si j’étais né Acadien, je saurais prononcer plein de noms de villes et de villages autochtones partout en Acadie, noms authentiques, qui n’ont pas été dénaturés par les Saintes-ceci et Saint-cela.
Si j’étais né Acadien, je passerais dans ces mêmes villages et remarquerais les petites églises de bois à hauteur d’homme. Je saurais qu’il y a des endroits où le clergé est resté à côté de l’homme pour y vivre à sa grandeur.
Si j’étais né Acadien, je saurais qui reste où n’importe où sur la planète. Je saurais qu’où il y a un Acadien, il y a maintenant l’Acadie.
Et comme Pierre Haché, lors de notre visite dans cette lointaine ville qu’est Yellowknife dans les Territoires du Nord-Ouest, je saurais qu’il y a un Acadien qui y vit et j’irais le saluer comme si nous nous connaissions depuis toujours.
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Si j’étais né Acadien, je serais presque parent avec cette grande écrivaine que fut Antonine Maillet. Comme tout Acadien, dans mon cœur, elle ferait partie de ma famille. Je ferais partie d’un grand peuple qui semble éparpillé, mais qui est tissé très serré. Comme Acadien, j’aurais mon histoire dans le sang, histoire qui m’aurait été enseignée non seulement par des professeurs d’école, mais surtout par des parents qui à chaque jour exprimaient avec fierté leurs origines
J’aurais un besoin inné de raconter le vécu de mes ancêtres à toute ma descendance afin que mes aïeux survivent et que l’on se rappelle.
Que je demeure en Louisiane, en Europe ou en Afrique, je serais toujours foncièrement Acadien, prêt à revenir dans mon pays natal.
Comme Acadien, j’aurais les racines de mon peuple en moi, et les transporterais avec dignité jusqu’à ma mort.
Né d’un père Montréalais et d’une mère Gaspésienne, hélas décédée 9 mois après ma naissance, le destin a voulu qu’une belle Acadienne prenne la relève pour nous aimer ma sœur et moi, tout en ajoutant plus tard une autre petite sœur à notre famille.
Et c’est avec l’amour de cette maman que l’Acadie a commencé à intégrer mon ADN pour toujours.
Comme ils disent en Louisiane : « Ce n’est pas pareil, mais proche parent ».
Dans mon cas, je ne suis pas Acadien de naissance, mais je suis proche parent.
Alors chère Acadie, « Attends-moi sur le corner, je vais revenir back tantôt »
Texte de Michel Guertin, publié juillet 2025
L’être le plus extraordinaire que j’ai rencontré…
Je veux vous présenter Angèle. Son prénom signifie « messagère ou ange », je vous le confirme, Angèle porte bien son nom. « Une personne extraordinaire peut posséder des talents uniques, une intelligence exceptionnelle, faire preuve de courage, d’une compassion et d’une détermination ». Ceci décrit parfaitement l’être le plus extraordinaire que j’ai rencontré…
Je rencontre Angèle lorsque je travaille comme aide-enseignante à l’école Sainte Marguerite Bourgeoys. Comme cette Sainte, Angèle aime être en présence des enfants.
Les enfants lui procurent un grand bonheur et elle procure un grand bonheur à tous les enfants de l’école. Elle est une personne significative pour tous les élèves sans exception.
Son emploi, polyvalent de secrétaire, demande des compétences. Elle seconde la direction et les nombreux enseignants. Sans oublier les nombreuses responsabilités et toutes autres tâches connexes, Angèle répond à un nombre incalculable de téléphones, toujours avec le sourire dans la voix. Constamment dérangée, elle recommence maintes fois, le document qu’elle doit remettre le plus tôt possible. Elle le fait en riant et en disant qu’elle va y arriver. Chose certaine, cet être extraordinaire n’est pas touché par le « syndrome de Calimero ».
Elle a un don particulier avec tous les enfants. Ainsi que tous ceux qui attendent leur tour pour lui parler. Sans oublier les parents qui viennent reconduire ou chercher leur enfant. Les enfants qui sont tristes d’avoir oublié leurs boîtes à goûter avec leurs collations et leurs dîners. Ceux qui se sont blessés pendant la récréation, surtout ceux qui ont peur du sang. Ceux qui arrivent en pleurant parce qu’ils ne se sentent pas bien, mal au cœur, mal à la tête. Elle contamine les petits et les grands avec sa bonne humeur, elle a toujours une parole encourageante qui met du soleil dans leur cœur. Angèle a une patience d’ange, et une mémoire d’éléphant ; elle se souvient des noms de « tous » les enfants et des parents.
Sur son pupitre, à la vue de tous, elle a cette pensée de Han Suyin, « Il n’y a rien au monde de plus fort que la douceur ». Elle répète souvent cette belle pensée « Marche un mille dans les souliers de quelqu’un avant de porter un jugement ».
J’ai la chance d’être assistante avec Angèle chez les louveteaux, le mouvement Scout. Pendant le camp d’été, Angèle chante du matin au soir. En prenant sa douche, en effectuant des tâches, en marchant lors des excursions, au feu de camp le soir, on la surnomme notre petit pinson.
Son sourire sincère pourrait éclairer le fond de l’océan. Son rire contagieux nous fait ressentir une immense gaité, il est thérapeutique. Sa belle énergie positive attire tous les jeunes. Angèle est une perle rare. Elle rayonne de bonheur. Angèle vit des moments de grand bonheur avec son fils et son mari. La vie de famille est très importante, vivre des moments magnifiques, simples et mémorables est important pour eux. Quand elle parle de son fils Mathieu, on ressent une immense fierté à chaque fois. Du jour au lendemain, un immense nuage noir apparaît au-dessus de leur tête. La nouvelle les renverse complètement lorsque le médecin annonce à son fils qu’il a un cancer foudroyant. Angèle prend son courage à deux mains et avec tout l’amour qu’elle a dans son cœur, elle lui fait vivre des moments « mère veilleux » avant de mourir. Six mois plus tard, son mari s’enlève la vie, il est incapable de vivre suite au décès de leur fils.
Comment peut-on survivre suite à ces décès ? C’est incommensurable. Je ne peux imaginer la douleur que mon amie Angèle doit ressentir. Les mots sont difficiles à trouver ; ils n’en existent pas dans le dictionnaire. Je pense continuellement à elle. Je prie pour elle. Je l’appelle en lui disant « J’ai deux oreilles pour t’écouter ». Le silence est le meilleur allié avec une main tendue.
Lors d’un souper de filles, c’est avec une immense joie que nous voyons arriver Angèle. Elle nous annonce avec une lumière dans les yeux qu’elle a un nouveau projet. Elle est formée pour animer des groupes d’entraide avec des personnes vivant un deuil. Avec ces groupes de personnes endeuillées, elle nous confirme être en mesure de les comprendre et les soutenir.
Angèle porte bien son nom. Et c’est l’être le plus extraordinaire que j’ai rencontré.
Texte de Sylvie Léonard, publié en août 2025
L’être le plus extraordinaire que j’ai rencontré…
Il s’appelle Didier. Je l’ai rencontré dans un centre sportif. Il est grand, mince avec de beaux cheveux bruns et de magnifiques yeux verts. C’est un homme fier. J’ai tout de suite eu le coup de foudre pour lui.
Ensemble, nous avons deux superbes filles. Il me soutient tout au long de mes grossesses. Il me dit : « Tu es la plus belle femme au monde ». Son regard, tendre et doux, repose sur moi tous les matins à notre réveil. Il ne me critique pas. Il n’est pas toujours d’accord avec moi, mais il me respecte dans mes décisions.
Ensemble, nous formons une belle équipe. La construction de notre maison de campagne se veut un véritable havre de paix. Nous y vivons quelque peu en retrait. Nous sommes au cœur d’une grande et luxuriante forêt. Au printemps, la nature nous gâte avec sa verdure. L’été, les oiseaux nous chantent une musique mélodieuse. L’automne, la couleur des feuilles éclaire nos journées. L’hiver, le contraste de la blancheur de la neige avec le ciel d’un bleu nuit nous rapproche l’un de l’autre.
Lorsque nous visitons l’Europe, il est d’une compagnie des plus agréables. Nos journées sont remplies de surprises et il me tient chaudement la main lors de nos promenades avec tout l’amour qu’il me porte. Je suis bien avec cet homme.
Je suis heureuse.
Mais un jour, il tombe malade. Il est atteint d’une maladie dégénérative. Son corps est de plus en plus raide. Sa pensée le quitte de temps en temps. Il me regarde de ses grands yeux tristes, mais combien attachants ! Il ne se plaint pas. Il souffre, je le sais. Ce grand homme est ma force et j’en suis immensément amoureuse. Il me dit chaque jour, et ce, jusqu’au dernier jour de sa vie : « Tu sais que je t’aime ».
Il a été, est et restera l’amant délicieux, l’ami à l’écoute et le conjoint respectueux de mes valeurs. Sa force tranquille fait de lui un être charismatique. « La vie nous offre parfois des cadeaux que nous ne pouvons pas refuser et Didier en est un d’une grande qualité ».
Il n’a nul besoin de parler haut et fort pour se faire entendre ou écouter. Sa seule présence parle d’elle-même. Il est en soi le réconfort et la compréhension. Tout le monde aime Didier. Homme de peu de mots, il attire les autres comme un aimant. Cet être extraordinaire m’a permis de me retrouver alors que ma vie n’avait plus aucun sens, d’être mieux dans ma peau alors que je n’avais plus confiance en moi et que j’étais en pleine crise existentielle.
Il a construit sa vie selon son instinct malgré les épreuves qui ne l’ont pas épargné, entre autres, un divorce hautement conflictuel et douloureux qui l’a amené à un retour sur lui-même avant de me rencontrer. Il n’a plus regardé en arrière, les yeux tournés vers l’avenir. Il a su, tout en étant lui-même, laisser sur son passage des traces indélébiles qui ne s’effaceront jamais dans la mémoire des gens, comme son étonnante douceur et son immense tendresse pour n’en nommer que quelques-unes.
Guerrier silencieux dans l’âme, possédant une paix intérieure à l’abri des intempéries, il a laissé volontairement à tout jamais, le souvenir d’une vie heureuse et, je ne peux que terminer ce récit par un poème qui le représente si bien et que je lui ai écrit :
Homme de cœur au regard espiègle
Conquérant dans l’âme, discrètement il se dévoile
Il suffit de plonger allègrement
Dans les profondeurs de son abime
Pour y découvrir une personne perspicace.
Homme d’action à l’esprit combatif
À la personnalité charismatique
Il domine dans toutes les sphères étoilées
De l’art concret relié à sa pensée didactique
Alors que, l’efficacité de ses techniques
L’emporte sur la précision de la méthode.
Homme à la personnalité extrinsèque
Il ouvre son esprit scientifique
À la hauteur de ses expériences
Pour livrer son savoir et sa sagesse
À ceux qui veulent bien les partager.
Homme de peu de mots
Il ne néglige pas la femme indépendante
Celle qui peut le faire craquer
Par son côté humain et accessible
Celle qui est en mesure de le percevoir au grand jour.
Texte de Claudette L'Écuyer, publié, septembre 2025
Si j’avais une autre vie à vivre, je voudrais être…polymathe
Si j’avais une autre vie, je voudrais être une étudiante, et acquérir une très grande sagesse tout en gardant précieusement une attitude pleine d’humilité.
Mon héritage se compose d’un patrimoine culturel et financier impressionnant.
Je peux donc me permettre la découverte du savoir sans contraintes financières.
Je voyage dans le monde de l’imagination et mon choix de pays est la connaissance.
Ma nouvelle vie se concrétise dans le domaine de l’acquisition.
Ce sera mon travail permanent, et ma rémunération est l’érudition.
Jeune enfant, mon univers repose à la campagne.
Mes soirées logent avec les livres.
La musique glisse doucement entre les pages et y dépose de l’émotion.
J’entre chez des adultes avec une très grande curiosité pour le mystérieux.
Ma vie est au service de la découverte, je décide d’explorer les domaines de la connaissance.
Mes études ne cherchent pas la spécialisation, mais la généralisation.
Toute une vie à vouloir connaître et comprendre, le comment et le pourquoi des choses.
Je suis une gourmande du savoir, mon cerveau demande juste à être alimenté au quotidien.
Mon plan de carrière se forme, j’aspire à devenir « polymathe ».
Chaque année, je révise mes objectifs, et décide de l’exploration d’un nouveau territoire.
Le choix implique l’intellectuel et le géographique pour un heureux mariage culturel
Ma vie se dépose sur des feuilles du temps, pour devenir la mémoire de mon chemin.
Je débute mes études sur le corps humain. J’ai besoin de connaître son fonctionnement et son mode d’entretien, il est essentiel à toutes mes démarches. C’est mon outil de travail et mon moyen de transport au quotidien.
Mon exploration en ce domaine demande un travail théorique et pratique.
C’est le premier chapitre de ma vie, ma base, une bonne condition physique pour me permettre de travailler à découvrir l’univers et ses secrets.
Un chapitre sans fin, toujours en évolution pour accueillir les bouleversements du monde.
La difficulté est dans le choix, il y a tellement d’intérêts et de passions qui m’animent que la concentration unique demande plus de réflexion. C’est la structure qui guidera mon chemin vers la connaissance. Il y aura aussi l’imprévu qui bouscule le présent et réveille l’imagination.
Ce sont les deux grandes lignes qui s’ouvrent devant moi, mais l’imprévu est beaucoup plus présent et ludique. J’ai le bonheur d’avoir une grande qualité, je possède le don de l’adaptation. Je peux facilement m’ajuster à toutes les situations, et vivre de mes passions.
Je n’habite pas une tour d’ivoire, j’ai besoin de rencontrer et de partager, mais surtout d’apprendre. Sur la route du savoir, il y a des expériences de vie qui sont essentielles à mon évolution. Les livres sont des sources de connaissances, mais combien plus enrichissantes quand ils sont portés par l’expérience humaine.
Dans mon autre vie, je suis un humain qui cherche à apprendre toujours plus et mieux, je suis au service de l’autre. Je ne cherche pas la lumière ni la gloire, juste la compréhension du monde.
Je suis une poussière d’étoile qui habite la terre et s’émerveille devant toutes ses beautés, mais en même temps je cherche à les comprendre…
J’ai la possibilité de découvrir le monde dans les livres et sur le terrain. Je suis en mode exploration et expérimentation à temps plein.
La vie qui habite mon imaginaire peut très bien visiter mon présent.
Il n’y a pas interdiction de cohabiter. Les règles seront différentes, mais l’ajustement est possible. La technologie moderne permet une ouverture sur le monde et brise les limites géographiques.
Aujourd’hui, je décide que je suis cette étudiante qui se découvre à travers les mots et les nouvelles expériences de la vie.
Je porte une expérience qui demande juste à se perfectionner et s’enrichir d’un présent en effervescence. J’ouvre mon horaire au temps présent et installe une nouvelle routine d’enseignement. Je redécouvre le monde avec une nouvelle perspective de l’enseignement..
Texte de Louise Desjardins, publié, octobre 2025
Un rêve de jeunesse…
Dès mon jeune âge, je rêvais d’être un capitaine voguant sur les flots des mers du monde. En vieillissant, ce rêve résidait toujours à la place d’honneur dans mes choix de carrière. Le cheminement de ma vie devait se faire en prévision de l’accomplissement de ce rêve. Voici la route et les détours que j’ai dû suivre afin d’atteindre mon but.
À peine devenu adolescent, je me suis inscrit dans les cadets de la marine considérant qu’un tel groupe m’aiderait à bien débuter le parcours de mon rêve. Devenir le commandant d’un des deux croiseurs que la Marine Canadienne possédait à cette époque serait idéal. Hélas ! À l’âge requis, lorsque j’ai voulu m’enrôler dans la marine canadienne, on découvrit que j’étais daltonien partiel, dans le rouge et le vert, ce qui limiterait mes promotions et me refuserait les postes de navigateur et de commandement à bord d’un navire.
J’ai donc décidé de rester au près des jeunes à titre de lieutenant de marine spécialisé en matelotage. De septembre à juin, la formation se faisait dans l’édifice de la marine à Québec ; puis l’été au camp de Point Edward Naval Base à Sydney Nouvelle-Écosse, où j’étais instructeur de navigation à voile. Mes études terminées, je suis entré au service de « Cunard Steamship line », une compagnie maritime britannique fondée par Sam Cunard, un citoyen canadien.
J’ai commencé au poste de commis préposé à l’entreposage dans les hangars et de l’arrimage des cargaisons, incluant les explosifs et marchandises dangereuses sur les navires de la compagnie au port de Québec l’été et de Saint-Jean au Nouveau-Brunswick l’hiver, puisqu’à cette époque il n’y avait pas de navigation sur le fleuve Saint Laurent pendant l’hiver.
Après quelques années d’expérience et grâce au grade de lieutenant, j’ai été promu capitaine d’armement, responsable du chargement des navires de la compagnie Cunard qui faisaient escale au port de Québec, ce qui me valut, de devenir capitaine adjoint du port de Québec.
Durant ce séjour, j’ai développé des règles et pratiques pour la manutention et l’entreposage d’explosifs et de marchandises dangereuses. Ce qui devait arriver arriva ; le bureau central d’Ottawa pour le Conseil des Ports Nationaux, qui regroupait une dizaine des grands ports canadiens, m’offrit la position d’officier d’opération. Une de mes fonctions était de faire l’évaluation des installations portuaires existantes et leur possibilité d’expansion lorsque les autorités municipales demandaient de faire partie du Conseil des Ports nationaux. En rédigeant mon rapport proposant l’acceptation du port de Sept-Îles, je voyais ce port devenir important, et j’ai même pensé en être le dirigeant, ce qui n’était qu’un rêve.
Ma deuxième responsabilité était d’écrire un règlement pour la manutention et l’entreposage des marchandises dangereuses dans les ports et de faire la sensibilisation des capitaines de port et des policiers du Conseil.
À cette époque, le transport aérien, le transport ferroviaire et le transport maritime étaient sujets à des règlements internationaux, toutefois les étiquettes et les plaques pour chaque classe de ces marchandises variaient parfois d’un mode de transport à l’autre et le transport routier, régie par chaque province, n’avait aucun règlement à suivre. Afin de remédier à une telle situation, une division du ministère de Transport fut créée sous le nom de TMD, « Transport des Marchandises Dangereuses.
En regroupant des spécialistes, ce groupe devait produire des règlements de sécurité intermodale pour le transport et la manipulation de ces marchandises dangereuses. J’ai donc été recruté comme directeur des opérations devant former trois unités d’action : la formation, l’inspection et une source de contact en cas d’urgence qui deviendra « CANUTEC ».
De ce poste, je suis retourné à Port Canada, et je suis devenu Directeur général et CEO du Port de Sept-Îles, mon rêve d’enfance venait de se réaliser, j’étais au commandement d’un port et non d’un navire, mais c’était un poste de commande d’une importance égale, relié à ma grande amie, « la MER » merci à l’orienteur qui m’avait dit : « FAIT CE QUE TU AIMES DANS LA VIE, TU SERAS HEUREUX ET LE RESTE SERA EN SURPLUS. »
Texte de M.Jean-Maurice Gaudreau, publié, novembre 2025
Si j’avais une autre vie à vivre, je voudrais être…
On me surnomme Gustave, je suis une Hyundai KONA électrique. Lorsque mon propriétaire discutait avec sa fille de votre concours d’écriture, je me suis mise à rêver.
Comme mon pneu avant est inapte à tenir un crayon, je lui ai demandé de vous transmettre mes réflexions. Pourquoi n’y aurais-je pas droit ?
J’aimerais me transformer en berline, pas la voiture moderne, mais le modèle que l’arrière-grand-père
de mon acquéreur s’est procuré en 1902.
Munie de quatre grosses belles roues peinturées en rouge et de deux sièges de cuir noir, elle protégeait ses occupants de la pluie et des rayons du soleil par un toit pliable. Deux chevaux attelés devant moi me conduiraient pour les sorties.
Je sais, je possède un rétractable, mais où est passé le romantisme avec un bolide qui roule à cent kilomètres-heure ?
À cette époque, une promenade amenait la discussion, la chanson et le temps d’admirer la nature en été. Arrivé à l’automne, on le parait pour l’hiver. Salum fixait ses roues de bois et enfilait deux jolis patins qui lui permettaient de glisser sur la neige pour le rendre à l’office du dimanche. L’après-midi, un de ses fils le réservait afin d’aller courtiser sa douce.
Tiens, j’ai entendu un souvenir que mon conducteur révélait à son fils adolescent, parlant de son aïeul Philippe. Je vous rapporte sa conversation :
-
Mon père m’a déjà raconté la stratégie qu’il a inventée pour embrasser ta grand-mère pour la première fois.
-
Ils s’embrassaient à cette époque ! réplique-t-il, sceptique.
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Bien oui, mais les occasions se faisaient plutôt rares, car en 1928, un chaperon escortait les amoureux. Veux-tu savoir comment il s’y est pris ?
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Pourquoi pas !
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Un samedi soir d’hiver, après une veillée de danse chez les Goyer, une tempête débutait, créant des lames de neige sur la route. Son frère accompagnait Clara, mais il projetait de partir plus tard. Papa, bon conducteur, s’offrit pour la ramener. Il contrôlait bien son attelage et il zigzaguait entre les masses accumulées au sol. Soudain, le vent diminua et les flocons devinrent de gros morceaux de ouates tombant du ciel. Ton grand-père aperçoit au loin la route presque bloquée. Il se dit : c’est ma chance ! Plutôt que de tirer sur les rênes pour ralentir les chevaux et faire glisser tranquillement la carriole, pour franchir le banc de neige, il les claque sur le dos. Ceux-ci partent au galop. Bien entendu, les patins s’enlisent et l’attelage se retrouve sur le côté. Ta grand-mère tomba et gisait couchée de tout son long. Papa qui avait prévu le coup contourne les étalons pour l’aider à se relever. Il se penche, déblaie les quelques flocons recouvrant son visage et lui donne un baiser.
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Il avait du culot, grand-papa, elle aurait pu se blesser, balance son fils en riant aux éclats.
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Tu as raison, j’imagine qu’il avait calculé que la neige amortirait le choc. On peut dire que son manège a bien tourné ! Plus tard, ses frères décorèrent la berline, telle une calèche utilisée pour les mariages.
Comme j’aurais aimé vivre ce moment, n’est-ce pas romantique ? Elle a été remisée dans la grange jusque dans les années soixante. Moi, la seule chose que je vois est du « necking » sur le siège arrière ! Ah ! La belle époque des années tranquilles !
Pourquoi voudrais-je revenir en arrière, me demanderez-vous ? Par nostalgie ? Par orgueil parce que je la trouve élégante ? Par fierté d’avoir tout son vécu en côtoyant cette famille ?
Mais non, si j’étais ce joli cabriolet, les participants du programme autobiographique parleraient de moi dans leur écriture.
Mon chauffeur arrête le moteur devant un musée et dit à son fils : « Allons voir la berline de ton grand-père ». Je garde mes phares allumés, c’est ma façon de le saluer.
Épilogue
Bien entendu, mon automobile ne s’exprime pas. Cependant, l’anecdote me fut racontée par ma mère qui est née en 1912.
Je ferai un voyage au Portugal en automne prochain et la visite du musée des calèches royales est comprise dans le forfait, alors j’ai laissé mon imagination vagabonder.
J’ose terminer mon texte en lui redonnant la parole.
Malheureusement, lorsque mon existence de voiture moderne sera en soins palliatifs, on m’enverra à la « casse ». Je vous le répète, n’ai-je pas le droit de rêver !
Si j’avais une autre vie à vivre, je voudrais être…La nouvelle et l’ancienne
Texte de Danièle Demers, publié décembre 2025
L’être le plus extraordinaire que j’ai rencontré
Extraordinaire : qui sort de l’ordinaire, unique, imprévu, exceptionnel, merveilleux.
Être : peut être dans son identité ou intériorité à l’opposé de faire ou d’agir, peut durer qu’un moment ou longtemps.
Plus que : relatif, personnel, objectif, comparatif, discutable, appréciable.
Rencontrer : dans le réel, dans l’imaginaire, en présentiel, dans le temps.
En fait, je cherchais qui j’avais rencontré dans ma vie, que je pouvais qualifier « d’extraordinaire » et j’avais beaucoup de difficultés à arrêter mon choix sur une personne, ou une entité en particulier, car j’ai rencontré plusieurs personnes qui à leur manière, pouvait se qualifier pour ce titre. Surtout que ces personnes, je les avais vu à l’œuvre pendant de courts moments ou de courtes périodes, en public de surcroît et je n’avais pas eu de longs moments pour les connaître davantage. Puis, je me suis demandé quels sont les critères, les valeurs que je voudrais prioriser pour faire ce choix.
Est-ce que c’est parce qu’elles démontrent de la compassion, de l’amour, de l’entraide pour leur prochain, qu’elles cherchent à améliorer la condition des plus démunis, les plus isolés, les plus pauvres ? Est-ce parce qu’elles accomplissent quelque chose que j’admire, que j’aimerais pouvoir faire moi-même dans les sports, les arts, la philanthropie, la réussite ou la croissance personnelle ? Est-ce que c’est quelque chose qui incarne les valeurs ou épouse ce qui pourrait être défini comme le bonheur, la richesse, le pouvoir, la notoriété, le pouvoir d’influencer ?
Il est entendu que la société aime reconnaître ce qui sort de l’ordinaire, ce qui est inhabituel, ce qui ressort, ce qui est inédit, parfois ce qui est interdit, ou hors du commun. C’est de même ce qui pourrait enrichir nos vies, nos chemins parcourus habituels, nos habitudes, nos sentiers connus, nos croyances populaires. Autour de nous, les plus jeunes semblent rechercher le bonheur dans l’extrême, que ce soit dans les sports, les activités, la richesse, la performance, ou les émotions fortes. De plus, le monde informatique leur donne beaucoup de possibilités de partager leurs exploits en ligne, sur les réseaux sociaux où il est facile de donner son appui ou son rejet avec de petits sigles de « Like, ou j’Adore » et toutes sortes de petites icônes qui identifient facilement des émotions possibles. Peut-être qu’un critère de l’être le plus extraordinaire de notre temps pourraient être celui avec le plus de personnes qui le suivent, depuis combien de temps et ce qu’il peut nous offrir pour augmenter notre consommation de ses idées ou de ses produits ?
Mais cette forme d’évaluation pourrait mettre de côté toute une génération de personnes âgées moins familières avec ce monde d’intelligence artificielle et de partage souvent superficiel, qui manque de profondeur et de jugement qui n’est pas basé sur une formation ou une réflexion plus approfondie. Quand dans notre monde d’aujourd’hui, il faut toujours aller plus vite, répondre aussitôt que possible quand on est contacté, ces contraintes nous laissent nécessairement moins de temps pour rechercher les sujets et les enjeux abordés. Nous sommes parfois tentés de trouver nos réponses dans Google ou ChatGPT au lieu d’ouvrir le dictionnaire ou consulter notre disque mou, notre cerveau et non le disque dur de notre ordinateur.
Qu’est-ce que notre fondateur, Hervé Fillion, répondrait à cette question ? « Toute vie mérite d’être racontée » disait-il quand il a fondé l’Association de J’Écris ma Vie, il y a 25 ans de cela. Dans cet énoncé, M. Fillion soulignait que nous avons l’occasion de faire chacun dans nos vies des choses intéressantes qui méritent d’être partagées, qui peuvent être d’un grand intérêt pour les autres, et s’avèrent souvent extraordinaires. Alors nous avons tous individuellement le potentiel d’avoir des moments, ou des périodes de nos vies pendant lesquelles nous sentons que nous utilisons notre plein potentiel, et de le mettre en action au profit de nous-mêmes et encore mieux de le mettre au service des autres.
Je n’ai pas eu le plaisir de rencontrer M. Fillion, mais j’ai eu le privilège de pouvoir suivre les Ateliers de J’Écris ma Vie et ensuite d’être animatrice, Je peux vous confirmer que j’ai vécu des moments forts, remplis d’émotions concernant ma vie et celle des personnes que j’accompagnais aux ateliers pendant trois ans. Cela m’a procuré un mélange de curiosité, de compassion, d’émotions qui ont changé ma vie et m’ont permis de continuer à cheminer. C’est ce que nous sommes appelés à faire ici-bas, j’en suis convaincue. Donner un sens à nos vies, trouver ce qui est juste pour nous, partager avec les autres autour de nous et continuer à vivre pleinement. Chaque fois que nous sommes dans cet état d’esprit, nous pouvons devenir des personnes exceptionnelles, chacun à notre tour car on peut contribuer à améliorer la vie de quelqu’un, sans que l’on n’en ait connaissance : ça c’est vraiment extraordinaire !
Texte Louise Girard, publié janvier 2026
Si j’avais une autre vie à vivre, je voudrais être…
Assez, c’est assez ! Jour après jour, je les vois marcher dans le même sens, tête baissée, tel un troupeau de bétail se dirigeant à l’abattoir. En sont-ils vraiment conscients ? Ils courent dans le métro ou vers l’autobus et peinent à tenir debout matin et soir. Des gens devenus des employés modèles prêts à répondre au système. Courir ainsi dans ma vie comme eux, assez, moi j’en ai assez. Immobile au milieu de ce tourbillon, qui suis-je vraiment ?
C’est à peine si je me reconnais.
Sur le parcours de ma vie, un jour sans crier gare, un mur s’est érigé. Impasse. Figée, je ne sais plus comment avancer. J’ai perdu mes repères et mon chemin. Étourdie dans un travail purement analytique lié aux caprices de l’informatique, un domaine dont tout n’est que précision, dans lequel l’oubli de la moindre virgule ou d’un point fait perdre le contrôle de toute logique. Ce domaine dans lequel la zone grise n’existe pas, là où règnent en maître le noir et le blanc, sans couleur, sans nuance, terne. Me suis-je égarée sur mon chemin, endormie ?
Pendant six semaines, tel un détective en quête d’indices, je pars à ma recherche. Trouver l’étincelle qui inspirera ma vie. J’amasse des découpures de revues, journaux, photos, catalogues, des images qui m’interpellent positivement ou négativement.
Étalées, sur le sol, je les étudie, je trie, j’épure, à travers elles j’analyse, qui je suis. Telle une artiste, j’entreprends de les entremêler les unes aux autres, de les assembler sur un grand canevas.
Impressionnant ! Me voilà debout face à tous ces fragments accrochés sur un mur de ma chambre, ce mur d’indices devenu mon miroir. J’y reconnais mes traits de personnalité, mes désirs, mes limites. Cette grande mosaïque me dévoile enfin à moi-même. Je sais maintenant. J’ai une autre vie à vivre.
Debout vêtue d’une toge noire, j’affronte mes adversaires. Ils sont là, prêts à dévorer la proie. Recherchiste juridique, je fore. Convaincre le juge ou le jury sans aucun compromis devient mon but ultime. Sous la loupe, j’épluche chaque document, mets à nu les moindres détails, ne laisse rien au hasard. Ma passion est de chercher là où tous les autres ont baissé les bras.
Je plonge avec patience dans le puits sans fond des informations pour trouver la petite chose d’où naîtra la grande différence. J’aime ma vie colorée dans cet univers juridique qui appelle à la nuance dans le choix de chaque mot, chaque phrase, chaque intonation. Mais je m’épuise de jour en jour, happée par le mouvement exigeant de l’excellence. Ai-je fait un choix judicieux ?
Égarée, je voudrais être…
Suis-je sur le bon chemin ? J’ai peur du changement, peur de l’inconnu, du non apprivoisé. Où suis-je, étendue là au beau milieu de toutes ces couleurs ? Chacun de mes déplacements entraine une intensité dans le sillon de mon mouvement. Lentement, les couleurs se croisent, se superposent, se juxtaposent pour mourir mélangées au bout de mon élan. Un effet hallucinant. Les teintes envahissent la toile blanche sur laquelle je suis couchée. Soudain, une odeur excite mes narines. Elle me semble familière. Respire, respire calmement. Cette odeur d’huile émane de la peinture. Mais comment suis-je arrivée jusqu’ici parmi tous ces pinceaux, spatules et bocaux ? Le dos appuyé contre la toile, au milieu de mon atelier, la lumière m’aveugle et l’air se raréfie. Prisonnière, enserrée dans ma propre toile, j’étouffe.
Produire des tableaux à un rythme effréné, répondre aux exigences du marché, voilà ma nouvelle réalité. Enchaînée à cette vie, l’angoisse m’envahit, victime de mon succès. La peintre en moi pleure, devenue l’esclave de sa passion et de sa créativité.
De nouveau assise à regarder ma mosaïque, égarée sur le chemin, je m’interroge.
Ai-je encore une chance de vivre une autre vie ?
Texte Rita Houle, publié février 2026
L’être le plus extraordinaire que j’ai rencontré
Quelle personne a été si spéciale dans ma vie pour que j’en fasse l’éloge ? Pendant combien de temps l’ai-je côtoyée ? Cette admiration résiste-t-elle à l’usure du temps ? Après un an, deux ans, cinquante ans ? La magie serait-elle toujours là ? Je pense que l’extraordinaire n’est pas toujours parfait et que c’est dans la continuité que l’humain se définit, se mesure et se révèle vraiment.
En 1975, j’ai vu le film « Les dernières fiançailles » de Jean-Pierre Lefebvre. Un vieux couple encore amoureux au déclin de leur vie. Dans ce film, je comprends que c’est par la durée dans le temps qu’un être se démarque comme exceptionnel. Et ce, à partir d’efforts, de respect mutuel, de projets communs, de bonne volonté et d’oubli de soi. De l’amour qui se construit dans le quotidien.
Alors, je vous parle d’une personne unique, ma mère Rachel, décédée à l’âge de 84 ans.
Je ne savais pas qu’elle était si remarquable. Quand on est jeune, on ne sait pas. Aujourd’hui, en 2025 j’approche de son âge, je vois les choses autrement. C’est maintenant que je reconnais son parcours plein d’embûches qu’elle a traversé avec courage. Je n’ai pas tout aimé de ma mère… mais oui j’ai tout aimé, car ce que je suis aujourd’hui, je lui dois : le goût d’aimer, d’aider et de respecter les autres, le sens de la justice, et toutes les valeurs qu’elle m’a inculquées. Je lui ressemble finalement et ne pas l’aimer, ce serait ne pas m’aimer moi-même.
Maman est orpheline de sa mère à 14 ans. Elle rejoint ses sœurs à Montréal. Elle travaille chez les Hart, une famille juive anglophone. Elle est servante ou « bonne », comme on disait. À 23 ans, elle rencontre papa, ils se marient. On est en 1942. Papa est agriculteur. Mes parents s’installent sur une ferme laitière à Sawyerville dans les Cantons de l’Est. Papa ne parle pas un mot d’anglais. Il est catastrophé quand un voisin anglophone l’aborde ; maman lui sert d’interprète. En plus de l’entretien de la maison et des repas, maman participe aux travaux de la ferme, des semailles et des moissons. Qui dit ferme, dit veaux, vaches, cochons, couvées, poules, moutons, lait à transformer et boucherie.
Elle fait tout ma mère, même des enfants, huit ! Plusieurs bouches à nourrir. Il faut un jardin. Papa laboure une parcelle de terre où maman sème avec l’espoir de nourrir sa famille. Je la regarde désherber et entretenir le jardin. Je lui dois mon plaisir actuel de jardiner et mon amour de la nature et des vastes espaces. Enfant, je cueille avec elle des fraises, des framboises et des bleuets. Cette halte, loin de la maison, procure à maman des moments de bonheur et des instants de méditation. Enfin un peu de solitude et de répit loin du brouhaha quotidien et de la bruyante marmaille.
Le lundi matin, c’est jour de lessive. Je la vois encore préparer l’eau qu’elle fait bouillir et qu’elle transporte dans la salle de bain. Elle y passera tout l’avant-midi utilisant la laveuse manuelle à tordeurs. Elle utilise le savon du pays qu’elle a fabriqué pendant l’été à l’extérieur dans l’immense chaudron noir. L’été, les vêtements sèchent sur la corde à linge. L’hiver, elle étend quand même à l’extérieur. Je la vois transporter de grands fantômes blancs…des draps qui continueront de sécher à l’intérieur de la cuisine. C’était avant la laveuse et la sécheuse électriques. À toutes les fois que je fais la lessive, je pense, à toi maman, cela t’aurait tant facilité la vie avec une famille de dix personnes.
Pendant la soirée, c’est l’aide aux devoirs, le tricotage ou le raccommodage sous la faible lueur de la lampe au kérosène (caracine mot employé à l’époque), et ce, avant l’arrivée de l’électricité.
Avec elle, j’apprends à coudre et à broder. Le tricot… incapable d’apprendre, mais j’ai bien profité de ses talents. Quand j’ai des moments difficiles, j’enfile le chandail bleu qu’elle m’a tricoté il y a plus de 50 ans. Je garde précieusement les bas de laine qu’elle nous a offerts à mon mari et moi lors de notre départ en voilier. Ces bas font encore mon bonheur lors des soirées froides.
Maman est déterminée à nous envoyer à l’école afin que nous apprenions un métier. Elle souhaite pour ses enfants une vie différente de la sienne. Elle nous encourage à réussir. Lors des examens de fin d’année, elle nous offre un petit sac de chocolats, « ça aide la mémoire », dit-elle. Tous les enfants y ont droit à cette période scolaire. Maman a-t-elle vécu par procuration les succès de ses enfants ? Ce qu’elle aurait souhaité pour elle-même ? Je crois qu’elle a fait plusieurs sacrifices pour nous et qu’elle était très fière quand nous réussissions. Elle ne fait pas beaucoup de compliments, mais nous encourage dans nos efforts.
Avant l’AVC, lors d’un moment d’intimité, je lui demande : quelle période de sa vie avait été la plus heureuse ? Je suis étonnée de l’entendre dire que c’était quand elle travaillait pour nous, ses enfants.
Maman utilise des histoires ou des proverbes pour nous informer et nous éduquer :
Ce qui mérite d’être fait mérite d’être bien fait.
Une place pour chaque chose et chaque chose à sa place.
On ne juge pas un crapaud à le voir sauter.
La beauté n’apporte pas à dîner.
L’habit ne fait pas le moine.
Quand on veut, on peut.
Ne fais pas aux autres ce que tu n’aimerais pas qu’on te fasse.
Vivant à la campagne, éloignée de ses sœurs et de son frère, elle n’a personne à qui parler, à qui se confier. Mais, quand elle retrouve les siens ou les amis joueurs de cartes, ce sont des fous rires pendant des heures. Nous, les enfants, sommes étonnés, peu habitués à la voir s’esclaffer et rire aux éclats, les larmes aux yeux. J’ai compris qu’elle manque la présence de sa famille et de ses amis.
Maman a terminé sa cinquième année scolaire. Croyez-le ou non, elle ne fait pas de faute d’orthographe, elle adore faire des mots croisés et, au scrabble, elle est redoutable.
Maman aime lire. Je la vois encore penchée sur deux revues mensuelles livrées par la Poste : Le Bulletin des Agriculteurs et La Terre de chez nous. Dans ces revues, elle découpe des recettes de cuisine, des patrons de crochet, de tricot et de vêtements qu’elle modifie au gré de sa créativité. Elle transforme des vêtements usagés pour habiller la famille. Je me souviens d’un manteau en tweed, un manteau vert avec collet blanc, j’aime le vert depuis ce moment… elle qui n’aimait pas les bonbons verts. Des vêtements neufs aussi : une robe pour Noël avec fils dorés, une pour l’été en nylon jaune avec petites fleurs en velours.
Maman, une femme réservée et timide, gentille et courageuse demande et exige peu : débrouillarde, inventive, ingénieuse, économe. Des riens transformés en chef-d’œuvre. Que dire des repas de Noël et de Pâques ! Aussi, elle souligne les anniversaires de chacun, gâteau avec bougies accompagné d’un petit cadeau. J’adore l’odeur du pain frais, des tartes et des pâtisseries qu’elle cuisine avec amour. Elle coupe les cheveux à tous les membres de la famille souvent le samedi avant l’heure du bain.
Maman m’a donné beaucoup plus que ce qu’elle a reçu. Elle a développé des talents ; de la résilience et a profité de tout ce qui s’est ajouté à sa vie. C’est maintenant que je le reconnais et lui dis avec gratitude et tendresse, merci pour tout ce que tu m’as appris, donné et partagé. Et toutes les femmes qui portent ton prénom Rachel ouvrent toutes grandes les portes de mon cœur.
Ses derniers moments
« Maman mange un peu, la cuisinière a préparé les fraises que tu aimes tant, elle sait que tu as de la difficulté à avaler. Pierre revient des États-Unis et il voudrait te voir avant que tu partes ». Elle sourit et fait un effort pour me faire plaisir, je pense. C’est son dernier sourire. Ça se passe au foyer St-Joseph où elle habite depuis quatre ans suite à un AVC. Elle décède le lendemain, le 6 avril 2000. Elle a 84 ans.
Je suis inconsolable du départ de ma mère. Sur quoi on pleure ? Sur ce que l’on a fait ? Ou sur ce que l’on n’a pas fait ? Des regrets ? Une nuit, je rêve qu’elle me touche l’épaule en disant « Myriam ne pleure plus, je suis bien ». Terminés mes pleurs et mes regrets, maman n’a plus besoin de moi. J’apprends d’elle jusqu’à la fin… même à mourir. Depuis j’ai vécu plusieurs deuils, ils ne sont pas douloureux. À la condition de parler à la personne qui quitte ce monde, et ce, en se pardonnant et en faisant la paix. Et surtout ne pas attendre qu’il soit trop tard pour dire à l’autre qu’on l’aime. Merci maman.
Myriam Carrel
Texte de Danièle Théroux, publié février 26
RÉALITÉ OU FICTION
Si j’avais une autre vie à vivre, je voudrais être une sorcière, comme l’était Dolo.
Dolo était une personne extraordinaire avec un sens de l’humour, lumineuse, folle, mais tellement chaleureuse et attachante. Dolo n’était pas une sorcière ordinaire, non elle aimait lire dans le cœur des gens, savait comment leur annoncer la bonne ou la mauvaise nouvelle.
Dolo avait souffert, à 19 ans, elle avait perdu sa jumelle dans un accident tragique dont neuf personnes sont mortes. Dolo a été la seule survivante et a vécu avec ce cauchemar toute sa vie. Un an après son mariage, son mari quittait pour la guerre pour ne revenir que six ans plus tard le cœur lourd de tout ce qu’il avait vu et ne connaissant pas la petite fille de six ans qui l’appelait Papa.
Mais Dolo avait ce don, celui qui est rare, celui de voir dans l’avenir. Il y avait du bon, mais aussi du mauvais, car Dolo voyait tout et savait tout. Si son mari ou ses enfants avaient des problèmes, elle le ressentait. Mais elle avait cette grande qualité, celle de savoir qu’après la tempête il y aurait le beau temps et ça elle en était certaine.
Quand on écoutait Dolo, tout était une histoire. Était-elle vraie ou fausse ? Seule Dolo savait la réponse. Les gens l’adoraient et voulaient tous être son ami(e).
Combien de personnes ont défilé dans cette maison pour savoir leur avenir ! Tous sans exception repartaient avec le sourire et l’espoir que quelque chose de beau se dessinait pour eux. Chaque instant avec Dolo était magique et même ses grands silences étaient pleins d’histoire.
Je vous raconte l’histoire de Mélodie, Carmella, Pier, Paul et Dolo.
Carmella travaille dans un dépanneur à Laval pour Paul qui est son beau-frère. Paul a ce dépanneur depuis deux ans et déteste ça. Il en parle avec Carmella pour lui demander si elle serait intéressée à acheter le dépanneur. Mais, même si elle aime travailler pour Paul, elle ne se sent pas en sécurité pour acheter. Elle lui dit qu’elle connaît quelqu’un qui serait probablement intéressé.
Le soir venu, elle décide de communiquer avec sa sœur Mélodie. Comme elle le pensait, sa sœur lui laisse entendre qu’elle en glissera un mot à son mari qui lui cherche quelque chose à acheter. Mélodie est très proche de sa mère Dolo. Elle communique avec elle pour lui dire qu’elle ira prendre un café avec elle dans la soirée.
Mélodie rendue chez sa mère discute de choses et d’autres, et tout bonnement, lui demande de lui lire les cartes. Sa mère déteste lire les cartes à ses enfants, mais, pour lui faire plaisir, acquiesce à sa demande.
Quand Dolo tire aux cartes, il faut qu’elle se concentre cinq minutes et elle entre en transe et n’est plus la même.
Elle regarde ses cartes et lui dit que quelque chose de nouveau s’en vient pour eux et qu’elle voit un achat probablement de magasin, car elle voit de la bouffe, des revues, livres, bonbons, etc. Elle lui dit : « Profitez-en, c’est une très bonne offre et ça vous rapportera beaucoup. »
La séance terminée, Dolo revient à ses esprits et continue son bavardage comme si elle n’avait rien dit.
Quelques semaines plus tard, Mélodie et Pier achètent le dépanneur et Carmella continuera à servir la clientèle qui est très attachée à elle.
Trois ans plus tard, Mélodie et Pier décident de vendre, le dépanneur et ainsi que la maison, où il demeure. Ils sont décidés d’investir leur argent dans une compagnie de transport situé à Terrebonne et de déménager à Lorraine pour être à quelques kilomètres de la compagnie.
Pier engage donc un agent d’immeuble du nom de Ronald pour la vente de la maison. Ronald et sa femme étaient très sympathiques et Pier et sa femme sont devenus des amis proches.
Ronald vend la maison et Pier le convainc de partir en affaires. Ronald est jovial, empathique, toujours plein d’entrain, le gars idéal pour un dépanneur et, naturellement, Carmella continuera de travailler afin de les mettre au courant de tout.
Pier entraîne donc Ronald pendant un mois et le jour du transfert de possession arrive à grands pas. Tout le monde est nerveux, surtout les acheteurs. Pier travaille jusqu’à minuit pour tout mettre à l’ordre et remettre les clés au nouveau propriétaire le lendemain. Il a même organisé un petit banquet avec la famille.
Mélodie, dans l’intervalle, vers 19h, appelle sa mère pour lui dire qu’enfin, le lendemain, il serait libre du dépanneur. Vacances à Paris, déménagement et achat d’une autre compagnie. Sa mère l'écoute et lui dit pourquoi tu ne viendrais pas prendre un café à la maison pour parler de tes vacances. Alors, Mélodie se rend chez sa mère et elle trouve qu’elle a un air bizarre. Elle lui dit, maman, ça ne va pas.
Sa mère lui répond, non, ma fille, j’ai le regret de te dire que ton Ronald n’achètera pas le dépanneur et je dois t'en parler pour que tu te calmes afin d'annoncer la nouvelle à Pier. Je lui réponds que c’est impossible, car nous devons passer chez le notaire demain à 10 h. J’ai parlé à Pier voilà quelques minutes et rien n’a changé. Dolo lui répond, je regrette, mais rien ne se fera demain. MAIS j’ai quand même une bonne nouvelle pour toi. À côté du dépanneur vous avez une épicerie Métro. Le président du Métro est un grand ami de ton ami Gilles. Je ne comprends pas comment il se fait que vous ne vous soyez jamais rencontré avant. Gilles va parler tout bonnement avec son ami président du Métro pour lui dire que Ronald n’achète plus et le président du Métro va lui trouver quelqu’un pour acheter le dépanneur. Je vais loin, mais le gars vous allez le reconnaître quand il va mettre les pieds au dépanneur. Il n’a pratiquement pas de cheveux, il aura un habit bleu et des chaussures blanches, ce qui est assez rare au mois de décembre.
Comme je l’ai trouvée drôle et cette fois-ci exagérée. Le soir quand je suis revenue, j’ai attendu le retour de Pier et, aussitôt qu’il a franchi la porte, je lui ai raconté ce que ma mère venait tout juste de me dire. Il m’a aussitôt dit, cette fois-ci, elle est vraiment folle, je viens de quitter Ronald et on se rencontre demain.
Vers une heure du matin, le téléphone sonne et c’est Ronald qui appelle en pleurant. Je ne veux plus acheter, j’ai trop peur et si j’achète, ma femme veut me quitter. Garde le 5000$ d’acompte et ne m’appelle plus. Bang…
Nous étions découragés, il fallait tout recommencer, annuler le notaire, appeler et tout annuler pour le petit banquet, le voyage à Paris, et tout ce que cela comporte de désagrément.
NUL N’EST PROPHÈTE DANS SON PAYS… MAIS… DOLO L’ÉTAIT…
Un mois plus tard, le dépanneur était vendu à Robert Trépanier sans contrainte. Tout ce que Dolo avait dit est arrivé. Elle a un vrai don ou parle au diable. Personne ne le sait… mais on a des doutes.
À PARTIR DE CE MOMENT-LÀ, DOLO N’A PLUS JAMAIS CONSULTÉ LES CARTES, CAR ELLE EUT VRAIMENT PEUR QUE LE DIABLE L’AIT POSSÉDÉE.
Mais moi, je serai comme elle, rêveuse, parlant aux étoiles, préparant des potions magiques pour consoler les personnes qui ont besoin d’aide.
J’éloignerai les gens qui font mal, je chasserai les peurs que mes enfants porteront et j’inventerai des sorts avec des mots d’amour et des rires sans fin.
Je serai capable d’influencer le monde avec des forces invisibles. Ces sorcières sont vues souvent comme des guérisseurs, des personnes qui te font avancer, car elles croient en toi. J’essaierai d’aimer sans compter et montrer la même chose aux gens que j’aime. Je serai l’intermédiaire entre les esprits et les humains.
Dolo m’a appris à ne pas juger les autres, car on ne connaît pas leurs souffrances et leur ligne de vie.
Mais je sais que je suis une SORCIÈRE et que, dans ma prochaine vie,
la SORCIÈRE en moi sortira.
Texte Marie Ethier, publié mars 26
Un rêve de jeunesse
Quel plaisir j’ai eu à rêver ! Depuis mon plus jeune âge, j’ai toujours aimé lire. Je trouvais qu’à travers mes lectures, j’apprenais énormément. Dans les romans, l’auteur décrit souvent en détail les paysages et les endroits où se trouvent ses personnages ; je rêvais d’aller visiter tous ces beaux pays que j’apprenais à connaître.
Pour moi, un rêve, c’est un projet qui naît dans notre cœur et qui grandit dans notre esprit. Il suscite en nous les sentiments les plus fous et de grandes espérances. Il est source d’espoir dans nos moments de cafard. Il est aussi porteur de nos plus grands bonheurs. Un rêve, tout comme un ami, c’est indispensable à la vie ! La poursuite de nos rêves nous guide vers notre destinée.
Avant de nous installer dans un pays chaud durant l’hiver, j’avais réalisé mes cinq plus grands rêves : épouser un homme que j’aime (55e anniversaire en 2025), devenir mère (nous avons deux filles et un garçon), vivre dans une maison neuve construite à notre goût (1983), conduire une voiture neuve payée comptant (TransAm1985) et aller à Hawaï (deux fois : en 1988 et en 2004).
Mes premières découvertes de voyage furent de visiter mes environs. Nous sommes allés visiter Ottawa pour voir le Parlement, la Maison Wilfrid-Laurier, l’Université d’Ottawa, le Canal Rideau, les Ambassades, les Musées et j’en passe. Quels riches apprentissages que de connaître notre héritage culturel, des paysages magnifiques et la diversité d’activités qui nous attendaient !
Mon cercle de voyages s’agrandit à mesure que je vieillis : mon rêve de jeunesse se réalise peu à peu ; voyager pour découvrir ce monde plein de surprises et de nouveautés. Quelle chance, j’ai eu d’accompagner mes enfants à plusieurs voyages éducatifs, en plus de participer à des congrès et des conférences partout dans le monde.
J’ai visité Ottawa plusieurs fois, Montréal lors de l’Expo 67 à maintes reprises, Toronto, lorsque je participais à des congrès et aussi lorsque mon époux a fait partie du Conseil municipal : les responsables organisaient des visites de Toronto et les environs pour les conjoints.e.s. Je suis aussi allée à Niagara plusieurs fois, car la parenté de mon conjoint demeure dans cette magnifique région. J’ai visité Winnipeg et Edmonton lorsque j’y ai donné des ateliers lors de congrès pour les francophones de l’Ouest canadien ; la même chose pour Moncton au Nouveau-Brunswick : toutes de belles expériences enrichissantes !
De plus, je participais à des voyages et à des congrès internationaux : je suis allée en Allemagne, en Autriche et en Italie durant trois semaines, un voyage culturel offert par le ministère de l’Éducation à l’été 1989 ; ensuite, j’ai pris part à des congrès de l’AFIDES à Lausanne en Suisse, à Dakar au Sénégal et au Château Frontenac à Québec. J’y retrouvais plusieurs sites pittoresques décrits dans mes lectures et mes rêves de jeunesse. Quelle richesse de pouvoir échanger au point de vue culture, discipline et organisation avec tous ces pays de la francophonie !
Après le congrès, des visites guidées étaient prévues pour tous les participants intéressés. Durant le colloque en Suisse, nous avons soupé au Château de Gruyère en dégustant une vraie fondue au fromage suisse ; en marchant dans les rues de pierres pour s’y rendre, on pouvait apercevoir le château tout en haut sur le monticule. Quelle vue féérique ! Nous avons terminé le congrès par un dîner en croisière sur le lac Léman nous permettant d’admirer tous ces paysages magiques. Je me sentais comme dans un monde de rêves !
Au Sénégal, je suis allée coucher dans un hôtel en brousse avec d’autres collègues du congrès et le lendemain, nous sommes partis en safari. Nous avons vu des singes dans leur habitat naturel, des éléphants dans un champ et d’autres animaux de la jungle en liberté. Nous sommes aussi allés visiter des villages où les gens vivaient encore sans eau courante et sans électricité. Nous avons vu des femmes qui marchaient pour aller puiser de l’eau comme dans les lectures bibliques et revenir du puits avec la cruche pleine d’eau sur leur tête. Pour les remercier de leur accueil, nous leur avons donné de gros sacs de riz et de farine, puis nous avons chanté et dansé avec eux au son de leur musique.
À Québec, le simple fait de demeurer dans le Château Frontenac, ce monument historique de tous nos livres d’histoire du Canada, ce fut un privilège. Ensuite, nous avons pris le Chemin du Roy pour nous rendre à une cabane à sucre à Saint-Augustin afin d’y savourer un délicieux repas québécois. Les musiciens, habillés pour la circonstance et portant leurs ceintures fléchées, nous attendaient en jouant de la bonne musique folklorique. Plus tard, des danseurs nous ont démontré des « sets carrés ». Quelque temps après, ils nous ont invités à danser, à « swingner » avec eux sur cette musique endiablée dirigée par un « calleur ». Puisqu’il y avait des gens de plusieurs pays de la francophonie, nous nous sommes tous bien amusés ensemble. La journée suivante, nous avions visité l’île d’Orléans, terre de mes ancêtres. Vous dire à quel point j’ai apprécié de réaliser cet autre rêve de jeunesse et de pouvoir marcher sur cette ferme ancestrale serait difficile à expliquer : il fallait le vivre !
Et comment rêver mieux que de participer à des croisières durant lesquelles nous avons découvert d’autres pays inoubliables et admirer des îles paradisiaques ! La croisière des îles d’Hawaï (en 2004), où nous avons visité sept des îles hawaïennes, celle du Canal de Panama (en 2010) en partant d’Acapulco et en passant par Huatulco, le Guatemala, le Nicaragua, le Costa Rica, le canal de Panama et la Jamaïque pour terminer à Fort Lauderdale en Floride et la croisière en Mer Méditerranée (en 2016) : Barcelone, Rome, Santorini, Mikonos, Athènes et l’île de Malte (une ville forteresse).
J’aime bien ma vie de retraitée : on pourrait presque la qualifier d’une vie de rêves ! En plus de posséder un chalet sur le bord de l’eau et une maison intergénérationnelle chez notre fils, durant les six mois où je demeure au Canada, je voyage un peu partout pour aller visiter la famille ainsi que notre beau pays. Les six autres mois, je vis à Acapulco au Mexique durant l’hiver : on peut donc dire que l’on profite de l’été à l’année. Je quitte en novembre pour revenir passer le temps des Fêtes en famille et puis j’y retourne de janvier à avril.
Je pensais faire une belle vie à la retraite, mais elle se déroule encore plus merveilleusement que je l’avais imaginée. Je remercie le ciel de pouvoir continuer à vivre de cette façon tant que je jouirai d’une bonne santé. J’ai aussi entrepris le beau projet d’écrire mon autobiographie avec le groupe JMV (J’écris ma Vie) ; un autre rêve de jeunesse que je chérissais secrètement depuis longtemps : pouvoir écrire mon propre livre !
Avec du courage, de la patience et de la persévérance, la vie nous donne la chance de réaliser nos merveilleux rêves de jeunesse et de voir nos projets de façon positive ! J’aime encore beaucoup voyager afin de découvrir le monde qui nous entoure : je m’intéresse aux gens que je rencontre et qui y vivent.
Texte de Monique Marion, publié avril 26
Si j’avais une autre vie à vivre, je voudrais être…
Si j’avais une autre vie à vivre, je voudrais être auteur, compositeur, interprète. Je voudrais influencer positivement le monde par ma musique en chantant dans plusieurs langues. Voici pourquoi.
J’ai appris à jouer du piano lorsque j’étais enfant et à jouer de l’orgue adolescente. C’était facile pour moi. J’ai été organiste dans un groupe pendant trois années (1976-1979). Nous animions des mariages, des showers et des soirées sociales. J’ai mis fin à cela aux approches de mon mariage. En fait, j’ai cessé parce que je vivais de l’anxiété de performance crée, en bonne partie, par mon père. Il était si fier de moi qu’il voulait que je montre ce talent à la moindre occasion. Or, j’étais timide et cela me mettait beaucoup de pression. J’en suis venue à regretter ce talent et j’ai fait passer le message à la parenté que je ne jouais plus afin de ne plus être sollicitée. Après mon mariage, je n’ai quasiment pas retouché à mes claviers; je figeais en m’assoyant sur mon banc. C’est comme si je n’avais plus en mémoire aucune mélodies à jouer.
Dans la trentaine, je recevais en rêve des petits bouts de mélodies qui sont demeurées en attente (je les avais enregistrés sur des cassettes). J’ai même reçu un très beau texte, que j’ai oublié dès mon réveil. Je croyais, à ce moment-là, que je n’avais aucun talent d’auteur ou de compositeur, car j’étais incapable de composer le reste de la chanson en état d’éveil. À l’écoute d’un récent reportage sur Stéphane Venne, célèbre auteur-compositeur québécois, j’ai réalisé qu’il y avait d’autres façons d’écrire que j’aurais pu exploiter. Ce n’est pas tout le monde qui peut écrire une chanson en quelques heures. Monsieur Venne pouvait passer plusieurs heures à répéter la même phrase musicale avant de pouvoir la compléter. Cela me désole un peu d’avoir appris cela à mes soixante-cinq ans seulement…
Depuis environ vingt ans, je rêve souvent que je joue du piano ou de l’orgue et que c’est facile et amusant, comme si je ne ressentais plus aucune gêne ni pression. Lorsque je vois certains artistes à la télévision, je regrette de ne pas avoir persisté dans cet univers. C’est, selon moi un des plus intéressants domaines d’emploi, car nous pouvons y exprimer beaucoup de choses, ce qui est libérateur. De plus, cela sème de la joie et de l’amour!
Un musicien compositeur peut créer des mélodies qui nous emportent intérieurement et même physiquement. Le rythme nous anime et réveille en nous le désir de nous amuser. Jouer de la musique permet même de retrouver notre équilibre mental, car la création et l’expression musicale proviennent de l’hémisphère cérébral droit, ce qui permet au cerveau rationnel (hémisphère gauche) de se détendre. Ainsi, l’équilibre entre les deux hémisphères redevient possible, ce qui évite l’épuisement psychique.
De plus, les paroles d’une chanson peuvent faire beaucoup de bien; les personnes qui vivent des événements semblables à ceux que l’on raconte se sentent comprises et validées. Souvent, elles s’identifient à l’artiste rencontré. C’est pourquoi j’aimerais être un modèle d’amour, de respect, de compréhension et de paix entre les hommes.
Y a-t-il un plus beau travail que de jouer de la musique ? J’en doute. Alors, si j’avais une autre vie à vivre, je ne passerais pas à côté de cette seconde chance de faire carrière dans la musique, ne serait-ce qu’en tant qu’interprète.
Si j’ai un message à vous livrer aujourd’hui, c’est celui-ci : les parents ne devraient jamais réaliser leurs rêves à travers leurs enfants. Dans quelque domaine que ce soit, un enfant doit pouvoir s’amuser et non chercher à performer, sans quoi l’anxiété de performance éteindra complètement son élan. Offrez-lui des opportunités et des outils, mais laissez-le libre de les utiliser à sa guise. Aimez-le simplement, sans attentes. Lui, il vous aime déjà tellement !
Texte de Line Desmarais-Letendre, publié avril 26
Si j’avais une autre vie à vivre,
Je voudrais être capable d’aller au bout de mes rêves !
Déjà octogénaire et je rêve encore. Avec tant de souvenirs et toute une vie derrière moi, je me demande toujours quel est mon rôle dans l’univers.
J’ai grandi dans une famille nombreuse, comme ce fut le cas pour tant d’autres de ma génération.
Adolescente, j’aurais voulu devenir psychologue ou psychopédagogue afin d’avoir l’expertise et la crédibilité nécessaire me permettant de convaincre les adultes que les enfants étaient intelligents, capables d’exprimer des idées créatives et qu’on avait beaucoup à gagner si nous les écoutions et les laissions nous inspirer.
Malheureusement, à cette époque, les études supérieures n’étaient pas nécessairement accessibles aux filles.
J’ai voulu croire en l’ultime bonheur et j’ai expérimenté la vie au cloître. Après six ans de réflexions, je suis retournée dans l’espace laïque et j’ai cherché ma voie dans différentes expériences de travail. Finalement, je me suis engagée dans la vie conjugale et les responsabilités parentales. À soixante ans, j’ai pris le virage de la retraite et des expériences inédites pour moi m’ont offert une nouvelle vie.
J’aurais voulu être une artiste* et jouer un concerto de Mozart avec Nagano.
J’aurais voulu être une artiste et créer de beaux tableaux comme Frida Khalo.
J’aurais voulu être une artiste et écrire des récits touchants comme Gilles Archambault.
Et ces rêves ont laissé des traces.
Tout au long de ma vie, la musique m’a accompagnée et fut un refuge dans mes moments de solitude.
Tout au long de ma vie, les couleurs m’ont fascinée et m’ont parfois permis de m’extérioriser.
Tout au long de ma vie, les mots exprimés dans le silence de l’écriture m’ont rassurée.
Aujourd’hui, déjà octogénaire, j’essaie de faire le bilan de mon parcours et de tous ces rêves jamais complètement réalisés. Pourtant la musique est toujours présente dans ma vie, tout comme mon attrait pour les couleurs et le plaisir d’écrire. Je réalise que je n’ai plus rien à prouver. Alors je me permets de passer du temps dans des compétitions amicales et de jouer aux quilles, jouer aux cartes, jouer au scrabble et, bien sûr, j’y éprouve beaucoup de plaisir. Je m’évade dans la lecture et passe des heures à vivre avec des personnages attachants comme s’ils faisaient partie de ma famille.
J’ai toujours été et je sais que je serai toujours passionnée par la spiritualité, la philosophie, la psychologie. Je suis depuis toujours préoccupée par la justice, ou plutôt le manque de justice dans le monde. Je ne comprendrai jamais pourquoi il y a tant de gens qui souffrent de la faim jusqu’à en mourir alors qu’une dizaine de nos nombreux multimilliardaires sur la planète auraient les moyens de les nourrir tous. Oui, oui, me direz-vous, c’est la loi du libre marché, ça fait partie de nos valeurs démocratiques. Mais quand la richesse des uns repose sur la misère des autres…
Ce qui me rend le plus heureuse aujourd’hui, ce sont les relations que j’entretiens avec les personnes de mon entourage qui partagent mes valeurs. Si j’étais millionnaire, je ne changerais probablement pas mon mode de vie, la simplicité volontaire me convient bien. Si j’étais millionnaire, je pourrais m’offrir le luxe de soulager quelques misères. Comme jeter une goutte d’eau dans l’océan me direz-vous, et si par hasard cela permettait à quelques personnes de commencer à rêver, est-ce que ce ne serait pas merveilleux ?
Oui, je rêve encore. J’ai peu de regrets et pas beaucoup d’attentes dans la vie présente. De 0 à 20 ans je me suis préparée à la vie, de 20 à 40 ans, je me suis cherchée dans la vie, de 40 à 60 ans j’ai été épouse et mère et 60 à 80 ans passés, je vis ma retraite à fond de train. Qu’est-ce qui me reste pour les années à venir, sinon continuer à rêver ?
Si j’avais une autre vie à vivre, je voudrais réaliser mon rêve d’adolescente et devenir psychologue ou avoir accès à toute autre formation me permettant d’être mieux outillée pour aider les gens à se réaliser et trouver le bonheur. J’aimerais tellement revenir dans un monde où les guerres feraient place aux compétitions amicales et où l’entraide serait universelle.
Parallèlement, je pourrais aussi fleureter avec une carrière d’artiste, car bien sûr, la musique, les arts visuels et l’écriture demeureraient présents pour moi dans cette autre vie et m’aideraient, comme dans la vie présente, à naviguer plus facilement à travers les parcours souvent aléatoires de l’existence.
* Emprunté à Claude Dubois dans Le blues du businessman.
Texte de Suzanne Blackburn, publié mai 2026
Un rêve de jeunesse.
Un rêve, pas comme les autres.
1970, Albert a 9 ans. Il est un enfant timide, un peu à l’écart des jeunes de sa classe, car il est différent des autres ; on le traite de rêveur, de quelqu’un qui est toujours dans la lune. Il n’a pas les yeux comme les autres : ils sont en forme de riz, comme ses camarades de classe s’amusent à le dire. Ses parents ont fui la guerre du Vietnam, pour s’établir au Québec.
Une famille sans enfant, établie dans la campagne de la petite municipalité de 1200 âmes, a accueilli la jeune famille vietnamienne, de sorte qu’elle s’adapte aux coutumes de la région. Afin de mieux intégrer l’enfant à son nouveau milieu de vie, on lui a donné le prénom d’Albert, « An-bờ » dans son pays.
Il se rend à l’école à pied, en parcourant les cinq kilomètres qui le séparent de l’établissement situé au centre du petit village. L’été, tout se déroule sans trop de problèmes, mais l’automne, il doit être aux aguets, car le ciel du Québec se couvre d’une épaisse noirceur à la fin des classes. Le retour est périlleux, la route de terre battue est étroite et sombre. Tard, l’automne, la neige n’est pas encore arrivée pour éclairer, un tant soit peu, la petite route de campagne. Elle est bordée d’un ruisseau et protégée du vent, par une imposante forêt aux teintes contrastées, en ce temps-ci de l’année. Les automobilistes sont parfois imprudents et pressés de rentrer à la maison.
Lorsqu’Albert se rend à l’école, il a tout le temps de rêver. Il admire le vol des oiseaux, il écoute leur chant et les murmures de la forêt dans laquelle il n’a jamais osé s’aventurer, car, dans son pays, des animaux dangereux s’y tapissent : des éléphants, des singes et le plus dangereux, le Loris lent pygmée, un primate venimeux. Albert aime contempler, haut dans le ciel, les avions. Il se dit qu’un jour, il aimerait bien voler lui aussi.
À l’école, durant la période de dessin, il demande à sa professeure, Mme Morissette, de lui dessiner un oiseau. D’un trait assuré et libre, l’institutrice s’exécute. Elle dessine un oiseau avec une habileté déconcertante pour l’enfant.
Tout en regardant l’oiseau prendre forme sous ses yeux, Albert dit à l’enseignante : « vous savez, madame, Flocon ne reviendra pas. »
Troublée, madame Morissette termine le dessin et inquiète, remet le croquis à Albert en demandant :
— Pourquoi dis-tu cela ? Comment sais-tu que mon petit chien s’appelle Flocon ? Et pourquoi dis-tu qu’il ne reviendra pas ? Elle est inquiète, car effectivement, Flocon a déserté la maison. Il n’est pas rentré hier soir après de nombreux appels répétés. Madame Morissette n’a presque pas dormi de la nuit et au matin, Flocon n’était toujours pas revenu à la maison.
— Je ne sais pas pourquoi je vous dis cela madame. Je vois un petit chien blanc, et j’ai entendu dans ma tête le nom de Flocon. Je devais tout simplement vous le dire. Albert regagne son pupitre, envouté par la beauté de l’oiseau que Mme Morissette lui a dessiné. Il admire cet oiseau. Il se demande comment un si petit animal peut arriver à voler.
Ce soir-là, après l’école, tout comme Flocon, An-bờ n’est pas rentré à la maison. Ses parents et sa famille d’accueil se mirent vite à sa recherche. Les autorités, bien qu’éloignées, ont été avisées et l’enseignante rapidement interpelée. Que s’est-il passé ? Où est Albert ?
Madame Morissette raconte aux policiers que durant la journée, Albert avait eu une dispute avec un élève de la classe. Il lui arrivait de souffrir d’intimidation.
L’enseignante est pensive. Tout se bouscule dans sa tête ; cet élève, et sa petite gang, auraient-ils dépassé les bornes ? En elle-même, une pensée taraude son esprit : ces petits voyous s’en seraient-ils pris à Albert et à son animal de compagnie ? Et pourquoi Albert m’a -t-il fait cette confidence ? Avait-il entendu parler d’un mauvais coup que mijotaient ses camarades de classe ? Une autre pensée, encore plus morbide, éveille une peur insoutenable ; aurait-il été enlevé comme le petit Jonas, il y a quelques années, lors de son retour à la maison ? Jonas n’a jamais été retrouvé. Faute de corps, personne n’a été accusé.
Des soupçons ? Oui, deux hommes aux allures louches ont lourdement été suspectés, mais sans jamais être en mesure de prouver leur implication.
Après cet interrogatoire, la police sortit un papier signé de la main de l’institutrice, sur lequel était dessiné un oiseau, et le montra à Mme Morissette. L’enseignante blêmit et faillit s’évanouir.
— Où l’avez-vous trouvé ? demande-t-elle, haletante, exprimant une difficulté soutenue à reprendre son souffle, comme si le cœur était pour s’arrêter de battre.
— À mi-chemin, entre l’école et la maison du gamin. L’endroit est désert dans ce coin de campagne isolé. Cependant, nous avons relevé des traces d’auto, comme si quelqu’un avait freiné subitement. Mais rien de plus. Mis à part ce dessin.
— C’est bien moi qui ai fait ce dessin, dit-elle, inquiète. Albert me l’avait demandé aujourd’hui.
— Nous allons contacter le centre hospitalier le plus près, et nous allons poursuivre notre enquête.
La police quitta les lieux tout en rassurant les familles et le personnel de l’école.
Suite à un appel téléphonique au centre hospitalier, les autorités confirmèrent que tôt, en soirée, un enfant inconscient, suite à une collision automobile, avait été amené à l’hôpital. L’enfant n’ayant aucune identité sur lui, le conducteur automobile, n’avait eu d’autre choix que de l’amener le plus vite possible à un poste de secours. Le chauffeur connaissait peu la région, et dans la panique de l’instant, fit ce qu’il avait cru bon de faire.
C’est expressément que la famille et l’institutrice sont informées de la condition de l’enfant. Il est en très mauvais état. Il est dans le coma.
Albert est dans le coma depuis une semaine.
Ses parents et sa famille d’accueil sont à son chevet jour et nuit. L’institutrice lui rend visite tous les soirs.
Durant ce temps… dans un autre monde, dans un autre lieu, An-bờ réalise le rêve de sa vie : il vole ! Il est léger comme une plume et il vole comme un oiseau.
Il visite son village natal, My Lai, qui a été massacré par les Américains en 1968, forçant sa famille à quitter le Vietnam.
Il survole, entre autres, la forêt avoisinant l’école et sa maison.
Durant la fin de semaine, Albert affiche des signes de réveil.
Le constable chargé de l’enquête rend visite au gamin. La maman d’Albert est dans la chambre avec madame Morissette. Subitement, comme s’il ne s’était jamais endormi, An-bờ ouvre les yeux et s’adresse à sa mère dans sa langue natale :
— Tôi bay, voulant dire : Je vole ! Je vole comme un oiseau ! Maman ! Tôi bay !
— Que veux-tu dire An-bờ ? Que s’est-il passé ?
— Je revenais de l’école, j’admirais le dessin que Mme Morissette m’avait fait et puis j’ai vu des phares d’auto… Et puis… plus rien… je me suis mis à voler… Où suis-je ?
On le rassure que tout va bien.
— Maman, poursuit-il, j’ai aussi vu un petit garçon dans la forêt, non loin de l’école. Il est perdu. Vite ! Il faut aller le chercher avant que la neige tombe. Il a peur, il est à côté d’un gros pin, le plus haut de la forêt.
Sa mère pense en elle-même que son fils fabule ; c’est sans doute le choc à la tête. Mais, le constable écoute attentivement l’enfant. Je l’ai vu alors que je planais, reprit Albert. Il m’a dit qu’il s’appelait Jonas.
Le policer se lève droit de sa chaise, il ne croit pas ce qu’il entend. Personne dans ce petit village n’a oublié la disparition du petit Jonas il y a quelques années. J’ai aussi vu Flocon, s’empresse-t-il de dire à son enseignante, il est dans une grande ville. Un jeune couple l’a fait monter en voiture pour l’amener avec eux. Il ne reviendra pas.
Madame Morissette s’effondre en larmes.
Maman, quand je vole, on m’amène dans une salle de cours avec d’autres enfants. On me dit que je vais apprendre à retrouver des gens perdus, je ne comprends pas. Mes professeurs m’accompagnent, eux aussi, ils volent. Ils me montrent comment me poser sur les branches, comme le font les oiseaux.
Quelques semaines après le réveil d’Albert, les autorités ont retrouvé les ossements du petit Jonas.
Ils ont mis, sous barreaux, le pédophile qui l’avait enterré sur ses terres, à l’endroit indiqué par Albert.
Plus tard, à l’âge adulte, Albert travaillera comme médium, auprès de la Gendarmerie Royale du Canada, au Centre National pour les personnes disparues et les restes non identifiés.
Texte Yvon Bussière, publié mai 2026
L’être le plus extraordinaire que j’ai rencontré…
L’être le plus extraordinaire que j’ai rencontré et bien en vérité ils sont trois, ce sont mes trois merveilleux enfants.
Au moment même de l’annonce qu’ils prenaient vie dans la mienne et dans mon corps, un amour inconditionnel s’est installé en moi, est toujours aussi fort et le sera je le sais pour toute ma vie, j’en ai la certitude et la conviction.
Être mère est l’une de mes plus grandes réalisations et a fait de moi une meilleure personne, une meilleure version de moi-même. Cet amour qui m’habite ne cesse de grandir en même temps qu’eux.
Moi qui pensais avoir atteint le summum d’amour qu’une personne peut avoir pour son enfant, voilà qu’ils ont ajouté à leur amour et dans ma vie la venue de mes petits-enfants.
Comment vous dire combien cela a changé encore une fois ma perception de l’amour inconditionnel et de ma reconnaissance envers ces trois êtres qui, au fil du temps, sont devenus de beaux êtres humains, de belles personnes, avec leurs forces et leurs faiblesses, avec un cœur gros comme l’univers, des êtres d’amour.
On m’a dit un jour qu’être grand-mère, c’est notre récompense d’être une mère et c’est tellement vrai.
Nous n’avons que le meilleur de ces petites personnes qui nous aiment et qui sont toujours très heureuses d’être avec nous.
Je remercie la vie de ces merveilleux cadeaux qu’elle me donne et j’apprécie chaque petit moment que je passe avec chacun d’eux.
Texte Sylvie Migneault, publié mai 2025